Récital M.-N. Lemieux/R. Vignoles - ONR 22/10/2017

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Récital M.-N. Lemieux/R. Vignoles - ONR 22/10/2017

Message par Piero1809 » 27 oct. 2017, 07:17

Récital
Marie-Nicole Lemieux
Roger Vignoles

En compagnie de Goethe et de Baudelaire

Robert Schumann, Kennst du das Land

Frantz Schubert, Der Musensohn D 764, Ganymed D 544, Gretchen am Spinnrade D 118

Ludwig van Beethoven, Wonne der Wehmut opus 83 n° 1, Der Trommel gerhuret opus 84 n° 1

Fanny Hensel-Mendelssohn, Harfners Lied, Uber allen Gipfein ist Ruh

Hugo Wolf, Blumengruss, Früling übers Jahr, Mignon, Kennst du das Land opus 98a n° 1

Entracte

Ernest Chausson, L'albatros

Gabriel Fauré, Hymne opus 7 n° 2, Chant d'automne opus 5 n° 1

Déodat de Séverac, Les Hiboux

Gustave Charpentier, La musique, La mort des amants

Claude Debussy, Le jet d'eau L 70/ (64) n° 3, Recueillement L 70/ (64) n° 4

Henri Duparc, L'invitation au voyage, La vie antérieure

Le récital de Marie-Nicole Lemieux était centré sur Goethe et Baudelaire, soit la quintessence de la poésie allemande et française. Ce fil conducteur nous a valu le plaisir d'écouter des œuvres très célèbres mais aussi de faire connaissance avec des compositrices ou compositeurs peu connus comme Fanny Mendelssohn ou bien Déodat de Séverac.

Une programmation intelligente a fait cotoyer des Lieder très connus avec d'autres qui le sont beaucoup moins. C'est le cas des deux Lieder de Beethoven. Wonne der Wehmut est frappant par sa simplicité qui va droit au cœur. Les accents militaires de Die Trommel gerühret anticipent le Mahler de Revelge et la contralto lui a donné la véhémence appropriée avec une pointe d'humour. Les deux Lieder de Fanny Mendelssohn furent deux instants d'intense mélancolie et Marie-Nicole Lemieux les chanta avec une émotion visible. Après la version de Kennst du das Land de Robert Schumann, il était passionnant d'entendre ce que fit Hugo Wolf sur le même texte, une musique beaucoup plus sombre, reflet probable des tourments de l'âme de son auteur.

Le récital était splendide dans son ensemble, cependant, j'ai encore plus aimé la deuxième partie consacrée à la mélodie française sur des poèmes de Baudelaire. Je ferais deux remarques à propos de L'Albatros d'Ernest Chausson, d'abord pour souligner le génie de ce compositeur sous-estimé qui me frappe à chaque audition de ses trop rares œuvres et en particulier de son grandiose Roi Arthus, un opéra qui devrait devenir un classique du répertoire, ensuite pour montrer en exemple comment la musique permet d'exalter une œuvre poétique en la magnifiant. Avec cette mélodie, Marie-Nicole Lemieux fit une entrée mémorable. Sa voix, cantonnée au début dans l'extrême grave faisait merveille par sa force contenue. Plus loin, sur les paroles qui hante les tempêtes, elle prit du volume et, dans un crescendo formidable, donna au texte une puissance que les simples mots ne peuvent exprimer. Pour en rester dans le domaine animalier, Les Hiboux donnaient une facette étonnante de l'art de Déodat de Séverac. Ce compositeur qu'on cantonne trop facilement dans le folklore languedocien, nous étonne par cette mélodie aux accents impressionnistes à laquelle la chanteuse confèra une aura mystérieuse. Gustave Charpentier trop connu par son œuvre phare, Louise, est aussi l'auteur de rares mélodies dont Marie-Nicole Lemieux nous donna deux magnifiques extraits. Dans La musique, aux harmonies troublantes, l'artiste met en valeur la métaphore marine sur laquelle repose le poème de Baudelaire: La musique souvent me prend comme une mer...Le reste du programme est plus connu et l'artiste lui a donné beaucoup de relief notamment dans L'Invitation au voyage de Henri Duparc.

Avec ce récital, Marie-Nicole Lemieux a montré qu'elle peut tout faire avec sa voix. Ses graves sont somptueux, son medium d'une ampleur renversante, sa ligne de chant merveilleusement fluide. Le timbre est enchanteur, la diction tire le maximum des assonances des alexandrins. La voix, relativement peu vibrée, est volontairement retenue pour mieux exprimer toute la palette de sentiments contenus dans les poèmes et pour mieux déployer sa puissance lorsque le texte l'exige comme dans la fin de Kennst du das Land de Hugo Wolf ou L'Invitation au voyage.

Roger Vignoles forme avec la chanteuse un duo parfaitement homogène. D'abord au service de la contralto avec retenue et discrétion dans la plupart des Lieder de la première partie, il s'émancipa avec Hugo Wolf dont la partie de piano est d'une grande richesse et densité. Il put développer son jeu et sa personnalité au cours de la seconde partie et notamment dans les deux mélodies de Fauré où les modulations moirées du piano portent le chant sur leurs ailes.

Les artistes terminèrent leur récital avec deux bis. D'abord Mignon de Goethe Connais-tu le Pays...mis en musique cette fois par Ambroise Thomas sur des paroles françaises, troisième version du même texte puis Le flacon de Baudelaire mise en musique par Léo Ferré.
On savait qu'un récital de Marie-Nicole Lemieux est toujours un événement et on l'attendait avec impatience. Le public comblé, d'ordinaire plutôt sage, extériorisa bruyamment son enthousiasme.

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