Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - Saint-Etienne - 01/2018

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Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - Saint-Etienne - 01/2018

Message par dge » 22 janv. 2018, 09:31

Francesco Cilea - Adrienne Lecouvreur

Opéra en quatre actes sur un livret d’Arturo Colautti
d’après Adrienne Lecouvreur d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé.
Crée à Milan-Teatro Lirico-le 6 novembre 1902

Grand Théâtre Massenet Saint-Étienne – janvier 2018


Direction musicale : Fabrizio Maria Carminati
Mise en scène : Davide Livermore
Décors : Davide Livermore et Gió Forma
Costumes : Gianluca Falaschi
Lumières : Nicolas Bovey
Chorégraphie: Eugénie Andrin
Chef de chœur: Laurent Touche

Adrienne Lecouvreur : Béatrice Uria-Monzon
Maurice de Saxe : Sébastien Guèze
Princesse de Bouillon : Sophie Pondjiclis
Michonnet : Marc Scoffoni
Prince de Bouillon : Virgile Ancely
Abbé de Chazeuil : Carl Ghazarossian
Mlle Jouvenot : Cecile Lo Bianco
Mlle Dangeville : Valentine Lemercier
Poisson : Mark van Arsdale
Quinault : Georgios Iatrou

Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire
Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire


Coproduction Opéra de Saint-Etienne / Opéra de Monte-Carlo / Opéra de Marseille




Représentation du 24 janvier



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© Cyrille Cauvet


L’Opéra de Saint-Étienne reprend en ce mois de janvier la production crée à Monte-Carlo (cf viewtopic.php?f=6&t=19559&p=331331&hili ... ur#p331319) en novembre dernier et qui sera à nouveau présentée à Marseille lors de la saison 2019/2020. Davide Livermore (à Saint-Étienne c’est son assistante Alessandra Premoli qui se charge de la reprise) nous propose une mise en scène qui privilégie la recherche d’un raffinement esthétique qui ne se rencontre plus souvent sur nos scènes d’opéra.


L’action est transposée en 1914 et Sarah Bernhard prend les traits de l’Adrienne Lecouvreur du livret. Cette hybridation peut trouver une certaine logique : toutes deux ont été des divas absolues de la Comédie Française révolutionnant à leur époque l’art de l’interprétation théâtrale, toutes deux ont eu des vies sentimentales mouvementées. Sarah Bernhardt a eu pour sa devancière une immense admiration et l’héroïne de la pièce de Scribe et Legouvé était un de ses rôles fétiches, admiration qui est allée jusqu’à écrire, sur le même sujet, le scénario d’un film qui semble aujourd’hui perdu, et qu’elle tourna en 1913. Des parties de ce film ont été reconstituées avec un réalisme bluffant- on croirait visionner un film d’époque- et viennent s’insérer par projection à certains moments de l’action. Lorsque Adrienne / Sarah meurt on voit la pellicule se consumer ajoutant un surcroît d’émotion à une scène qui en suscite déjà beaucoup.
Cette transposition amène bien sûr quelques distorsions avec le livret mais elle fonctionne très bien d’autant que le metteur en scène utilise toutes les situations pour actualiser son propos. Ainsi à l’acte III, le salon du prince de Bouillon est devenu un théâtre aux armées où se joue le ballet devant des soldats blessés, allusion au fait que Sarah Bernhard s’était aussi produite sur le front. A l’acte IV, on la voit enfiler une jambe de bois et se déplacer maladroitement avec des béquilles rappelant l’amputation qu’elle dut subir à la fin de sa vie. Et le ballet réglé par Eugénie Andrin rappelle les chorégraphies des ballets russes qui à cette époque résidaient à Monaco, clin d’œil sans doute à l’Opéra de Monte-Carlo initiateur de cette production.

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© Cyrille Cauvet


La scénographie ingénieuse due à Davide Livermore lui-même avec la collaboration du studio de designers Giò Forma s’appuie sur deux plateaux tournants concentriques. Le plateau central supporte une structure imposante représentant l’avant et l’arrière d’une scène de théâtre, montrant tantôt les coulisses, tantôt la salle. Ce dispositif devient au deuxième acte un mur de la maison de la Duclos. Entourant ce noyau central, une couronne permet de faire entrer les personnages ou d’amener différents accessoires scéniques. Les très beaux éclairages de Nicolas Bovey renforcent les tonalités sombres de ces décors, servant bien l’ambiance plus que morose de ces années de guerre. Les costumes de Gianluca Falaschi sont d’un luxe rare, ceux d’Adrienne en particulier. Il convient de souligner que les décors et costumes ont été en grande partie réalisés aux ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne.
La seule toute petite réserve que l’on peut faire est que ce luxe et le grand nombre de personnages sur scène créent parfois une surcharge qui distrait du drame. La direction d’acteurs est précise. Peut-être aurait on pu solliciter un peu plus Béatrice Uria-Monzon quand on connaît son potentiel scénique.


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© Cyrille Cauvet


Il est très compréhensible qu’au stade où en est sa carrière, Béatrice Uria-Monzon ait souhaité se confronter à ce rôle emblématique du répertoire et cette prise de rôle était attendue. Si la réussite n’est pas totale, la performance est quand même à saluer. Les réserves d’abord : un vibrato trop présent, surtout aux deux premiers actes mais qui sera mieux contrôlé ensuite et une vocalité du rôle qui n’est pas exactement la sienne, ce qui nous vaut un « Io son l’umile ancella » phrasé sans beaucoup d’émotion. Le stress de la prise de rôle en ce soir de première a pu aussi jouer. Les deux derniers actes, plus dramatiques, la voient beaucoup plus à l’aise et l’on est agréablement surpris par la maîtrise du registre aigu. L’écriture lui convient mieux et son monologue de Phèdre nous plonge déjà dans le drame. Mais c’est dans « Poveri fiori » habité et phrasé avec intelligence et musicalité qu’elle donne toute la mesure de son talent. L’émotion est là et ne retombera pas dans la scène finale où elle nous gratifiera de très belles demi-teintes.

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© Cyrille Cauvet


Sebastien Guèze est un Maurizio dont on apprécie la belle prestance scénique. Ce chanteur encore jeune possède des moyens réels, une projection insolente sur toute l’étendue de son ambitus, un timbre agréable mais il se réfugie trop souvent dans un registre forte et pauvre en couleurs sans beaucoup de nuances. Pourtant « L’anima ho stanca » au deuxième acte est phrasé avec beaucoup plus de délicatesse et la réplique qu’il donne à Adrienne lors de la scène finale a plus de style montrant qu’il peut résister aux sollicitations de l’écriture vériste de son rôle.
Sophie Pondjiclis compose une Princesse de Bouillon vipérine dont on apprécie la noirceur du timbre et des graves bien présents. La voix peut manquer de largeur lors des emportements de la princesse mais son engagement est à saluer. Marc Scoffoni qui doit se vieillir pour crédibiliser son personnage est un Michonnet de belle tenue: joli timbre, belle projection, très beau phrasé, son personnage a beaucoup d’humanité.
Carl Ghazarossian fait une très belle composition de l’abbé de Chazeuil auquel il apporte toute la rouerie du personnage. Virgile Ancely prête sa belle voix de basse au prince de Bouillon. Cécile Lo Bianco, Valentine Lemercier, Mark Van Arsdale et Georges Iatrou, malgré quelques décalages forment un quatuor de Comédiens Français très investis scéniquement.

Fabrizio Maria Carminati dirige l’ Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire et le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire avec le souci de mettre en valeur le lyrisme de la partition et le prélude du quatrième acte est très bien rendu. Dans l’orchestre, très concerné, il convient de distinguer le violon solo de Lyonel Schmit.




Gérard Ferrand

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - St-Etienne - 01/2018

Message par dge » 27 janv. 2018, 23:37

Je viens de poster mon CR

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - St-Etienne - 01/2018

Message par MariaStuarda » 27 janv. 2018, 23:47

Merci :D

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - St-Etienne - 01/2018

Message par romance » 28 janv. 2018, 01:25

Merci pour ce beau compte rendu si complet. Les costumes de Gianluca Falaschi sont, en effet, superbes. Béatrice Uria Monzon ne surjoue plus comme la « star » du moment (au tout début), mais vibre comme une femme amoureuse et blessée ; son « Poveri fiori » est d’une très grande beauté. Sébastien Guèze, pour moi, a dominé le plateau. S’il commence avec une superbe projection, mais sans beaucoup de nuances, comme tu le rapportes, dans la scène finale, il est un Maurizio profondément émouvant, d’une grande sensibilité, qui a su, au travers de son chant, laisser parler son âme éprouvée... (oui, j’ai pleuré, comme on peut le deviner…).
Quant à la Princesse de Bouillon incarnée par Sophie Pondjiclis, si je lui ai trouvé d'abord une certaine retenue, cette impression s’est évanouie, face à une Princesse de Bouillon, comme tu l’écris vipérine, venimeuse… brrr… Belle composition. Une mention à Marc Scoffoni, qui campe un Michelet très attachant. Une très belle représentation.

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - St-Etienne - 01/2018

Message par MariaStuarda » 28 janv. 2018, 17:32

romance a écrit :
28 janv. 2018, 01:25
Merci pour ce beau compte rendu si complet. Les costumes de Gianluca Falaschi sont, en effet, superbes. Béatrice Uria Monzon ne surjoue plus comme la « star » du moment (au tout début), mais vibre comme une femme amoureuse et blessée ; son « Poveri fiori » est d’une très grande beauté. Sébastien Guèze, pour moi, a dominé le plateau. S’il commence avec une superbe projection, mais sans beaucoup de nuances, comme tu le rapportes, dans la scène finale, il est un Maurizio profondément émouvant, d’une grande sensibilité, qui a su, au travers de son chant, laisser parler son âme éprouvée... (oui, j’ai pleuré, comme on peut le deviner…).
Quant à la Princesse de Bouillon incarnée par Sophie Pondjiclis, si je lui ai trouvé d'abord une certaine retenue, cette impression s’est évanouie, face à une Princesse de Bouillon, comme tu l’écris vipérine, venimeuse… brrr… Belle composition. Une mention à Marc Scoffoni, qui campe un Michelet très attachant. Une très belle représentation.
Tu t'es fait le doublé ? (après Monte-Carlo) :wink:

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - Saint-Etienne - 01/2018

Message par dge » 28 janv. 2018, 20:12

Romance, toi qui as vu la production à Monte-Carlo et St-Etienne, as tu vu des différences dans la réalisation de la mise en scène ?

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - Saint-Etienne - 01/2018

Message par romance » 28 janv. 2018, 21:49

Yes ! 😀 Adriana (Saint Étienne) Les Noces (Nice), Tosca ciné, Les Contes (Monte Carlo) 🗣🗣🗣🗣🌈🌟✨ puis Les Dialogues.. à venir très vite (et la suite par mp), un hasard au départ et pour moi, un moment génial !

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Re: Cilea - Adrienne Lecouvreur - Carminati/Livermore - Saint-Etienne - 01/2018

Message par romance » 28 janv. 2018, 21:52

dge a écrit :
28 janv. 2018, 20:12
Romance, toi qui as vu la production à Monte-Carlo et St-Etienne, as tu vu des différences dans la réalisation de la mise en scène ?
Oui, sans entrer ds le détail, la production de Saint-Etienne m’a parue plus  »fouillis » qu’à Monte-Carlo.

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