Rossini - Le Comte Ory - Langrée/Podalydès - OC - 12/2017

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par wababelooba » 20 déc. 2017, 11:43

Bon … je ne suis pas objectif , car j’adore le Comte Ory.
Musicalement tout ce qui vient du Voyage à Reims est de toute première qualité, et Scribe et Rossini ont remarquablement réutilisé ce matériel en situation. Ce qui , dans l’original était du 27e degré comme l’air du Chapeau devient dans Ory beaucoup plus chargé de chair et d’émotion.
Et tout ce qui a été composé spécifiquement pour Ory nous montre un Rossini au sommet de sa puissance créative , avec par exemple le sublime trio du II , « A la faveur de cette nuit obscure… », une des toutes meilleures pages écrites par Gioacchino.
Alors disons tout de suite que l’Orchestre des Champs Elysées a commencé de façon assez calamiteuse hier soir. Tempi curieux , manque de concentration , beaucoup de faussetés .
J’ajoute tout de même que Langrée s’est rattrapé tout particulièrement au début du II avec une lecture quasi gluckiste du chœur ( superbe) « Dans ce séjour calme et tranquille… » et a plutôt bien fini.
Evacuons tout de suite la mise en scène de Podalydes.
Mise en scène ultra classique avec petite transposition.
Le problème c’.est qu’en bon sociétaire de la Comédie Française , Podalydès scrute le livret de Scribe , en tentant une approche hyper psychologique .
Tout le monde est frustré par le carcan de la religion. Isolier représente l’amour idéalisé et Ory la sensualité triviale . Quand la comtesse se libère, elle hésite entre les 2, et le côté prédateur d’Ory est loin de lui déplaire .
Bon … Hormis le fait qu’une telle interprétation ( le harcèlement plaît aux femmes ) tombe particulièrement mal dans un contexte « ashtag Balance Ton Porc », le metteur en scène charge la mule
pour aller dans le sens de sa démonstration.
Dans sa déclaration d’intention, il dit que pour mettre en scène Ory , il ne faut pas alourdir ni volontariser les personnages et les situations, « trouver la fantaisie , la libérer sans la forcer, ni la décréter… »…
S’abandonner à la musique plutôt que « chercher à combler le vide par du surjeu, ou je ne sais quoi ».
Bien vu , mais que fait-il dans son premier acte, sinon multiplier les gags au détriment du chant.
J’ajoute que le personnage d’Ory dans le premier acte, façon benêt découvrant ses pouvoirs sur un public de fidèles , manipulé par un Rimbaud méphistophélique , me paraît être un contre sens absolu.
Scribe est parti d’un fabliau. Essayer de dépasser l’anecdote pour trouver un violent anticléricalisme et une frustration sexuelle exacerbée me paraît un peu excessif .
Si j’osais ( et juste pour faire plaisir à Placido) , je dirais que Scribe a « croupi » la limpidité de ce que dit la musique : sensualité , ambiguité , et tout ça avec une grâce infinie.
3 qualités que possèdent au plus haut point la superbe comtesse de Julie Fuchs et l’excellent Isolier de Gaëlle A rquez .
Ce que fait Fuchs est assez phénoménal. Elle se promène littéralement avec une élégance folle dans les variations les plus acrobatiques . On retrouve le plaisir viscéral que procure le bel canto exécuté à un tel niveau. Et j’ai vu Devia , Massis et Sumi Jo dans le rôle ! Elle mérite à elle seule le déplacement .
Gaëlle Arquez est toute aussi passionnante. La voix est superbe , le chant parfait , la présence rayonne .
C’est du très haut niveau , même si on garde dans le cœur la fabuleuse Di Donato du Met.
La Ragonde d’Eve –Maud Hubeaux , annoncé souffrante hier soir s’est pourtant révélée parfaite, elle aussi .
Chez les hommes , c’est un peu moins la fête.
En Ory , Talbot est très bon , mais bien sûr , on garde en mémoire les prestations anthologiques de Blake , de Matteuzzi et de Florez. Et j’avais personnellement bien aimé ce qu’en faisait Yiji Shi à Pesaro, qui me paraissait plutôt proche de l’idéal du créateur Nourritt.
Les vrais problèmes arrivent avec le Rimbaud de Jean Sébastien Bou , inaudible dans les basses, et avec le Gouverneur de Patrick Bolleire , étonnamment lourd et faux hier soir , alors que je l’avais trouvé très bon il y a quelques temps dans la Semiramide de Marseille.
Félicitations pour les chœurs « Les Eléments » tout simplement parfaits.
Et bravo globalement à l’équipe pour l’articulation du français. Il faut dire qu’on n’a pas l’habitude.

En résumé , comme après l’agitation stérile du premier acte, on retrouve le métier de l’équipe Podalydes –Ruf dans le II et tout particulièrement dans le très beau premier tableau, et comme Rossini dans cet acte n’en finit pas de nous faire frémir , on termine avec un véritable triomphe public.
Disons que Fuchs et Arquez le méritent très largement .
Minko a souvent fait saluer les partitions .
Langrée aurait dû le faire hier soir.

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par Zelenka » 20 déc. 2017, 12:15

Largement d'accord avec les commentaires précédents, même si je serais beaucoup plus louangeur pour Talbot. Je crois qu'il s'inscrit dans une autre tradition que Blake et Florez et montre la transition entre haute contre à la française et ténor rossinien, ce qui pour le Comte Ory me semble adapté. J'ai énormément apprécié sa prestation vocale et scénique. Il est le pivot du spectacle.

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par JdeB » 20 déc. 2017, 12:32

Donc Nourrit serait selon toi l'héritier des haute contre à la française ?
C'est une vraie question.

la voix Talbot manque de corps et de couleurs mais il est très bon comédien, avec un très bonne technique, de l'endurance, de l''engagement
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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par HELENE ADAM » 20 déc. 2017, 16:14

A noter :

Le Comte Ory sera diffusé sur Culture Box en direct le 29 décembre puis diffusé plus tard sur France trois..
Il sera diffusé sur France musique le 21 janvier 2018.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par Remigio2 » 20 déc. 2017, 16:28

Je vois qu'il reste des places à 6€ à l'amphithéâtre annoncées "sans visibilité" pour les prochaines représentations: on est vraiment face à un pilier là-haut ? :roll:

R.
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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par jean-didier » 20 déc. 2017, 16:38

Si tu es trop haut dans l'amphithéâtre tu ne vois plus le haut de la scène, voire plus grand chose. Mais l'acoustique y est bonne de mémoire.

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par Asvo » 20 déc. 2017, 18:35

Je m'associe au concert de louanges pour les voix, en particulier féminines.

Julie Fuchs est bluffante. Scotchante. Je suis assez basique dans mes goûts belcantistes et ne peux pas résister à l'ajout d'aigus dans les partitions ou pour conclure les morceaux (par exemple l'Adèle de Damrau). Eh bien ce que j'ai trouvé formidable chez Fuchs, c'est que bien qu'elle n'ait rajouté aucun aigu conclusif, elle a réussi à emporter le public à chacune de ses interventions. Le timbre est très beau, très fruité, les vocalises délicieuses, le texte, à cette tessiture, magnifiquement prononcé, et le jeu hilarant.
wababelooba a écrit :
20 déc. 2017, 11:43
Minko a souvent fait saluer les partitions .
Langrée aurait dû le faire hier soir.
On ne peut plus d'accord, difficile de trouver plus délicieux :D

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par Adalbéron » 20 déc. 2017, 19:45

Remigio2 a écrit :
20 déc. 2017, 16:28
Je vois qu'il reste des places à 6€ à l'amphithéâtre annoncées "sans visibilité" pour les prochaines représentations: on est vraiment face à un pilier là-haut ? :roll:

R.
Rossini ça devrait être remboursé par la Sécurité Sociale de toute manière.
« Life’s but a walking shadow, a poor player / That struts and frets his hour upon the stage / And then is heard no more. It is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury, / Signifying nothing. »
— Shakespeare, Macbeth

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Re: Rossini- Le Comte Ory -Langrée/ Podalydès- OC - 12/2017

Message par wababelooba » 21 déc. 2017, 00:10

Asvo a écrit :
20 déc. 2017, 18:35
Je m'associe au concert de louanges pour les voix, en particulier féminines.

Julie Fuchs est bluffante. Scotchante. Je suis assez basique dans mes goûts belcantistes et ne peux pas résister à l'ajout d'aigus dans les partitions ou pour conclure les morceaux (par exemple l'Adèle de Damrau). Eh bien ce que j'ai trouvé formidable chez Fuchs, c'est que bien qu'elle n'ait rajouté aucun aigu conclusif, elle a réussi à emporter le public à chacune de ses interventions.
Et à quelle hauteur . Je flottais à 10000 pieds !!!!
C'est ça , le vrai bel canto ... IRRESISTIBLE !
De toute façon , dans le spectacle , il y avait un Avant Fuchs et un Après .
Avant , c'était un peu bof bof ... mais dès l'entrée de la comtesse , attachez vos ceintures ... ON DECOLLE !!!

Un ( tout ) petit reproche... J'ai eu parfois l'impression d'être devant une Olympia plutôt qu'une Adèle...
(Mais la mes accentuait délibérément ce point , alors ...) .

Encore un point : J'ai trouvé les ensembles particulièrement soignés, ce que je n'avais trouvé jusqu'à présent qu'à Pesaro.
A part peut-être le grand final du premier acte un tout petit peu moins en place ( mais il est titanesque !)

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Re: Rossini - Le Comte Ory - Langrée/Podalydès - OC - 12/2017

Message par raph13 » 21 déc. 2017, 10:48

Très jolie soirée de première avec une équipe homogène et une production sympathique.
Après un premier acte un peu brouillon, où l'action est trop dispersée, le spectacle trouve son rythme avec un deuxième acte plus équilibré et un jeu de scène très réussi pour le fameux trio.
Le décor est un peu triste mais efficacement modulable et les éclairages très réussis.

La distribution est emmenée par l'Adèle pétillante et délicieusement séduisante de Julie Fuchs, qui fait un tabac dans son air d'entrée et aux saluts. Si les vocalises n'ont pas tout le délié souhaité, on ne peut qu'admirer le timbre fruité, la souplesse et la facilité de l'aigu, qualités assorties d'une présence indéniable et d'un jeu de scène hilarant.

Philippe Talbot est un Comte bien chantant, prolixe en demi-teintes et suraigus. Le style est plus français que rossinien mais son audace vocale et son investissement sur scène lui permettent d'emporter la mise.

Gaëlle Arquez est un Isolier d'une sensualité rare, qui met la salle sous le charme grâce à son timbre moelleux et son chant ardent. Le seul reproche que je lui ferais est justement de sonner trop féminine et capiteuse pour ce rôle de travesti !

Annoncée souffrante sans que cela ne se ressente, Eve-Maud Hubeaux campe une Dame Ragonde truculente et vocalement faste, loin des mezzos en fin de carrière souvent distribuées dans le rôle.
Jean-Sébastien Bou et Patrick Bolleire ont pour eux une présence indéniable et des voix robustes mais il est flagrant que Rossini n'est pas leur univers, vocalises bousculés et phrasé hâché mettant à mal leurs airs respectifs.

Chœur impeccable mais orchestre à la peine, avec de nombreuses faussetés, malgré la direction vive et pleine d'entrain de Louis Langrée, que l'on n'attendait pas forcément dans ce répertoire.

Salle comble et ravie, rappelant longuement les artistes.
« L’opéra est comme l’amour : on s’y ennuie mais on y retourne » (Flaubert)

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