Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

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Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Loïs » 11 févr. 2018, 09:42

IL se joue à guichets fermés (à tout à l'heure :D )

1ère partie : 1h05
Entracte : 20 min
2ème partie : 1h30

Jérémie Rhorer direction
Olivier Py mise en scène
Pierre-André Weitz scénographie et costumes
Bertrand Killy lumières

Patricia Petibon Blanche de la Force
Sophie Koch Mère Marie de l’Incarnation
Véronique Gens Madame Lidoine
Sabine Devieilhe Sœur Constance de Saint Denis
Anne Sofie von Otter Madame de Croissy
Stanislas de Barbeyrac Le Chevalier de la Force
Nicolas Cavallier Le Marquis de la Force
Sarah Jouffroy Mère Jeanne de l’Enfant Jésus
Lucie Roche Sœur Mathilde
François Piolino Le Père confesseur du couvent
Enguerrand de Hys Le premier commissaire
Arnaud Richard Le second commissaire, un officier
Matthieu Lécroart Thierry, le médecin, le geôlier

Orchestre National de France
Chœur du Théâtre des Champs-Elysées
Ensemble Aedes direction Mathieu Romano

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Loïs » 11 févr. 2018, 23:16

Après la quatrième série (deux à Bruxelles et deux à Paris), il y a eu suffisamment de critiques et compte rendus depuis deux ans pour me dispenser d’aller dans les détails.
Avec une telle affiche, on s’attendait au meilleur et on l‘a eu. Même si les forte du premier tableau rappellent que Petibon n’a pas l’exact format de Blanche, elle n’en demeure pas moins la plus intense interprète que j’aurai vue dans ce rôle. Si la légèreté de la voix accentue la jeunesse et la fragilité du personnage, la force qu’elle insuffle à son interprétation rend le personnage terriblement humain.
Les interprétations et évolutions des 3 prieures furent fascinantes : von Otter loin de l’histrionisme déplacé et vulgaire de Plowright (première version) remet l’ascétisme ambiant au centre de la prestation: les mots ne s’en détachent que plus et la figure déjà figée dans la pierre se dresse implacable au dessus de la scène ; Gens maladroite de corps et de langage lors de sa prestation se révèle face aux événements et devient la grande dame de conduite et de chant lors des deux scènes ultimes ; Koch à la voix et au visage acérés ne tombe pas dans le travers des « folles de Dieu » mais au contraire montre toute la complexité et l’évolution du personnage avec une évolution inversée (corps rigide et voix douce au début, corps abattu et voix souveraine à la fin).
Malheureusement une indisposition n’a pas permis à Devieilhe de nous offrir une prestation complète alors qu’on lui sait la lumière et la douceur du personnage.
Quand on écoute Barbeyrac, les bras vous en tombent et il portera le duo avec sa sœur au sommet (c’est d’ailleurs mon passage préféré). L’un comme l’autre donneront le meilleur à ce moment.
Cavallier irréprochable tout comme Piolino.
Direction aux belles couleurs de Rohrer, j‘ai eu l’impression qu’il s’attachait à mettre en avant la dimension humaine de chaque personnage

Quand on pense qu'en remontant ou descendant la Seine et franchissant quelques ponts ; deux mises en scène jouent le noir et le blanc: l'une avec génie et beauté visuelle de tous les instants, ce soir, l'autre avec un vide sidéral à l'image du vide cérébral de son concepteur

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Adalbéron » 11 févr. 2018, 23:49

J'y étais vendredi soir, c'était franchement sublime.

Petibon incandescente, fragile dans la force.
Von Otter implacablement rigoureuse, diction acérée et chute d'une émotion formidable (où la chanteuse immense, qui n'a plus sa glorieuse voix d'antan, rejoint le destin de la Prieure agonisante).
Gens altière, ferme et humaine, diction impeccable et velouté de la voix.
Devieilhe infiniment charmante, lumineuse, soyeuse, et désarmante dans l'expression de la lucidité naïve de sœur Constance.
Koch d'une grande subtilité - malgré les quelques défauts qui me chagrinent dans son chant (notes aigus attaquées alla Stemme et les "fenez afec moi") -, comme l'a dit Loïs, se jetant sur le chemin d'une incarnation multiple.
De Barbeyrac hallucinant de tenue, de projection, de diction, d'engagement - moi aussi les bras m'en sont tombés, et comme Loïs, le climax a été atteint lors de la scène du parloir entre frère et sœur de la Force. Franchement, il a atteint là un niveau vraiment haut haut haut.
Cavallier un peu moins marquant, mais tout de même d'une grande classe, comme tous les autres rôles. Franchement, j'ai rarement eu l'occasion de voir réunie sur scène une telle distribution, et qui en plus tient ses promesses !
Direction passionnée de Rohrer (déchaînée dans le duo sus-cité) ; on oubliera quelques menus décalages.
Et la mise en scène de Py que je découvrais... fine, inspirée, ménageant pour l'œil des tableaux saisissant de beauté et de tension dramatique (ce lit crucifié - ce crucilit ; les angoissées torsions de l'âme dans l'ultime agôn élevées - et à cet instant-là, le spectateur voit tout comme Dieu), traversée par une "austérité sensuelle", expression mélangée impossible qui rend compte de l'effet que me fait la partition de Poulenc. Un travail formidable !

Une très très grande soirée, pleine de frissons et de clairs-obscurs. Ce n'est pas pour rire que je l'ai aimée.
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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Inaha » 12 févr. 2018, 01:05

Oui, soirée vraiment magnifique avec une distribution de rêve. J'étais impressionnée par de Barbeyrac et Petitbon, mais Koch, von Otter, Gens et Devieilhe également très très bien. J'y étais vendredi et Devieilhe était en grande forme. La seule chose que j'ai regrettée, sont les sièges du TCE et j'avais déjà une place assez chère, mais je n'ai vu que la moitié de la scène.

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Loïs » 12 févr. 2018, 07:28

retransmis sur France musique le dimanche 25 février à 20:00

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Il prezzo » 12 févr. 2018, 10:03

Tout le bien que l'on peut dire de cette production vient d'être brillamment (re)dit.

J'insisterai pour ma part sur la diction magnifique de tous les intervenants, probablement servie d'abord par la prosodie de l'écriture de Poulenc, puis par le texte sublime de Bernanos (qu'il est rare à l'opéra de devoir, mais aussi d'avoir le plaisir, de réfléchir simultanément au sens philosophique de ce qu'on entend, et pas seulement de recevoir des paroles, souvent belles, mais "seulement" vecteur d'émotion). "Quand les prêtres manquent, les martyrs surabondent et l’équilibre de la grâce se trouve ainsi rétabli" :idea:

Et, sans remettre en cause l'immense talent de tous les autres, sur l'impact très fort que m'a fait Véronique Gens, par son charisme et son timbre que je trouve fascinant. C'est une chanteuse que je connais mal en fait, car je lis qu'elle se produit beaucoup dans le baroque que je fréquente peu. Cette soirée me donne envie d'aller l'y entendre.

Une question de culture générale qui nous a intrigués et dont je n'ai pas trouvé la réponse par une recherche (rapide) sur le web: comment est désignée la 1ère prieure chez les carmélites: élue par ses consœurs ou désignée par la hiérarchie cléricale?

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Adalbéron » 12 févr. 2018, 11:50

Il prezzo a écrit :
12 févr. 2018, 10:03
J'insisterai pour ma part sur la diction magnifique de tous les intervenants, probablement servie d'abord par la prosodie de l'écriture de Poulenc, puis par le texte sublime de Bernanos (qu'il est rare à l'opéra de devoir, mais aussi d'avoir le plaisir, de réfléchir simultanément au sens philosophique de ce qu'on entend, et pas seulement de recevoir des paroles, souvent belles, mais "seulement" vecteur d'émotion). "Quand les prêtres manquent, les martyrs surabondent et l’équilibre de la grâce se trouve ainsi rétabli" :idea:
Oh oui ! +1000
« Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort, le vrai courage est dans ce risque. »
Il prezzo a écrit :
12 févr. 2018, 10:03
Et, sans remettre en cause l'immense talent de tous les autres, sur l'impact très fort que m'a fait Véronique Gens, par son charisme et son timbre que je trouve fascinant. C'est une chanteuse que je connais mal en fait, car je lis qu'elle se produit beaucoup dans le baroque que je fréquente peu. Cette soirée me donne envie d'aller l'y entendre.
Elle a commencé avec le baroque, mais elle a aussi chanté (et chante encore) le répertoire classique (Mozart, Gluck, etc.) et elle sert aujourd'hui beaucoup le répertoire romantique français du XIXe, principalement. Oui, elle est fascinante :D
Il prezzo a écrit :
12 févr. 2018, 10:03
Une question de culture générale qui nous a intrigués et dont je n'ai pas trouvé la réponse par une recherche (rapide) sur le web: comment est désignée la 1ère prieure chez les carmélites: élue par ses consœurs ou désignée par la hiérarchie cléricale?
C'est la même procédure pour les Grand.e.s Carme.lite.s et les Déchaussé.e.s (hihi) : ce sont les membres de la communauté qui élisent pour quelques années leur supérieur.e (dont l'autorité vient de Dieu). Py a bien mis en avant ce qui est latent dans le texte de Bernanos : les Carmels sont en réalité déjà comme de petites sociétés « démocratiques » (du point de vie strictement humain) et où règnent liberté (en Dieu) et égalité (devant Dieu).
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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par Hermangarde » 12 févr. 2018, 12:53

Les carmélites votent pendant la scène oú Blanche et Constance amènent la grande croix et font une couronne de fleurs. Elles n'ont pas prononcé leurs voeux définitifs donc ne participent pas au vote. Elles espèrent le choix de Soeur Marie de l'Annonciation, mais c'est madame Lidoine, chantée par Véronique Gens, qui est choisie. Dans la pièce, le rôle de madame Lidoine est bien plus développé que dans l'opéra. Ce dernier sacrifie l'évolution des relations entre soeur Marie et la supérieure. J'y étais le soir de la première. Anecdote après quelques mesures et avant les premiers mots de M. de La Force, Rohrer s'est arrêté et s'est éclipsé 2 minutes environ. Apparemment il n'avait pas la bonne partition!

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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par EdeB » 12 févr. 2018, 17:02

Adalbéron a écrit :
12 févr. 2018, 11:50
C'est la même procédure pour les Grand.e.s Carme.lite.s et les Déchaussé.e.s (hihi) : ce sont les membres de la communauté qui élisent pour quelques années leur supérieur.e (dont l'autorité vient de Dieu). Py a bien mis en avant ce qui est latent dans le texte de Bernanos : les Carmels sont en réalité déjà comme de petites sociétés « démocratiques » (du point de vie strictement humain) et où règnent liberté (en Dieu) et égalité (devant Dieu).
M'ouais... Je demande à voir. Et l'autorité spirituelle (et temporelle) de la supérieure ? Pas de réelle démocratie. L'obéissance fait partie des voeux monastiques...

Pour en revenir à cette production dont je n'ai pu revenir voir cette dernière mouture, elle est effectivement superbe...mis à part la toute fin, que j'ai trouvée en deçà du reste.
Mes impressions de 2013 étaient sur http://odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=13376&p=215502
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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Re: Poulenc - Dialogues des Carmélites - Rohrer/Py - TCE - 02/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 12 févr. 2018, 21:09

Adalbéron a écrit :
12 févr. 2018, 11:50
Il prezzo a écrit :
12 févr. 2018, 10:03
Une question de culture générale qui nous a intrigués et dont je n'ai pas trouvé la réponse par une recherche (rapide) sur le web: comment est désignée la 1ère prieure chez les carmélites: élue par ses consœurs ou désignée par la hiérarchie cléricale?
C'est la même procédure pour les Grand.e.s Carme.lite.s et les Déchaussé.e.s (hihi) : ce sont les membres de la communauté qui élisent pour quelques années leur supérieur.e (dont l'autorité vient de Dieu). Py a bien mis en avant ce qui est latent dans le texte de Bernanos : les Carmels sont en réalité déjà comme de petites sociétés « démocratiques » (du point de vie strictement humain) et où règnent liberté (en Dieu) et égalité (devant Dieu).
J'imagine que la compétition est organisée par poules.
En demi finale il ne reste que 4 prieures et 2 en finale.
En cas d'ex aequo en finale, elles sont départagées aux poenitentiae : c'est le fameux duo des nonnes.
Pas de démocratie en revanche : toutes les nonnes n'ont pas voix au chapitre.
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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