Offenbach- Fantasio - Haeck/Jolly - Rouen - 01/2018

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pingpangpong
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Offenbach- Fantasio - Haeck/Jolly - Rouen - 01/2018

Message par pingpangpong » 28 janv. 2018, 13:00

Opéra-comique en trois actes et quatre tableaux
Version de Paris reconstituée par Jean-Christophe Keck et adaptée par Thomas Jolly et Katja Krüger (livret de Paul de Musset)
Création à l’Opéra Comique de Paris le 18 janvier 1872

Direction musicale
Jean-Pierre Haeck
Mise en scène Thomas Jolly assisté de Katja Krüger
Collaborateur artistique Alexandre Dain
Assistant mise en scène pour les chœurs Pier Lamandé
Décors Thibaut Fack
Costumes Sylvette Dequest
Lumières Antoine Travert, Philippe Berthomé

Fantasio Angélique Noldus
Le Roi de Bavière
Jean-François Vinciguerra
Princesse Elsbeth Sheva Tehoval
Le Prince de Mantoue
Philippe-Nicolas Martin
Marinoni Antoine Normand
Flamel Alix Le Saux
Spark Philippe Estèphe
Facio David Tricou
Hartmann Jean-Philippe Corre
Rutten, le tailleur, le garde suisse Bruno Bayeux
Max Guilaume Paire
Petit rôle du Monsieur Vincent Eveno
Petit rôle du Pénitent Mathieu Dubroca
Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Chœur accentus / Opéra de Rouen Normandie
Production

Coproduction Opéra Comique, Opéra de Rouen Normandie, Grand Théâtre de Genève, Théâtre National de Zagreb, Opéra Orchestre National de Montpellier Occitanie


Après la guerre, la paix, fragile, incertaine ; l'amour, capricieux, imprévu ; le mariage, de raison.
C'est ainsi que débute l'opéra d'Offenbach dans le spectacle du désormais célèbre metteur en scène d'origine rouennaise Thomas Jolly et qui est d'ailleurs venu, aux saluts, se présenter au public normand qui lui a fait une ovation.
Le futur mariage concerne le prince de Mantoue, ridicule, anti romantique au possible, d'un autre âge, vêtu qu'il est à la mode de l'Ancien régime, et Elsbeth, la fille du roi de Bavière.
Mais, comme le dit ironiquement Spark, “Des lampions allumés ne font pas le bonheur d’un peuple“. Ni de la princesse attristée par ce mariage diplomatique et par la mort de son bouffon Saint Jean, ni de Fantasio, couvert de dettes, mélancolique et revenu de tout dans cette ville grise qui l'ennuie, lui l'étudiant “poil à gratter“ si ce n'est anarchiste, ni même du prince à qui prend la drôle d'idée de se faire passer pour son aide de camp Marinoni avec qui il échange ses habits tandis que Fantasio prend l'habit du bouffon et pénètre dans le palais, approchant Elsbeth, mettant son inventivité à profit pour faire échouer le mariage...la suite aurait pu être prévisible mais la conclusion laisse planer le doute quant à une éventuelle union entre Fantasio, élevé par le roi au rang de Prince, tandis que l'autre retourne à Mantoue ; la guerre et un mariage malheureux ont été évités.

Jérôme a dit ici http://odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=18437 les affres de la création de cet opéra-comique créé salle Favart le 18 janvier 1872, son contexte historique, son échec, pire que pour la pièce d'où il est tiré, qui, elle fût jouée trente fois. L'œuvre d'Offenbach, elle, n'aura droit qu'à dix représentations, ayant fait même avant sa création l'objet d'une odieuse campagne de démolition. Georges Bizet décrètant qu' “il faut que tous les producteurs de bonne musique redoublent de zèle pour lutter contre l'envahissement toujours croissant de cet infernal Offenbach“, dans la presse c'est l'hallali, le nationalisme nauséabond fait rage contre le compositeur à succès du second Empire ; au grand plaisir de Flaubert, le four est au rendez-vous et l'œuvre sombre dans l'oubli, jusqu'à des tentatives de résurrection imparfaites dans la deuxième moitié du XXème siècle. L'initiative de l'Opéra Comique, en 2017, confirme alors ce que l'on pressentait : Fantasio est bien une œuvre majeure du “Petit Mozart des Champs-Elysées“, préfigurant les Contes d'Hoffmann, dont le chœur des étudiants en serait le fil rouge. On voit ainsi le compositeur d'œuvres bouffonnes savoureuses, glisser vers une mélancolie, une sagesse, à laquelle d'ailleurs Musset n'est pas étranger.


Thomas Jolly est l'homme providentiel de cette providentielle recréation, animant l'action sans lui ôter ni sa poésie ni sa fantaisie, ayant trouvé le ton juste de cette comédie douce-amère, la saupoudrant de ces beaux éclairages tombant des cintres qui sont sa marque de fabrique, ou par l'omniprésence d'ampoules petites ou grosses, disséminées dans les arbres, suspendues à des fils ou
longeant la rampe d'avant-scène. Il a même retravaillé sa mise en scène, introduisant, là deux fantômes, ici un rat, ou encore ailleurs des tulipes s'agitant (bruyamment) en cadence, sans que cela soit vraiment nécessaire à notre goût, la parsemant de gags plus ou moins drôles, un peu faciles en tout cas, sans doute dans le souci de satisfaire les tenants d'un Offenbach potache.

De la distribution d'origine, entendue au Châtelet en février 2017, il ne reste que le truculent Bruno Bayeux, auquel sont dévolus trois rôles de comédie; l'évaporée et drôlissime Flamel d'Alix Le Saux et le baryton Philippe Estèphe, dont l'excellence, hormis un léger déficit de graves, enchante dans ses couplets avec le chœur introductif des étudiants, puis dans la chanson des fous.

Le rôle titre déçoit, non tant par nostalgie de Marianne Crebassa qui exaltait par son chant et son jeu le côté fantasque de Fantasio, mais par un manque de projection et des difficultés à négocier le passage voix de tête, voix de poitrine. L'incarnation d'Angélique Noldus, silhouette gracile à souhait, est cependant dramatiquement convaincante. D.Tricou, G.Paire et JP Corre lui sont d'efficaces comparses.Image
Le Prince de P.N. Martin possède une voix très agréable à la diction claire, mais le très bel air “Je ne serai donc jamais, non jamais, aimé pour moi-même“ qu'Offenbach lui réserve à l'acte II, trop forcé, manque des nuances qui émeuvent. Son aide de camp est … campé avec ce qu'il faut de fébrilité par Antoine Normand qui doit composer, notamment dans ses couplets du III, avec un instrument moins docile qu'autrefois en terme de justesse, laquelle est franchement en défaut dans le cas du roi de J.F Vinciguerra.

Quant à Elsbeth, interprétée avec beaucoup de fraîcheur par la soprano bruxelloise, Sheva Tehoval, on la désignera comme reine de la soirée, tant la voix enchante, de timbre, d'agilité, d'aigus, de couleurs, vibrante et radieuse.
Précisons qu'en 2016, elle a été lauréate du Deutscher Musikwettbewerb, a remporté le premier prix dans la catégorie opéra, le premier prix dans la catégorie mélodie française, le prix jeune espoir ainsi que le prix du public au concours international de chant de Marmande.
En 2017, elle a gagné le premier prix au concours « SWR Junge Operstars ». C'est dire quelle talentueuse artiste nous avons eu la chance d'entendre.
Imagecrédit photo:Jean Pouget
L'orchestre de l'opéra de Rouen Normandie, aérien, dynamisé par le chef belge Jean-Pierre Haeck, grand ordonnateur de la musique offenbachienne de par le monde, est également pour beaucoup dans le plaisir que nous avons eu lors de cette soirée, le choeur Accentus mené par l'indispensable Christophe Grapperon ayant, pour sa part, donné le meilleur de lui-même dans des scènes de foule pleines de tonus ou de poésie, comme dans la scène d'ouverture de l'acte II “Quand l'ombre des arbres“ magnifiquement rendue.

Espérons que le public, pris à partie par Fantasio au final, retiendra le conseil : “Retournez donc
à vos travaux, à vos plaisirs, à vos amours... au lieu de donner la mort,
donnez la vie, et, si les rois ont encore besoin de la guerre, qu’ils se la
fassent entre eux, qu’ils se battent eux-mêmes...“

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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