Récital M.Padmore/M.Uchida - Schubert/Winterreise - ONR - 09/12/2017

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Récital M.Padmore/M.Uchida - Schubert/Winterreise - ONR - 09/12/2017

Message par Piero1809 » 16 déc. 2017, 14:11

Récital
Frank Padmore
Mitzuko Uchida

Winterreise

Franz Schubert
Poèmes de Wilhelm Müller

Gute Nacht (Bonne Nuit)
Die Wetterfahne (La Girouette)
Gefrorene Tränen (Larmes gelées)
Erstarrung (Solidification)
Der Lindenbaum (Le Tilleul)
Wasserflut (L'Eau des inondations)
Auf dem Flusse (Sur la rivière)
Rückblick (Recul) 
Irrlicht (Feu follet)
Rast (Pause)
Frühlingstraum (Rêve de printemps)
Einsamkeit (Solitude)
Die Post (La Poste)
Der greise Kopf (La Vieille Tête)
Die Krähe (La Corneille)
Letzte Hoffnung (Dernier Espoir)
Im Dorfe (Dans le village)
Der stürmische Morgen (Le Matin tempétueux)
Täuschung (Tromperie)
Der Wegweiser (Le Panneau indicateur)
Das Wirtshaus (L'Auberge)
Mut (Courage)
Die Nebensonnen (Les trois soleils)
Der Leiermann (Le Joueur de vielle à roue)

Strasbourg Opéra, le 9 décembre 2017.

Le cycle de Lieder Winterreise D 911 sur des poèmes de Wilhelm Müller date de l'année 1827. De la même année datent deux œuvres très importantes, le quatuor à cordes en sol majeur D 887 et le trio pour piano, violon et violoncelle en mi bémol majeur D 929. Contrairement au quatuor et au trio qui me séduisirent immédiatement, j'éprouvai vis à vis du cycle Winterreise un respect admiratif mais pas d'enthousiasme. Ayant dans l'oreille la luxuriance des œuvres de musique de chambre citées, j'étais surpris par l'austérité relative du Winterreise. Alors que les Lieder précédents de Schubert bénéficient d'un riche accompagnement du piano, souvent tumultueux, la partie de piano du Winterreise est simple et présente même une certaine aridité. En général le piano suit le chant mais dans certains Lieder, le piano dessine un chant nouveau ou plutôt une sorte de contre-chant souvent monodique d'une étonnante nudité. Cette atmosphère est inhabituelle chez Schubert, on la retrouvera dans le mouvement lent de la symphonie n° 10 en ré majeur inachevée qui présente aussi une atmosphère raréfiée du même type que l'on a rapprochée de certaines œuvres de Mahler, notamment le dernier mouvement du Chant de la terre.
Les Lieder du Winterreise ne contiennent pas non plus les modulations nombreuses, souvent dans des tons éloignés, des Lieder précédents et des œuvres contemporaines. Par contre ils présentent d'incessantes alternances du mode majeur et du mode mineur, à l'image du quatuor à cordes en sol majeur D 887 où ce procédé est érigé en technique compositionnelle (1). Comme le suggère Richard Wigmore, on peut voir dans les passages mineurs (les plus nombreux) la dure réalité et dans le majeur, le rêve ou le souvenir de temps meilleurs (2).
A l'issue de plusieurs auditions, je réalisai enfin que le cycle du Winterreise est une œuvre visionnaire remarquable par son unité, sa capacité à créer des images oniriques et par la personnalité du Voyageur errant. Ce dernier non seulement ne s'apitoie pas sur son sort mais encore le considère avec une mordante dérision (Der greise Kopf, Dir Krähe, Mut) à moins que l'on y détecte les prémisses de troubles mentaux (Rast, Der Wegweiser, Die Nebensonnen).

Marc Padmore entrant avec lenteur sur scène, trouve sa place et se dresse bien droit. Il ne bougera quasiment pas pendant toute la durée du récital et fera preuve d'une concentration impressionnante. Les 24 Lieder sont chantés à la file , pratiquement sans pause et sans partition. D'emblée, le timbre de sa voix séduit, ses aigus sont lumineux, le médium est nourri et les graves, bien qu'un peu légers, sont émis avec une intonation parfaite. L'articulation, le phrasé, le légato, témoignent d'un art du chant à son apogée. Les pianissimos divins permettent de goûter les rares instants de douceur qui surgissent (Der Lindenbaum, Frühlingstraum, Täuschung) ou de mettre en valeur les moments de révolte (Die Nebensonnen, Der stürmisch Morgen) ou les accents passionnés (Estarrung, Die Post) du Voyageur errant.

Mitsuko Uchida veillait à ce que le récital soit une réussite parfaite. S'apprêtant à démarrer l'introduction de Gute Nacht, elle interrompit son premier geste quand elle entendit le bruit d'un retardataire arrivant dans la salle. On l'a dit, le rôle du piano dans ce cycle est particulier. Exception faite de l'accompagnement tumultueux de Erstarrung, le piano double parfois humblement la ligne vocale mais souvent oppose à cette dernière un contre-chant indépendant comme dans Der Lindenbaum. Mitsuko Uchida sut parfaitement mettre en valeur et faire vivre ce contre-chant afin qu'il devienne aussi important que la mélodie chantée et que l'auditeur soit en mesure de saisir l'intégralité de la signification du poème et de trouver le sens caché des mots. Avec également des préludes et des postludes inspirés, c'est ainsi que la pianiste joua un très grand rôle dans la conduite du récital.

Une ovation du public salua les deux artistes. Aucun bis n'était concevable après un des sommets de la musique toutes époques confondues.

(1) http://piero1809.blogspot.fr/2016/01/le ... eur-d.html
(2) Richard Wigmore, Une œuvre immortelle, Programme ONR, décembre 2017.

Pierre Benveniste

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