Saint-Saëns : Ascanio- G.Tourniaire-vc- Genève- 26/11/2017

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petitchoeur
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Saint-Saëns : Ascanio- G.Tourniaire-vc- Genève- 26/11/2017

Message par petitchoeur » 28 nov. 2017, 23:02

Camille Saint-Saëns : ASCANIO, opéra en 5 actes et 7 tableaux

Livret de Louis Gallet d’après le drame de Paul Meurice : Benvenuto Cellini(1852). Créé à Paris, le 21 mars 1890 à l’Académie nationale de musique. Exécution de la version conforme au manuscrit autographe de 1888. Première exécution absolue conforme au manuscrit autographe de 1888.
En version de concert
En coproduction avec la Haute école de musique de Genève

Direction musicale : Guillaume Tourniaire
Benvenuto Cellini : Jean-François Lapointe
Pagolo : Joé Bertili
Ascanio : Bernard Richter
Scozzone : Ève-Maud Hubeaux
François 1er : Jean Teitgen
La Duchesse d’Étampes : Karina Gauvin
Colombe d’Estourville : Clémence Tilquin
Un Mendiant : Mohammed Haidar
D’Estourville : Bastien Combe
D’Orbec : Maxence Billiemaz
Charles-Quint : Raphaël Hardmeyer
Une Ursuline : Olivia Doutney

Orchestre symphonique de la Haut Ecole de Musique de Genève
Chœur du Grand Théâtre
Chœur de la HEM de Genève

Direction : Alan Woodbridge

A Genève, au Théâtre des Nations, le 26 novembre 2017.

Benvenuto Cellini et son élève, Ascanio, sont tous deux amoureux de Colombe. Ce qui entraîne la jalousie de Scozzone, l’amante de Cellini, et de la Duchesse d’Etampes, qui veut faire d’Ascanio son amant. Par méchanceté la Duchesse arrange le mariage de Colombe avec d’Orbec. Cellini, par amour pour Ascanio qu’il considère comme son propre fils, renonce à Colombe et décide d’obtenir du roi François 1er le mariage d’Ascanio et de Colombe. Le roi y consent en remerciement d’un magnifique Jupiter que Cellini sculpte pour lui en un temps record : le mariage de Colombe et d’Orbec n’a pas lieu. La Duchesse combine alors sa terrible vengeance. Pour soustraire Colombe à ses griffes Cellini la cache dans le reliquaire qu’il a sculpté pour des Ursulines : ainsi elle échappera à la vengeance de la duchesse et sera en sûreté dans le couvent. Mais la Duchesse détourne le reliquaire et le garde trois jours chez elle, durée suffisante pour assurer la mort de celle qui se trouve à l’intérieur. Quand le reliquaire est installé dans la chapelle, celui-ci est ouvert et à la stupeur de la Duchesse, c’est le corps sans vie de Scozzone -qui s’est sacrifiée- que l’on découvre tandis que Colombe apparaît rayonnante aux bras d’Ascanio et que Cellini tombe à genoux devant la dépouille de Scozzone: « c’est le dernier lambeau de mon cœur qu’elle emporte ».
Louis Gallet, le librettiste, s’est inspiré de la pièce Benvenuto Cellini, écrite par Paul Meurice en 1843 d’après les Mémoires de Cellini qui avaient déjà servi à Berlioz pour son opéra éponyme. Ce qui explique le titre choisi par Saint-Saëns, Ascanio et non Benvenuto Cellini, qui est pourtant le personnage principal de son opéra. Ascanio a été créé à l’Opéra Garnier en 1890. Guillaume Tourniaire, le chef de ce soir à Genève, y a retrouvé tout le matériel de la création ainsi que le manuscrit des parties supprimées par le directeur de l’Opéra et le chef d’orchestre, estimant que l’œuvre semblait trop énorme. « On me massacre » aurait dit Saint-Saëns qui refusa d’assister à la création. Il y eu une trentaine de représentations entre 1890 et 1893. Puis une reprise en mars 1921 avec les mêmes coupures. Saint-Saëns meurt en décembre de la même année… A partir du manuscrit, Guillaume Tourniaire a pu rétablir l’œuvre dans son intégralité et offrir au public genevois la première exécution mondiale de l’œuvre telle l’avait conçue Saint-Saëns. Jusqu’à aujourd’hui, était à peu près seul connu (et enregistré par Régine Crespin) l’air de Scozzone au second acte : la Fiorentinelle.
« C’est un opéra où l’orchestre mène le discours…c’est une sorte de recitar cantando, de déclamation continue, fondée sur un système de Leitmotive. Qui fonctionnent exactement comme chez Wagner, c’est-à-dire qu’ils s’entretissent, se modifient, s’appellent les uns les autres, changent de tonalité, de rythme, etc. C’est une écriture extrêmement novatrice dans le cadre de l’opéra français… il y a énormément d’ensembles, des duos à foison… Mais à part cela, ce ne sont que des conversations en musique ». (Guillaume Tourniaire dans ActO, le journal du Cercle du Grand Théâtre de Genève, n° 33, nov.-déc. 2017). C’est une partition imposante sur un livret complexe et solide : cinq actes, sept tableaux et un ballet de 25 minutes entre l’acte III et l’acte IV. Si le premier acte paraît un peu long dans cette version de concert, tout s’anime à partir de l’acte II et le spectateur est pris par l’action jusqu’au dénouement final inattendu.
La distribution est totalement francophone : suisse, canadienne, libanaise et française. Avec le plaisir de paroles parfaitement compréhensibles! Jean-François Lapointe excelle dans le rôle de Benvenuto Cellini, un des plus longs et des plus lourds du répertoire français : paternel avec autorité et doute, séduit par la jeunesse de Colombe, mais sincèrement épris de Scozzone. Lapointe offre de sa voix de baryton, souple, puissante au beau timbre, toute la complexité de sentiments de son personnage. Bernard Richter, est Ascanio : c’est un ténor di grazia plein d’enthousiasme et de jeunesse (excellent souvenir de sa prise de rôle en Pelléas à Lyon en 2015). Jean Teitgen, basse, possède une noblesse de style et un timbre royal en François 1er. Raphaël Hardmeyer, baryton-basse, dans le rôle plus court de Charles-Quint n’est pas aussi impérial qu’on le souhaiterait. Karina Gauvin, Duchesse d’Etampes, « séduit » par la méchanceté et la haine qu’elle sait traduire par sa voix, son timbre, ses vocalises. Elle est parfaitement à l’aise dans ce rôle « ingrat » de prédatrice. Eve-Maud Hubeaux est une Scozzone florentine remarquable de fraîcheur et de volonté dans son air du second acte, d’une violence jalouse lorsque Benvenuto lui annonce son désir d’épouser Colombe, scandalisée par le projet meurtrier de la Duchesse, bouleversée par le renoncement de Cellini , elle est prête à se sacrifier : « qu’il (Cellini) garde en son souvenir ton image bénie, aimée, ineffaçable et que rien de son cœur ne puisse te bannir »( fin de la 4ème scène de l’acte IV). C’est une jeune mezzo déjà repérée dans Tristan (Brangäne) à Lyon en 2016, dans Ermione à Lyon et Paris (2017) et tout récemment à Paris dans Don Carlos. Clémence Tilquin dans le rôle de Colombe possède une voix claire et lumineuse parfaitement adaptée à la beauté recherchée par Cellini pour servir de modèle à la sculpture Hébé. Bastien Combe chante d’Estourville, le père de Colombe, avec grande vigueur et une belle projection. Maxence Billiemaz, a fait ses premières gammes chez les Petits Chanteurs à la Croix de Bois : il est un comte d’Orbec très crédible : diction impeccable et timbre élégant. Joé Bertili (Pagolo) tient bien son rôle ainsi que Mohammed Haidar (un mendiant) et Olivia Doutney (une Ursuline). Ces derniers sont membres de la HEM de Genève.
Un chœur imposant (une quarantaine issue du Chœur du Grand Théâtre de Genève et une vingtaine du Chœur de la Haute Ecole de Musique de Genève) assure l’escorte du roi et de l’empereur, sont des étudiants qui festoient bruyamment ou les ouvriers-fondeurs tout dévoués à Cellini. Peu de maison d’opéras possèdent un orchestre de la qualité de l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève (les élèves du Conservatoire de Genève qui achèvent leur formation professionnelle). Des jeunes, et surtout des jeunes femmes en grande majorité (sauf aux pupitres de cuivres et de percussions). Des solistes brillants (hautbois, flûte, violoncelle….). Des musiciens déjà aguerris. Cette jeunesse est dynamisée par Guillaume Tourniaire, provençal et ancien chef de Chœur du Grand Théâtre de Genève. Il débute à l’ONP en dirigeant le Sacre du Printemps chorégraphié par Pina Bausch, puis devient chef des choeurs à la Fenice en 2001. Depuis 2011 il dirige régulièrement en Australie et particulièrement à Sydney , fait des recherches pour reconstituer des partitions originales dénaturées (Ivan le Terrible de Prokoviev avec l’Orchestre de la Suisse romande), ou exhumer des partitions oubliées particulièrement du XIXème siècle français (Saint-Saëns, Louis Vierne, Messager, Adam…). Guillaume Tourniaire est le grand artisan du succès remporté par Ascanio : attentif à tous, d’une battue précise et engagée, il galvanise tous ses musiciens.
Ascanio : une œuvre injustement oubliée. Une pépite, dégagée de la gangue du temps, qui brille de mille feux.

Pierre Tricou
PS : la HEM de Genève doit publier une étude sur Ascanio et envisage un enregistrement.

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