J.Strauss fils-Le Baron Tzigane-Blunier/Räth - Genève-12/17-01/18

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J.Strauss fils-Le Baron Tzigane-Blunier/Räth - Genève-12/17-01/18

Message par dge » 13 déc. 2017, 22:43

Johann Strauss fils - LE BARON TZIGANE
Opérette en 3 actes sur un livret de Ignaz Schnitzer

Crée à Vienne - Theater an der Wien - le 24 octobre 1885
Version française crée à Paris - Folies dramatiques – le 20 octobre 1895

Genève - Opéra des Nations - Décembre 2017/Janvier 2018


Direction musicale : Stephan Blunier
Metteur en scène : Christian Räth
Assistant mise en scène : Jean-François Kessler
Décors et costumes : Leslie Travers
Adaptation des dialogues : Agathe Mélinand
Chorégraphie : Philippe Giraudeau
Lumières : Simon Trottet

Sándor Barinkay : Jean-Pierre Furlan
Sáffi : Eleonore Marguerre
Kálmán Zsupán : Christophoros Stamboglis
Czipra : Marie-Ange Todorovitch
Arsena : Melody Louledjian*
Ottokar : Loïc Félix
Comte Homonay : Marc Mazuir
Mirabella : Jeannette Fischer
Comte Carnero : Daniel Djambazian
Pali : Wolfgang Barta **
Quatre suivantes :
Nicola Hollyman**
Martina Möller Gosoge**
Céline Soudain**
Mariana Vassileva-Chaveeva**

Chœur du Grand Théâtre
Direction :Alan Woodbridgeet Roberto Balistreri

Orchestre de la Suisse Romande


*: Membre de la troupe des jeunes solistes en résidence
** : Membre du Chœur du Grand Théâtre





Représentation du 15 décembre 2017

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Johann Strauss fils connut avec la création viennoise en 1885 du Baron tzigane son plus grand succès populaire puisque l’œuvre a été jouée 87 fois consécutives. Malgré des reprises en particulier à l’Opéra de Vienne avec des forces musicales comparables à celles que l’on consacrait aux opéras, c’est La Chauve souris qui s’est installée plus durablement au répertoire des grandes institutions lyriques. La faute sans doute en partie à sa longueur (quatre heures) avec beaucoup de textes parlés dont l’humour daté aurait du mal à intéresser le public d’aujourd’hui même si à l’époque de la création on a pu lui trouver quelques qualités parce qu’il suggérait un possible rapprochement des classes sociales et faisait de Saffi un symbole de l’amitié entre l’Autriche et de la Hongrie. La faute aussi à une histoire abracadabrantesque (princesse enlevée enfant et devenue Bohémienne, trésor caché, spoliation …) et si les personnages sont plus caricaturés que creusés - c’est aussi un peu la loi du genre - les multiples coups de théâtre nécessiteront pour dénouer les fils emmêlés de l’intrigue un deux ex machina sous forme d’une guerre dont l’issue victorieuse permettra aux couples de se retrouver. Le Baron tzigane n’en renferme pas moins quelques unes des meilleures inspirations de Strauss et après les belles réussites de La Veuve Joyeuse et de La Chauve souris lors des saisons passées on se réjouissait de cette reprise qui de plus se faisait en version française. Mais à la fin c’est la déception qui l’emporte.

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Le metteur en scène Christian Räth a voulu s’écarter de toute approche folklorique et a opté pour une approche ludique. Le dispositif scénique unique dû à Leslie Travers, à qui l’on doit aussi les beaux costumes colorés, est assez réussi esthétiquement et représente une table de jeu dont certaines cases sont des trappes par lesquelles peuvent apparaître les personnages.
Mais en réduisant la surface utile du plateau de l’Opéra des Nations qui est déjà limitée, Christian Räth ne se facilite pas la tâche. Les choristes nombreux et souvent présents ont bien peu de place pour évoluer et la direction d’acteurs est souvent sommaire. Ramener l’action à un jeu de société au cours duquel les personnages sont manipulés comme des pions dans un jeu de chasse au trésor - puisque c’est un des rouages essentiels du livret - peut être une bonne idée de départ mais elle nécessiterait d’être creusée par une inventivité de tous les instants, et force est de reconnaître que les quelques gags tombent souvent à plat et ne dérident pas le public.
Zsupán étant éleveur de cochons, l’animal est constamment présent sur scène : personnages humains meublant l’ouverture avec un masque de cochon, statues de porc constamment présentes et véhiculées, même la découverte du trésor est représentée ( belle image cependant) par un couple de danseurs qui émerge d’un voile doré et amorce une valse en portant…un masque de cochon. Les Tziganes sont des bikers tout frais sortis d’une manif de motards. On a plus l’impression de quelques gags plaqués sur une idée de départ sans qu’il y ait une vraie ligne directrice. Les choses s’arrangent vers la fin du deuxième acte avec l’arrivée d’un simulacre de tank et de marines avec des fusils en carton qui apporte un peu dérision bienvenue. Au troisième acte l’adaptation des dialogues par Agathe Mélinand se fait un peu plus incisive et l’idée du jeu colle mieux à la triple récompense de Barinkay qui a mené ses troupes à la victoire.

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La distribution offre des bonheurs divers. Jean-Pierre Furlan en Sándor Barinkay fait valoir des aigus bien projetés mais son chant manque de nuances et de couleurs. Eleonore Marguerre est une Sáffi de belle allure : malgré parfois quelques irrégularités dans l’émission, son joli timbre et sa musicalité rendent justice à ce rôle chanté par d’illustres devancières et son investissement scénique est bienvenu. Melody Louledjian est une Arsena piquante, un peu sur la réserve au début mais se libérant progressivement et fait valoir une belle voix cristalline et de beaux talents scéniques.
Christophoros Stamboglis est un Kálmán Zsupán qui joue parfaitement de l’ambigüité de sa rourie et de sa bonhommie. Vocalement à la peine on apprendra plus tard qu’il a très professionnellement tenu à assurer la deuxième partie du spectacle après un malaise à l’entracte qui a nécessité son hospitalisation la représentation terminée. Malgré des voix qui accusent une certaine usure , Marie-Ange Todorovitch (Czipra) et surtout Jeannette Fischer (Mirabella) croquent bien leurs personnages. Loïc Félix est un Ottokar attachant, au timbre clair mais pas toujours bien projeté. Marc Mazuir (Comte Homonay) et Daniel Djambazian (Comte Carnero) complètent la distribution.

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Malgré quelques décalages en ce soir de première, Stefan Blunier dirige l’ Orchestre de la Suisse Romande avec un souci de mettre en évidence toutes les couleurs et les rythmes de la partition et d’apporter à cette représentation les bulles de Sekt qui manquent sur scène.



Gérard Ferrand

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Re: J.Strauss fils-Le Baron Tzigane-Blunier/Räth - Genève-12/17-01/18

Message par dge » 20 déc. 2017, 22:02

Je viens de poster mon CR.

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Re: J.Strauss fils-Le Baron Tzigane-Blunier/Räth - Genève-12/17-01/18

Message par paco » 27 déc. 2017, 16:18

Merci pour le CR !

Der Zigeunerbaron est mon opéra préféré de Johann Strauss, du point de vue de la partition. En revanche, je compatis avec les directeurs qui le programment courageusement, tant son livret est impossible à mettre en scène aujourd'hui, et tant cet ouvrage est redoutable à distribuer, de nombreux rôles étant d'une grande difficulté et nécessitant de grandes voix et de forts charismes (ne pas rater, sur ce plan, l'enregistrement magistral avec Bumbry, Gedda, Böhme et Streich, un bijou).

Comme tu l'as mentionné, la difficulté de cet ouvrage réside dans son livret dont les ficelles vaudevillesques ne sont que prétexte à distraire "en façade", tandis que le coeur du sujet est ailleurs, dans une satire géo-politique de l'Empire austro-hongrois qui débutait alors une période troublée, fragilisé d'une part par des tensions naissantes dans les Balkans, d'autre part par un tiraillement entre la "vieille économie" et l'emprise croissante d'u capitalisme moderne qui passait mal dans un Empire encore très archaïque, militarisé et sclérosé par une bureaucratie fossilisée. Le centre de cette satire est le personnage de l'éleveur de cochons, qui réunit à lui seul les deux thèmes de l'opéra : les "minorités", et le capitalisme.

De fait, il n'est pas possible, aujourd'hui, de mettre l'accent sur le côté vaudeville de l'oeuvre : rien, dans le livret, ne prête à rire, les situations "comiques" étant très faibles. Mais d'un autre côté, la satire politique n'est pas "transposable" à notre époque et ne peut intéresser que les passionnés d'Histoire. A cet égard, Der Zigeunerbaron fait certainement partie de ces opéras pour lesquels une préparation du spectateur en amont est indispensable, ce n'est pas un divertissement que l'on "consomme" entre un resto et un verre entre amis. Se préparer en amont ? Autant on y pense pour Wagner ou Janacek, autant Ce n'est pas très intuitif pour une "opérette". Et pourtant c'est ici indispensable !

Autant de difficultés à monter cet ouvrage aujourd'hui. Sans compter que seules des voix de type Beczala, Kaufmann, Netrebko, Ulyanov, Shrott ou Rashvelichvili seraient en mesure de rendre justice à la partition, une des plus spectaculaires vocalement et des plus riches orchestralement que Strauss ait composées.

veniziano
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Re: J.Strauss fils-Le Baron Tzigane-Blunier/Räth - Genève-12/17-01/18

Message par veniziano » 27 déc. 2017, 18:17

Moi aussi j'adore le Baron Tzigane, heureusement qu'il y a des directeurs qui ont le courage de monter cette oeuvre, absomument d'accord avec toi paco , cette oeuvre demande des pointures pour rendre justice à cette merveilleuse musique.

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