Puccini - La Rondine - Arrivabeni/Joel - Toulouse - 11/2017

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jeantoulouse
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Puccini - La Rondine - Arrivabeni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par jeantoulouse » 15 nov. 2017, 17:39

Puccini La Rondine

Paolo Arrivabeni direction musicale
Nicolas Joël mise en scène réalisée par Stephen Barlow
Ezio Frigerio décors
Franca Squarciapino costumes
Vinicio Cheli lumières

Ekaterina Bakanova Magda
Dmytro Popov Ruggero
Elena Galitskaya Lisette
Marius Brenciu Prunier
Gezim Myshketa Rambaldo
Benjamin Mayenobe Périchaud
Vincent Ordonneau Gobin
Yuri Kissin Crébillon
Norma Nahoun Ivette - Une Voix
Aurélie Ligerot Bianca
Romie Esteves Suzy

Orchestre National du Capitole

Choeurs du Capitole
Alfonso Caiani direction

Du 17 au 26/11.
2h15

« Une mode fait rage / Dans le grand monde élégant / L’Amour sentimental », telle s’élève une des premières répliques de l’œuvre. Certes un krach financier menace, mais nul ne s’en préoccupe vraiment. La chanson de Prunier, conclue par Magda ravit toutes les oreilles : s’y exprime le rêve de Doretta, refusant la fortune d’un roi et éblouie par le baiser ardent d’un jeune étudiant ! « Qu’importe la richesse / Si enfin refleurit le Bonheur / Ô rêve d’or /De pouvoir aimer ainsi ». 0 sogno d'or / poter amar così! La fadeur du propos inquiète autant que la futilité des conversations qui fleurissent dans cet hôtel confortablement douillet de ce demi-monde dépassé…
A priori donc, la Rondine , son héroïne, ses souvenirs et ses états d’âme n’auraient rien pour nous passionner ou même nous émouvoir. Mais ainsi montés par Nicolas Joël, Stephen Barlow et l’équipe technique, ainsi chantés par Ekaterina Bakanova et ses partenaires, ainsi enfiévrés par l’orchestre du Capitole et ses chœurs, ainsi exaltés par Paolo Arrivabeni qui a cette musique au cœur, cela fonctionne et même très bien.
Éclipsée par les grands chefs d’œuvre de Puccini, la Rondine (1917) dont on fête donc le centenaire n’a pas les envolées et la puissance dramatique d’une Tosca, Butterfly ou Manon Lescaut (que l’on pourra ici même entendre la saison prochaine). Mais, convenons-en, elle a du charme, du chien, du chic. Son héroïne ne nous déchire pas le cœur comme la Violetta de Verdi (à laquelle on l’assimile rapidement). Le statut de l’œuvre est ambigu : conversation en musique, sans « grand air », du moins connu du public, cette « comédie lyrique » finit sans drame avéré (pas de mort de l’héroïne) et le récit avance calmement sans à coup dramatique, sans surprise. Nicolas Joël évoque « une comédie légère, mondaine, sophistiquée (…) distinguée et chic ». On ne saurait mieux dire le caractère « décalé » de cette œuvre, qui cherche à distraire et à émouvoir avec goût. On ne résiste pas dès lors au plaisir simple d’accompagner son héroïne un bout de chemin, quelque deux heures durant, pour partager un peu de sa griserie et de sa tristesse qui constituent le climat de cet opéra en demi teintes à l’orchestration raffinée.

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Crédit Patrice Nin

La production, toujours pimpante, fraiche, et élégante n’accuse pas son âge (15 ans) et n’a pas souffert de ses nombreux voyages (Londres, Toulouse, Paris, Monte Carlo, San Francisco, New York). Les trois décors Art Nouveau d’Ezio Frigerio empruntent au courant floreale italien, plus connu sous le nom de Stile Liberty : le blanc et le grège dominent dans le grand salon de Magda aux colonnes finement décorées et aux fresque à la Mucha ; le café Bullier offre un vaste cadre aux allées et venues d’une foule vivante, bien animée par la mise en place au cordeau réglée par Stephen Barlow ; la véranda aux glycines bleues du dernier acte et ses verrières majestueuses, loin d’ouvrir à l’Hirondelle une ligne de fuite, se dissipe devant une dernière image de l’héroïne : elle s’avance vers le public pour ne laisser apparaitre que son visage triste capté par l’éclairage cru d’un projecteur qui l’isole à jamais, loin de l’amour et du faste factice, exhalant un Ah ! d’une infinie tristesse. L’effet s’avère à la fois subtil, efficace, émouvant sans pathos. Les costumes éblouissants de Franca Squarciapino situent avec autant de panache le récit dans le Paris et la Côte d’Azur des années 30 et dessinent des silhouettes empruntées à l’univers d’une Tamara de Linpicka. L’esthétique convoquée par Nicolas Joël et dont il peut s’enorgueillir ravit les yeux : le public presque ébloui par ce raffinement peut suivre agréablement le vol de cette Hirondelle blessée et digne que les savants éclairages de Vinicio Cheli , toujours déclinant de la lumière au crépuscule (fin du I), à l’aube (fin du II) ou la nuit (fin du III), parent d’une aura mélancolique.
Mais le spectacle ne serait que joli s’il n’était habité. Il l’est, et de quelle manière, par l’interprète de Magda, par les chœurs, par l’orchestre, et dans une moindre mesure par des chanteurs qui tiennent honorablement leur rôle sans toutefois les transcender.

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Crédit Patrice Nin

On ignorait tout d’Ekaterina Bakanova avant cette série de représentations. Remplaçant très tard Keri Alkema initialement prévue, elle se coule dans l’écrin qui lui est somptueusement offert avec un brio, une classe, une distinction – de la voix, de l’attitude, du jeu scénique – qui lui valent une ovation finale. La voix est claire, nette, puissante (dans les ensembles), sans faille, parfaitement soudée, d’une fraicheur, d’une vivacité, d’une tendresse un rien désabusée qui captivent l’oreille continûment. Vraie sylphide, elle porte avec une élégance innée, les trois costumes qu’impose le livret. Distingués ou d’une élégante fluidité, ils participent pleinement à la création d’un personnage et de son évolution. Répétons –le : cet opéra est un édifice fragile. Le livret s’avère ténu, les personnages paraissent pour la plupart vides ou conventionnels, les paroles sont propos de salons, rêves de midinettes, fadaises amoureuses. Une faute de goût (on la frôle volontairement au ballet du II que l’habile mise en scène prend bien soin, au propre, de chasser), une erreur de distribution, un excès orchestral, et tout risque de s’effondrer. La bulle de savon irisée peut éclater à tout instant et l’ennui ou pis le ridicule gagnerait la partie. Tel n’est pas le cas. En effet les chœurs… En effet l’orchestre…
On n’en finit pas de souligner la qualité des Chœurs du Capitole dirigés par Alfonso Caiani, leur cohésion, l’échelonnement harmonieux des voix, la puissance de leur engagement musical, la finesse de leur jeu théâtral. Ils n’interviennent qu’à l’acte II, figurants, animateurs de la brasserie, composant une myriade de personnages diversifiés, d’allure, de comportement, de condition sociale. Et ils chantent et avec quelle fougue. L’hymne à l’amour qui conclut presque l’acte II les voit se glisser peu à peu dans le quatuor des héros pour amplifier dans un hymne qui enfle superbement l’élan puissant que Puccini insuffle à cette envolée lyrique. C’est l’acmé de la partition.
De la prestation de l’orchestre et de son chef Paolo Arrivabeni, on retiendra l’art des nuances, l’expansion du lyrisme amoureux, l’engagement dramatique. Les rythmes de valse et de fox-trot se glissent délicatement dans le continuum de la conversation en musique composée par un Puccini qui a entendu Richard Strauss autant que les sonorités d’un Ravel.

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Crédit Patrice Nin

Que faire d’un personnage aussi falot que Ruggero ? La mise en scène n’en peut mais et le chanteur pas davantage. Dmyrtro Popov qu’on avait connu plus allant dans Le Bal masqué assure, d’une voix sans doute trop uniment forte. Du solide, du métier, de l’ardeur, mais à l’impossible nul n’est tenu. Le duo final très engage voit cependant le ténor à son meilleur. La Lisette d’Elena Galitskaya a de l’abattage, un timbre parfois acide, une voix aigüe qui sait s’imposer. Marius Brenciu reprend le rôle de Prunier, personnage très original de poète pique-assiette, figure double et trouble. Mais la voix de ténor légère ô combien connait ici ou là quelques difficultés que rachète une présence en scène intéressante. Gezim Myshketa, belle voix sombre, impose le rôle ingrat de l’amant délaissé avec autorité et dignité. Le double trio des amies et des salonards bénéficie d’une mise en scène bien ajustée qui sait soigner les moindres personnages.
Une fête pour les yeux. Une partition dont la finesse et l’inventivité sont à redécouvrir. Une chanteuse magnifique, idéale pour le rôle. L’engagement de tous. Une bien belle après-midi lyrique applaudie à tout rompre par un public conquis.

Jean Jordy

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par Piero1809 » 17 nov. 2017, 14:30

J'attends avec impatience votre CR.
La Rondine est l'opéra de Puccini que je préfère, le plus parfait avec Il Tabarro et La Fanciulla del West.

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par Loïs » 17 nov. 2017, 14:38

[quote=jeantoulou
c'est la reprise du spectacle d'il y a dix ou quinze ans en alternance avec le Chatelet , prévue initialement avec Gherghiou & Alagna et qui a fini avec Mula & x ?

DelBosco
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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par DelBosco » 17 nov. 2017, 16:21

Oui, c'est la même production.
Elle avait été donnée 4 fois au Châtelet en Juillet 2005, à la suite des représentations toulousaines.
Inva Mula et Giuseppe Filianoti y remplaçaient Angela Gheorghiu et Roberto Alagna initialement annoncés (la défection de Gheorghiu avait fait à l'époque scandale, car annoncée très tardivement et quasiment "au jour le jour" par le Châtelet).

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par jeantoulouse » 17 nov. 2017, 17:06

C'est loin d'être mon opéra préféré de Puccini (qui reste La Tosca et comme toi Il Tabarro). Mais cette production (2002) en effet conçue presque pour le couple Gheoghiu / Alagna après avoir beaucoup voyagé revient sur ses terres d'origine. Coproduction entre le Capitole et le ROH De Londres, elle avait eu droit à une diffusion au cinéma en janvier 2009 en direct du MET de New York, "symbole de la réussite mondiale d'une production montée à Toulouse " dixit Joël qui avait monté cet opéra de Puccini qu'il affectionne pour ses débuts à la Scala en 1994.
Au MET Angela Gheorghiu et Roberto Alagna étaient les héros de cette comédie lyrique (telle est son appellation), après avoir enregistré La Rondine chez EMI.
En 2005 au Capitole, Inva Mula chantait Magda et Ruggero était le ténor albanais Giuseppe Gipali.

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par Loïs » 17 nov. 2017, 17:11

vu que Glouglou s'est rachetée une conduite et qu'elle déclare dans une interview récente qu'elle veut remettre le couvert scénique avec notre RRRRRoberto, on pourrait revenir en arrière et les avoir sur scène (c'est vrai que je me souviens du pitoyable cafouillage du Châtelet :lol:
Pour autant je me souviens d'une mise en scène séduisante et d'une non moins séduisante Mula , Filianoti avait été pas mal non plus.
Pour moi cet opéra est comme un bonbon très sucré certes mais que l'on adore sucer (pour le quatuor, le duo final et ce "ah" à l'extrême fin, derrière le rideau )

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 17 nov. 2017, 18:57

Je crois que je n'ai jamais vu autant de gens dormir au Met qu'à une représentation de La Rondine (déjà qu'on était pas nombreux).
C'était avant que je ne m'endorme moi-même (je n'aurais pas dû commencer à les compter ...)
“Plus on ira, moins il y aura de centenaires qui auront connu Napoléon 1er.” Alphonse Allais.

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par Bernard C » 17 nov. 2017, 19:43

PlacidoCarrerotti a écrit :
17 nov. 2017, 18:57
Je crois que je n'ai jamais vu autant de gens dormir au Met qu'à une représentation de La Rondine (déjà qu'on était pas nombreux).
C'était avant que je ne m'endorme moi-même (je n'aurais pas dû commencer à les compter ...)
Placido et moi n'étions pas tout à fait sur la même longueur d'onde à ce sujet :wink:


http://odb-opera.com/viewtopic.php?p=194457#p194457

Bernard
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..."

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par jeantoulouse » 17 nov. 2017, 20:14

J'ai le souvenir lointain d'un compte rendu par un nommé Placido Carrerotti du DVD de cette même Rondine très équilibré et sans évocation d'un ennui éprouvé. C'était ailleurs et c'était naguère. Cela s'appelait même "Une hirondelle qui fait le printemps" !

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Re: Puccini - La Rondine - Arrivaneni/Joel - Toulouse - 11/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 17 nov. 2017, 20:34

jeantoulouse a écrit :
17 nov. 2017, 20:14
J'ai le souvenir lointain d'un compte rendu par un nommé Placido Carrerotti du DVD de cette même Rondine très équilibré et sans évocation d'un ennui éprouvé. C'était ailleurs et c'était naguère. Cela s'appelait même "Une hirondelle qui fait le printemps" !
:lol: Bravo pour l'hirondelle.
Je n'ai pas un mauvais souvenir non plus de la version scénique du Châtelet malgré la frustration des défections successives.
Ca veut dire seulement que c'est une oeuvre qui s'appréhende moins facilement qu'une Bohème (c'est aussi le cas de La Fanciulla) et qu'avec le décalage dans les pattes (et une distribution pas top), il était impossible de ne pas s'endormir.
Bernard n'a pas de problème, lui : c'est quand il est en France qu'il est touché par le décalage ;-)

Ceci dit, je te confirme que le souvenir doit être lointain car "C’est le doux-amer qui domine, et Puccini n’est pas aussi à l’aise dans l’art de la demi-teinte. Il ne retrouve d’ailleurs pas ici la géniale inspiration mélodique qui a fait son phénoménal succès. Le livret accuse lui aussi des faiblesses : le premier acte est désespérément long pour ce qui s’y passe et peu de place est laissée à des airs de coupe traditionnelle ; une douzaine de chanteurs n’ont d’ailleurs quasiment rien à dire", ne me semble pas une manifestation d'enthousiasme exagérée.
“Plus on ira, moins il y aura de centenaires qui auront connu Napoléon 1er.” Alphonse Allais.

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