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Gluck / Berlioz- Orphée- Fores Veses/Gioria - Avignon - 12/2017

Posté : 01 déc. 2017, 10:32
par JdeB
Orphée de Gluck révisé par Hector Berlioz (1859)

Chef d'orchestre Roberto Forés Veses
Metteur en scène Fanny Gioria
Décors Hervé Cherblanc
Costumes Elza Briand
Lumières Hervé Cherblanc
Chorégraphie Eric Belaud
Chef de choeur Aurore Marchand
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Orphée Julie Robard-Gendre
Eurydice Olivia Doray
Amour Dima Bawab

Nouvelle production

Gluck occupe une place à part dans le panthéon personnel de Berlioz. C’est à l’âge de treize ans que ce dernier découvre son compositeur favori dans le volume XVII de la Biographie Universelle de Michaud à laquelle son père était abonné. Dès lors il n’a de cesse d’approfondir sa connaissance de la musique de son illustre prédécesseur. Lorsqu’il se présente au Conservatoire national de Paris, il déclare connaître par cœur les deux Iphigénies, l’Orphée et l’Armide du Chevalier. C’est le 26 novembre 1821 qu’il assiste pour la première fois à une version scénique de son compositeur mythique. Selon son biographe, David Cairns, « c’est sous l’influence de cette représentation d’Iphigénie en Tauride à l’opéra que Berlioz décida finalement qu’il serait compositeur, quels que fussent les obstacles, et qu’il rassembla le courage pour écrire à son père et l’en informer ». Berlioz abandonne donc sa médecine au profit de la musique sous l’égide de Gluck qu’il ne cesse de défendre contre ses détracteurs ; Le 19 décembre 1825, dans un article du Corsaire, il défend les beautés d’Armide face aux attaques du critique Castil-Blaze :
« Eh! malheureux, que vous faut-il donc? Vous n’avez point de sang dans les veines, si le terrible cri de guerre qui rappelle l’amoureux Renaud ne vous fait pas tressaillir! »

En 1831, il voyage en Italie et fait la rencontre de Félix Mendelssohn qui, dans sa chambre du 5 Piazza di Spagna, lui joue « des sonates de Beethoven et des passages de l’Armide de Gluck » Son enthousiasme pour cette œuvre se donne libre cours dans une lettre écrite lors de ce voyage avec son illustre confrère, à Naples le 14 juillet 1831 :
« Voilà la vraie musique ; c’est ainsi que les hommes ont parlé et senti, c’est ainsi qu’ils parleront et sentiront éternellement ! »
Lors de son premier voyage en Allemagne, il assiste à Berlin à une représentation d’Armide dirigée par Meyerbeer dont il rend compte avec force détails à son correspondant M. Habeneck, dans une longue lettre où il affirme que « de tous les anciens compositeurs, Gluck est celui dont la puissance me paraît avoir le moins à redouter des révolutions incessantes de l’art. »
Berlioz a réorchestré Orphée en 1859 et Alceste en 1861. En 1866, c’est donc tout naturellement que Carvalho fait appel à lui, l’associant à Camille Saint-Saëns, pour établir une nouvelle version d’ Armide, projet qui aboutira sans lui à Béziers, un demi-siècle plus tard...

Rappelons que Gluck a d’abord écrit une première version en italien, Orfeo ed Euridice, pour le castrat contralto Guadagni (Vienne, 5 octobre 1762) qui reprit le rôle à Londres huit ans plus tard.
En 1769 à Parme, il révisa cette partition pour le castrat soprano Giuseppe Millico.
En 1774 à Paris, il adapta son opéra en français pour le ténor Legros.
Enfin, à la demande de Pauline Viardot, Berlioz donna sa propre version du chef d’œuvre en 1859. C’est cette adaptation romantique qui est jouée ce soir, quatre ans après la production du chorégraphe Didier Flamand à Marseille qui avait aussi opté pour la version Berlioz.

Après un début assez brouillon, Roberto Forés Veses a déployé toutes ses qualités et confirmé les grands espoirs placés en lui. Sa direction est vive, discursive et enlevée. D'une vraie probité stylistique. Rarement a-t-on entendu l'Orchestre d'Avignon sonner aussi bien ! On peut en dire autant des chœurs bien en place et investis.

La nouvelle production de Fanny Gioria charme par sa fluidité et son intemporalité mais, en refusant le lieto fine, nous laisse perplexes...Amour ne serait donc que mensonge et la descente aux enfers sans retour ? Elle intègre parfaitement les chœurs et les danseurs et illustre très bien l'idée d'une indifférenciation par la mort. Lorsque la Parque a coupé le fil, toutes les différences qui nous caractérisent vivants sont abolies.
La scénographie est basée sur la manipulation de panneaux-miroirs amovibles, dans un décor unique à géométrie variable, avec, à cour, un paravent calciné et un divan échoué face à un bougeoir et à une cage à oiseaux vide, sous un long tronc d'arbre décharné digne d'En attendant Godot, débris déliquescents du royaume d''Orphée.

De sa taille immense et avec son physique androgyne à souhait vêtu de cuir, Julie Robard-Gendre a fière allure. Le timbre est sombre, homogène et beau, la vocalisation impressionne mais sa diction très perfectible amoindrit beaucoup l'impact et l'émotion de son personnage. Olivia Doray est une Eurydice a la voix suave et fruitée, très belle dans sa robe d'un rouge éclatante qui tranche sur les noirceurs funestes des enfers, sensible et musicale à ravir. Dima Bawad campe un Amour des plus frais et le plus retors qui soit.

Jérôme Pesqué

Re: Gluck / Berlioz- Orphée- Fores Veses/Gloria - Avignon - 12/2017

Posté : 07 déc. 2017, 11:04
par JdeB
L’acoustique de la nouvelle salle s'avère satisfaisante mais ce n'est pas une réussite esthétique; enfin nous sommes dans du provisoire l’espace de deux saisons.. Le public a répondu présent et s'est rajeuni.