Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

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HELENE ADAM
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Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par HELENE ADAM » 25 janv. 2018, 13:10

Il Barbiere di Siviglia

Opera buffa en deux actes (1816)

de Gioacchino Rossini

Livret Cesare Sterbini
D'après la pièce « Le Barbier de Séville ou la précaution inutile » de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Direction musicale : Riccardo Frizza
Mise en scène : Damiano Michieletto

avec

Il Conte d'Almaviva : René Barbera /Levy Sekgapane 1, 13 fév.
Bartolo : Simone Del Savio
Rosina : Olga Kulchynska
Figaro : Massimo Cavalletti / Florian Sempey 7, 16 fév.
Basilio : Nicolas Testé
Fiorello : Pietro Di Bianco
Berta : Julie Boulianne
Un officier : Olivier Ayault

Décors : Paolo Fantin
Costumes: Silvia Aymonino
Lumières Fabio Barettin

Chef des Choeurs : Alessandro Di Stefano
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris


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Première du 24 janvier 2018


Cette troisième reprise dans cette mise en scène jubilatoire du Barbier de Séville à Bastille, est un remède contre la grisaille et le mauvais temps qui sévissent actuellement à Paris.
A l’inverse du Bal masqué de Verdi que l’on peut voir également en ce moment à Bastille et qui vaut presque exclusivement pour la performance de Sondra Radvanovsky en Amélia, le Barbier de Séville bénéficie des atouts nécessaires aux représentations réussies : une formidable direction d’acteurs qui ne laisse jamais rien au hasard et occupe littéralement la scène, une direction musicale plutôt inspirée, un plateau vocal brillant et équilibrée et une mise en scène, décor compris, intelligente et ludique.
Autant dire qu’on passe une si bonne soirée qu’elle met de bonne humeur pour un moment.
Le parti pris de Damiano Michieletto (qui nous a offert de l’excellent et du beaucoup moins bon comme la mise en scène de Samson et Dalila il y a deux ans dans cette même salle) est de prendre la musique tourbillonnante et pétillante de Rossini comme point de départ de son illustration scénique et c'est très réussi. Je ne reviens pas davantage ici sur les détails très riches de la mise en scène, largement traitée lors des deux premières séries à Bastille en 2014 et 2016.

les liens :
viewtopic.php?f=6&t=16923&p=271296&hili ... ia#p271296
viewtopic.php?f=6&t=14584&p=233122&hili ... ia#p233122


Dès l’ouverture, Ricardo Frizza, en adoptant des tempi pas trop rapides, déplaira à certains mais j'ai trouvé que cela permettait tout à la fois de ménager les différentes parties de ce morceau admirable tout en laissant respirer la musique. Et le compte y est avec son début majestueux suivi sans transition par un allegro extrêmement enlevé qui donne les thèmes musicaux et souligne le caractère de comédie de l’opéra. Crescendos magnifique et pirouette de la fin : le tout est vigoureusement applaudi par un public déjà attentif même si le lever de rideau, en dévoilant le décor et notamment la décapotable de frimeur italien, fait grincer quelques dents.
Ensuite tout au long de la représentation, le maestro démontrera AMHA la subtilité de la partition, son dialogue avec les chanteurs et la virtuosité de l’orchestre de l’opéra dont il faut aussi saluer la performance.

Côté plateau on est d’abord servi par le talent d’acteurs de tous les protagonistes du premier au dernier rôle et par leur formidable adéquation à leurs personnages. Après nos réserves concernant le Bal Masqué de ce point de vue, on ressent encore plus cette incroyable qualité de certaines distributions que nous offre désormais l’Opéra de Paris sous l’ère Lissner.
Tout juste peut-on regretter que, parfois, quand le décor tourne, ou quand les chanteurs sont dans le fond d’une case, l’acoustique ne leur soit pas très favorable et que leurs prestations soient moins éclatantes sur le plan du volume.

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René Barbera que j’avais déjà entendu dans cette mise en scène à Bastille en 2015, commence avec brio par sa sérénade à Rosina « Ecco ridente in cielo ». C’est l’un des meilleurs interprètes de ce rôle dont il a la virtuosité nécessaire, vocalisant avec une précision époustouflante. Mais René Barbera a plus d’une corde à son arc : sa voix est large, le timbre est magnifique et les aigus sont sonores et vous donnent aussitôt des frissons. La voix est souple également et capable de beaucoup de changement d’intonations, prenant parfois un registre « outré » pour les effets comiques, épousant les mouvements incessants du chanteur sur le plateau dans ses divers déguisements pour séduire Rosina. Mais, je l’avoue, je l’attendais surtout dans son « Cessa di piu' resistere », le grand air d’Almaviva parfois coupé (un vrai scandale) au prétexte qu’il déséquilibre le rythme du final, heureusement entièrement chanté avec ses reprises hier soir. Moment magique. Formidable. Où Barbera donne la mesure de son immense talent. Longuement ovationné, très longuement. Avec la ferveur d’un public qui sait ou qui a compris que nous tenions là un grand souvenir d’opéra.

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Mais, comme un bonheur ne vient jamais seul, il faut aussi souligner la remarquable Rosina d’Olga Kulchynska. La jeune soprano Ukrainienne (elle a 28 ans) avait déjà attiré mon attention dans les Noces de Figaro à Munich il y a trois mois, où elle incarnait une Suzanna remarquable de tous les points de vue. L’immense vaisseau de Bastille ne l’impressionne pas davantage et elle nous campe une Rosina avec une vraie voix, loin des sopranos légères qu’on croise parfois dans ce rôle, une voix large et riche, des aigus superbes et un médium corsé, des vocalises précises et étourdissantes et un jeu de scène fabuleux. Son « Una voce poco fa » était d’une maitrise impressionnante.
Je crois qu’il faut suivre l’école Russe et Ukrainienne de très près : les jeunes talents qui arrivent sur nos scènes prouvent qu’une pépinière s’y développe. Tour à tour espiègle, mutine, fâchée, en colère, décidée, amoureuse, elle tournoie en permanence en rythme et virevolte sans jamais perdre ni le la ni l’écoute du public, impressionné, qui lui réservera une belle ovation au final.

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Le Figaro de Massimo Cavaletti est très élégant, pas du tout bouffon, a une classe folle jusque dans son chant et ce, dès son arrivée avec son célèbre « Largo al factotum ». Vocalises, trilles et ornementations, tout y est. Tout juste peut-on regretter qu’un timbre un peu mat et une projection moindre que celle de ses collègues, le rendent parfois moins audibles quand les décors handicapent visiblement les chanteurs.

Jolie surprise pour le Bartolo de Simone Del Savio que je ne connaissais pas et qui a tout du personnage à la fois ridicule et cruel, têtu et cocu, avec un chant là aussi d’une grande richesse de variations pour respecter les différents aspects du personnage au cours de l’histoire.

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Je l’ai dit : le plateau était homogène et les rôles secondaires excellents aussi.
Nicolas Testé, à son habitude nous offre un très bel air de la calomnie. Dommage qu’il ne le chante pas sur le devant de la scène ce qui aurait augmenté son impact acoustique. D’une manière générale on adore son Basilio drôle et bien chanté.

Julie Boulianne est parfaite également en Berta et son célèbre air est également ovationné.

Dans un tout petit rôle on remarque aussi Pietro Di Bianco en Fiorello à cause du timbre clair et joli, d’une projection et d’une diction parfaite.

Une soirée vraiment agréable, d’excellente facture globale, avec un public en moyenne jeune et ravi et une reprise dont on ne se lasse pas tant qu’elle a d’aussi bons interprètes. A noter deux séances de février avec Florian Sempey en Figaro.


Photos : © Guergana Damianova / OnP

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Re: Il Barbiere di Siviglia - Rossini - Frizza/Michieletto - ONP 01/02 2018

Message par paco » 25 janv. 2018, 15:55

Merci pour le CR ! Ca donne très envie (et tout à fait d'accord avec toi concernant la production, une référence absolue de Barbiere très réussi, et aussi concernant Olga Kulchynska, superbe espoir, et l'école russe de façon générale).

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HS Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par Bernard C » 25 janv. 2018, 17:48

Quand entendrons nous Barbera dans Tonio à Paris ?

Est-ce qu'un ODBien l'a entendu à Zurich où il devait reprendre le rôle cet hiver ?

La voix comme je l'ai observé à Austin s'élargit et la technique est beaucoup plus précise.

C'est un des meilleurs Tonio d'aujourd'hui ( avec des harmoniques plus riches que l'excellent Camarena.)

Bernard
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Re: HS Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par offenbach » 25 janv. 2018, 18:10

Bernard C a écrit :
25 janv. 2018, 17:48
Quand entendrons nous Barbera dans Tonio à Paris ?

Est-ce qu'un ODBien l'a entendu à Zurich où il devait reprendre le rôle cet hiver ?

La voix comme je l'ai observé à Austin s'élargit et la technique est beaucoup plus précise.

C'est un des meilleurs Tonio d'aujourd'hui ( avec des harmoniques plus riches que l'excellent Camarena.)

Bernard
Je l'ai entendu à Zurich, vraiment excellent. Après, la déception (le désespoir :cry: ) provoqué par l'annulation de Camarena m'a peut-être empêché de profiter pleinement de sa performance. Plus large vocalement que Camarena, mais j'ai trouvé les uts moins insolents que son collègue mexicain. Moins immédiatement émouvant aussi, il n'a (étonnamment, vœu de la cheffe sans doute) pas fait l'ut dièse du second air, coupant un peu la chique au public et ne faisant pas autant d'effet qu'il aurait pu. Mais sa performance était vraiment de haut niveau, surtout pour un remplacement (de luxe).

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Re:Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par HELENE ADAM » 25 janv. 2018, 18:16

offenbach a écrit :
25 janv. 2018, 18:10
Bernard C a écrit :
25 janv. 2018, 17:48
Quand entendrons nous Barbera dans Tonio à Paris ?

Est-ce qu'un ODBien l'a entendu à Zurich où il devait reprendre le rôle cet hiver ?

La voix comme je l'ai observé à Austin s'élargit et la technique est beaucoup plus précise.

C'est un des meilleurs Tonio d'aujourd'hui ( avec des harmoniques plus riches que l'excellent Camarena.)

Bernard
Je l'ai entendu à Zurich, vraiment excellent. Après, la déception (le désespoir :cry: ) provoqué par l'annulation de Camarena m'a peut-être empêché de profiter pleinement de sa performance. Plus large vocalement que Camarena, mais j'ai trouvé les uts moins insolents que son collègue mexicain. Moins immédiatement émouvant aussi, il n'a (étonnamment, vœu de la cheffe sans doute) pas fait l'ut dièse du second air, coupant un peu la chique au public et ne faisant pas autant d'effet qu'il aurait pu. Mais sa performance était vraiment de haut niveau, surtout pour un remplacement (de luxe).
Par rapport au souvenir que j'ai, non pas de son Tonio, mais de son Almaviva il y a trois ans à Bastille, en comparaison avec ce que j'ai entendu hier soir, oui je suis tout à fait d'accord avec Bernard : sa voix s'est élargie et enrichie en harmoniques, le timbre est très beau, les aigus souvent assez longs et surtout très bien tenus (très stables).
J'avais déjà remarqué cette évolution cet été dans les Puritani à Montpellier, en Riccardo, où il dominait aisément tout le plateau.
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Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par Adalbéron » 25 janv. 2018, 18:19

Euh, il y avait Deshayes quand même :mrgreen:
« Life’s but a walking shadow, a poor player / That struts and frets his hour upon the stage / And then is heard no more. It is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury, / Signifying nothing. »
— Shakespeare, Macbeth

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Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par HELENE ADAM » 02 févr. 2018, 11:09

Quelqu'un a-t-il entendu Levy Sekgapane le deuxième interprète d'Almaviva après René Barbera, qui faisait, je pense ses débuts à Bastille dans ce Barbier hier soir ?
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Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par micaela » 02 févr. 2018, 11:17

Entendu une fois, mais c'était à la télévision, dans le programme présenté par Villazón "Stars de demain". C'est très insuffisant pour juger un artiste.
A noter que ce jeune ténor sud-africain , présent à Bastille pour deux soirées, le 1 et le 13/2, a remporté le premier prix Operalia en 2017.
S'il n'y a pas de solutions, c'est qu'il n'y a pas de problème Proverbe shadok

Emmanuelb
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Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par Emmanuelb » 14 févr. 2018, 11:38

Hello

J'y étais hier soir, voici quelques impressions !

Le barbier de Séville – Paris Opéra Bastille – lundi 13 février 2018.

Une envie m’a pris de revoir cette fameuse production de Damiano Michieletto, mainte fois commentée, simple, efficace, fonctionnant avec fluidité, et en général saluée.
On y voit des scènes « de maison », une coupe d’un immeuble donnant lieu au spectateur d’observer à loisir les intérieurs et la vie de ses habitants. Zeste de voyeurisme et violation de la vie privée des protagonistes, peut être, mais c’est aussi cela qui grise le spectateur, émoustillé à l’idée de suivre en direct toutes les pérégrinations des personnages. Et ce n’est pas ce qui manque ! Bref, ennui limité au possible.
Point d’ « extérieur » et d’ « intérieur » dans ce spectacle, mais une exposition permanente des personnages, dans un espace à une dimension !

Dès l’ouverture – qu’on ne présente plus – du Barbier, la salle est plongée dans un clair-obscur inhabituel. Eclairée, l’assemblée lit, feuillette, tousse, s’observe. Pas évident ainsi de plonger dans l’atmosphère si espiègle, vive, de ces classiques pages rossiniennes.

Le Maestro Frizza dirige avec précaution et une certaine finesse cette ouverture. Les nuances sont bien là, les pupitres soigneusement mis en valeur, mais jamais d’emportement et sans doute un petit manque d’énergie, de gravité, de volume aussi, qui peut laisser sur sa faim, malgré des tempos pas en reste.
Solos de vents impeccables. Un petit bijou plutôt finement sculpté, mais pas tape à l’œil du tout, et se terminant finalement un peu trop tranquillement...
Par la suite, et hors des nombreux récitatifs, le chef déploie une intéressante palette de sons et nuances, très attentif à la partition et ses musiciens, respectueux des chanteurs. Ce n’est jamais fort, jamais brutal, peut être pas assez lyrique, mais cela respire et correspond bien aux intrigues que vit le spectateur. On notera de jolis nuances orchestrales et une faculté à retenir l’orchestre aux moments plus confidentiels.

Le plateau vocal nous semble contrasté. En remplacement de la star rossinienne René Barbera, c’est un jeune ténor sud-africain, récemment promu au concours Opéralia,
Levy Sekgapane, qui joue le comte éperdu.
La voix est plutôt belle, le timbre jeune et charmant, mais malheureusement la projection fait défaut pour remplir l’antre de Bastille, et on sent le soliste moins vaillant dans l’aigu, assez pâle. C’est ainsi que l’aria d’entrée « Ecco Ridente » (ou brillent des superstars comme Juan Diego Florez https://www.youtube.com/watch?v=SIfz8fNQw0U) se termine sur un aigu assez étroit, pas très audible, même si longuement tenu. Dommage !
La romance légère qui suivra, accompagnée du clavecin, verra logiquement le ténor plus à son aise.

A contrario, belle Rosina que Olga Kulchynska ! Le morceau de Bravoure « Voce poco fa » est fort bien mené, orné de vocalises et surtout exécuté d’une voix large, ample, autoritaire. On comprend que le Dottore Bartolo frémisse ! Quelle Rosina fière et déterminée ! Un des meilleurs moments du spectacle, en témoignent des applaudissements nourris. Par la suite la voix reste riche et fruitée, envoûtante.

C’est une Rosina bien différente que celle de la diva Pretty Yende qu’il nous a été donné d’entendre l’année passée dans cette même mise en scène (avec Lawrence brownlee). Yende semblait plus gracile, plus fragile. Deux styles différents et tout aussi remarquables.

A côté du couple central, notons le Basilio un peu effacé de Nicolas Testé. Quel dommage cet air sublime de la Calomnie, correctement exécuté certes, mais manquant d’épaisseur, de puissance, de gravité cynique également. Nous ne pouvons que regretter l’excellent Ildar Abdrazakov, Basilio du dernier « cast », aux graves telluriques, jamais couvert par l’orchestre – pourtant doux – au contraire de Testé, pas toujours audible et concluant l’aria presque en catimini, comme déjà essoufflé.

Côté barytons, d’emblée, la noble projection de Figaro (Massimo Cavaletti) impressionne ! Beaux aigus d’autorité et vaillamment tenus, magnifiques ! Ainsi, le grand air du barbier d’entrée « Largo al factotum » est une des réussites du spectacle. Le « dottore » (Simone Del Savio) semble vaillant, et le rôle fort bien joué. De notre emplacement, les vocalises ne sont cependant pas toujours bien audibles (en particulier dans la logorrhée frénétique d’avant entracte).

Manu

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Re: Rossini - Il Barbiere di Siviglia - Frizza/Michieletto - ONP - 01-02/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 14 févr. 2018, 14:47

Je n'ai pas été autrement passionné par cette reprise.
Je trouve la mise en scène pénible à la longue avec cette volonté de TOUJOURS trouver quelque chose à visualiser sur le plateau, comme si le chant était incapable de soutenir l'attention du public. Beaucoup de bruit, d'agitation, cette tournette permanente avec des effets d'acoustique déplorables (dans le finale du I notamment)...
Les scènes comiques habituelles tombent à plat : le dernier "Pace gioia", la découverte du travestissement par Bartolo, etc. J'ai déjà vu ça mille fois bien plus drôle, mécaniquement huilé.

J'ai très moyennement apprécié Kulchynska, un soprano qui chante la version mezzo (avec des graves souvent inaudibles "Ah ! qual colpo inaspettato") et pas de suraigus pour justifier la tessiture de soprano. L'air d'entrée est sans intérêt, legato là où on attend des vocalises piquées, sans variations notables. Sa seule réussite est le "Contro un cor", d'ailleurs très applaudi, ce qui reste assez rare.
Barbera a progressé depuis Puritani, avec un aigu assuré, une plus grande projection, un timbre plus chaleureux, mais Rossini n'est pas son univers : les vocalises ne sont pas assez marquées et, s'il chante le "Cessa di piu resistere", c'est sans variations dans la reprise.Sekgapane est encore jeune mais prometteur. Les vocalises sont bien mieux marquées, il y a quelques variations heureuses en première partie, mais à peine plus que Barbera pour le « Cessa ».
J’ai bien aimé le Bartolo de Simone Del Savio.
Pour Figaro, Sempey a de l’abattage mais je trouve que son chant se relâche avec le temps (mais c’était pire en Papageno) avec beaucoup de notes souvent plus hautes ou différentes de celles qui sont écrites. L’aigu est franc, mais pas de suraigu, pas de variations, ça routine un peu. Cavaletti est excellent, plus « propre », quoi que moins bien doté, avec une voix moins souple, des notes écourtées dans l’air d’entrée (dont il fait le si bémol en mixte). Il a visiblement été moins coaché scéniquement.
Testé correct mais limité dans l’aigu et dans le grave : comment va-t-il chanter Marcel des Huguenots ?!?
Excellente Berta et Fiorello plus sonore que Barbera et Sekgapane !

J’ai apprécié l’ouverture élégamment dirigée par Frizza, mais sa temporale tombe à plat.
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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