Mozart - Lucio Silla- Manacorda / Kratzer- Bruxelles-10-11/2017

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LeRougeEtLeNoir
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Mozart - Lucio Silla- Manacorda / Kratzer- Bruxelles-10-11/2017

Message par LeRougeEtLeNoir » 02 nov. 2017, 08:42

Quelques info sur la production dans cet article:
http://www.crescendo-magazine.be/lopera ... ssionnant/

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Piero1809
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Re: Mozart - Lucio Silla- Manacorda / Kratzer- Bruxelles-10-11/2017

Message par Piero1809 » 27 janv. 2018, 08:37

https://www.arte.tv/fr/videos/075388-00 ... a-monnaie/

Lucio Silla
Wolfgang Mozart
Giovanni de Gamerra, Pietro Metastasio, Livret

Antonello Manacorda, Direction Musicale
Tobias Kratzer, Mise en scène
Rainer Sellmayer, Costumes
Krystian Lada, Dramaturgie
Reinhard Traub, Lumières
Manuel Braun, Videos

Jeremy Ovenden, Lucio Silla
Lenneke Ruiten, Giunia
Anna Bonotatibus, Cecilio
Simona Saturova, Lucio Cinna
Ilse Eerens, Celia
Carlo Alemano, Aufidio

Production La Monnaie/De Munt
Myriam Hoyer, Réalisation

Orchestre et Choeurs de la Monnaie

Durant des décennies j'étais réfractaire à Lucio Silla KV 135, j'étais en effet rebuté par la succession monotone d'aria et de récitatifs dans cet opéra seria dans la tradition baroque ainsi que par l'abus de la virtuosité vocale destinée avant tout à faire briller un artiste à la mode. La production de la Monnaie que l'on peut voir sur ARTE m'a réconcilié avec l'oeuvre. Cette dernière m'apparaît désormais comme la plus significative du jeune Mozart à cette date. C'est aussi une composition majeure de l'année 1772 chez Mozart, année importante puisqu'elle voit aussi la composition de quatre symphonies (KV 130, 131, 133 et 134) parmi les plus belles du salzbourgeois.

La mise en scène a fait grincer quelques dents. Sang et sexe. Le monde antique a disparu et l'action se situe dans le monde moderne. Silla pourrait être un dictateur mais peut-être aussi un capitaine d'industrie, de ceux qui sont plus puissants que des chefs d'états. Il règne dans une maison d'architecte sobre et élégante. Giunia, on le sait, est un des plus beaux personnages féminins de tout Mozart. Comme Aspasia dans Mitridate , comme Konstanz dans L'Enlèvement ou bien plus tard Pamina, Giunia, en véritable héroïne mozartienne, Giunia est capable de donner sa vie pour sauver celui qu'elle aime. La Giunia de Tobias Kratzer est un peu différente, elle est dans la séduction sans provocation. Mais parfois la séduction est un jeu dangereux. Lucio Silla est obsédé par le sexe. Il harcèle Giunia de façon grossière et agressive et ses fantasmes sont rendus par des videos trash de viol. Son conseiller Aufidio a tout du vampire (dégustation d'huitres assez sanguinolente). Plus loin, Giunia s'empare d'un rasoir et on a peur pour sa santé. On a raison car l'hémoglobine coule généreusement.
Lucio Silla finit par exercer sa clémence mais trop tard car la milice intervient et fait régner l'ordre en emprisonnant tout ce beau monde. Pas de lieto fine dans ce Silla là !

L'interprétation vocale est en tous points optimale. Giunia monopolise la scène, elle possède les plus beaux airs de la partition, son rôle est incarné par Lenneke Ruiten. Cette dernière a des qualités vocales remarquables. Son timbre de voix est très agréable, elle vocalise avec précision et en même temps légèreté, ses suraigus et colorature sont impeccables. Au premier acte son aria Dalla sponda tenebrosa fut un grand moment d'émotion (1). C'est Anna Bonitatibus qui lui donnait la réplique dans le rôle de Cecilio. Avec cette mezzo, pas de surprises, c'est à chacune de ses interventions la quasi perfection et une justesse et adéquation parfaite au rôle qu'elle doit jouer. Le duo d'amour qui clot l'acte I fut très émouvant. Le rôle de Celia, sœur de Lucio Cilla, est chanté par Ilse Eerens. Cette dernière est affublée d'une robe de fillette et s'amuse avec le château de Princesse de Walt Disney et ses habitants qu'elle brutalise avec sadisme !. Ce comportement bizarre ne l'empêche pas de donner le meilleur d'elle-même au plan vocal et de livrer dans ses trois airs une prestation vocale de qualité. Jeremy Ovenden n'a pas le beau rôle dans cette histoire mais il le joue remarquablement, il n'a qu'un seul air mais en tire le meilleur parti. C'est aussi un acteur hors-pair. Carlo Alemano est inquiétant à souhait dans le rôle d'Aufidio. Enfin Lucio Cinna, loin d'être un personnage secondaire est interprété avec sobrété et autorité par la remarquable Simona Saturova.

La direction dynamique et incisive d 'Antonello Manacorda impose un rythme percutant et permet d'obtenir une vision d'ensemble lumineuse de la partition. Il rend justice à la scène du cimetière de l'acte I qui apparaît sous sa baguette comme une des passages les plus dramatiques de tout Mozart. La réussite musicale de ce spectacle lui doit beaucoup.

(1) Son répertoire est éclectique et on la verra prochainement à Strasbourg dans Mahagonny de Kurt Weil.

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