Britten - War Requiem - Rustioni / Oida - Lyon- 10 /2017

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Britten - War Requiem - Rustioni / Oida - Lyon- 10 /2017

Message par dge » 07 oct. 2017, 07:55

Benjamin Britten – War Requiem

Texte de la Missa pro defunctis – Poèmes de Wilfrid Owen
Crée le 30 mai 1962 à la Saint Michael’s Cathedral de Coventry

Opéra de Lyon - octobre 2017


Direction musicale : Daniele Rustioni
Mise en scène : Yoshi Oida
Décors : Tom Schenk
Costumes : Thibault Vancraenbroeck
Lumières : Lutz Deppe
Chorégraphie : Maxine Braham

Baryton : Lauri Vasar
Ténor : Paul Groves
Soprano : Ekaterina Scherbachenko

Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l’Opéra de Lyon


Représentation du 11 octobre


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©Stofleth


Fidèle,intelligent et émouvant.

Après Le Messie et Jeanne au bûcher, l’Opéra de Lyon se tourne une nouvelle fois vers la mise en scène d’une œuvre chorale non opératique, le War Requiem de Benjamin Britten.

La cathédrale de Coventry avait été détruite le 14 novembre 1940 par les bombardements allemands. Reconstruite par une pléiade d’artistes, son inauguration justifiait une œuvre à la hauteur de cette renaissance. Elle fut commandée à Britten qui trouva là l’occasion d’affirmer une fois de plus ses convictions pacifistes de la manière la plus solennelle. Son génie fut d’associer le texte de la messe des morts à celui de poèmes de Wilfred Owen, poète anglais tué à 25 ans, une semaine avant l’armistice du 11 novembre 1918. Owen écrivit de nombreux poèmes de guerre dans lesquels il rejetait le patriotisme et soulignait les sacrifices qu’on demandait aux combattants.
« Mon sujet est la guerre et la misère qu’est la guerre…Tout ce qu’un poète peut faire aujourd’hui, c’est alerter. » écrivait Owen, texte que Britten a mis en exergue de sa partition. Les poèmes choisis par Britten trouvent une complémentarité avec le texte latin de la messe que sublime la musique. L’articulation entre les deux textes se fait par l’intermédiaire de trois plans sonores différenciés. Le premier plan, celui de l’humain et de la pitié est attribué aux deux soldats – ténor et baryton – accompagnés par l’orchestre de chambre ; à eux sont confiés les poèmes d’Owen. Au second plan, la messe proprement dite, expression rituelle du deuil, est chantée par la soprano et le chœur accompagnés par le grand orchestre. Le troisième plan, celui de l’innocence et de la rédemption est confié à un chœur d’enfants et à l’orgue.

Pour donner une plus grande résonance à cette condamnation des guerres, Britten a souhaité lors de la création réunir des représentants de trois des nations qui se sont affrontées pendant la deuxième guerre mondiale : un ténor britannique, Peter Pears, un baryton allemand, Dietrich Fischer-Dieskau et une soprano russe, Galina Vischnevskaïa qui en fait ne fut pas autorisée à quitter l’URSS pour cet évènement et fut remplacée par Heather Harper. Par bonheur l’enregistrement qui a suivi a pu réunir les trois solistes que Britten avait choisis.

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©Stofleth


C’est au Japonais Yoshi Oida qu’a été confiée la réalisation scénique. Il avait ici même en avril 2014 présenté un superbe Peter Grimes lors du mini-festival Britten. Enfant il a connu les bombardements sur le Japon pendant la seconde guerre mondiale. « J’ai traversé le conflit en contemplant chaque jour des cadavres…Le War Requiem…nous incite à regarder frontalement la violence incessamment infligée à des générations d’enfants…je souhaite qu’ils apparaissent comme les spectateurs d’une pièce à laquelle ils sont étrangers. » confie t-il dans un entretien.

Il n'y a pas de rideau de scène, simplement un tulle transparent devant les choristes qui suggère des pans de murs d’une cathédrale détruite. Les chœurs sont déjà en place en fond de scène et l’orchestre de chambre à jardin. Au centre une estrade où évolueront les solistes. Par une porte sur le côté de la salle un groupe d’enfants conduits par une religieuse arrive en bavardant bruyamment. Ce sont des écoliers - en fait les enfants de la Maîtrise de l’Opéra de Lyon - qui vont s’asseoir sagement à cour comme dans une salle de classe et qui vont être les spectateurs de cette guerre, de ses absurdités, de ses drames et de ses destructions qui seront évoqués sur la scène tout au long de ce Requiem.

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©Stofleth


La mort est constamment présente. Dès le Requiem aeternam initial, les choristes se recueillent devant des linceuls. Les soldats ne sont souvent représentés que par leurs vêtements pliés sur le sol, leurs casques suspendus à un bâton. Une sorte de croix surmontée d’une tête de mort se dresse devant les deux combattants pendant leur duo du Dies irae. Lors du Lacrimosa une veuve vient fleurir la dépouille de son mari.
Le poème d’Owen sur le sacrifice d’Abraham que Britten intercale dans l’Offertorium est illustré par un théâtre de marionnettes de papier et de chiffons. Pendant le Sanctus des drapeaux de toutes les nationalités belligérantes sont disposés sur le cercueil. Et dans une scène très émouvante, ces drapeaux servent chacun à envelopper une poupée de chiffon pour évoquer la désolante universalité des vies sacrifiées des enfants. Les lumières de Lutz Deppe servent parfaitement ces illustrations.
Lors du Libera me qui clôt l’ouvrage, le décor change. Au dessus d’un amas de blocs de pierre, des projections multiples montrent des images de combats, de bombardements et de villes détruites. Les choristes posent sur le sol des portraits de soldats que les enfants viennent recouvrir d’un linge blanc pendant que le baryton murmure « Je suis, ami, l’ennemi que tu tuas…Dormons maintenant. » Comment ne pas être saisi par la force de cette lecture qui ne cherche pas l’effet. Elle est au contraire pudique et intériorise tout ce qu’a voulu dire Britten avec une grande économie de moyens. En cela elle est d’une grande fidélité à l’œuvre.


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©Stofleth


La réalisation musicale se situe aux mêmes hauteurs. On citera en premier lieu la performance exceptionnelle des Chœurs de l’Opéra de Lyon, renforcés pour l’occasion et préparés par Geneviève Ellis qui font montre d’une parfaite homogénéité que ce soit dans les fortissimi du Dies irae où ils impressionnent par leur puissance que dans le pianissimo final où ils délivrent un Amen qui se perd dans un murmure. Les enfants de la Maîtise de l’Opéra de Lyon préparés par Karine Locatelli sont remarquables de justesse et de cohésion tout en s’impliquant parfaitement dans le jeu que leur demande le metteur en scène.
Les trois solistes sont aussi pleinement investis. Paul Groves séduit par son timbre et sa projection, par l’intelligence et les nuances qu’il met à phraser le texte. On apprécie le timbre et le jeu de Lauri Vasar. Tous deux font preuve d’une grande humanité. Après un Dies irae un peu délicat où le vibrato est mal maîtrisé et l’émission un peu engorgée, Ekaterina Scherbachenko retrouve tous ses moyens à partir du Lacrimosa et contribue à l’émotion suscitée par le tableau final.

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.©Stofleth


Toutes les forces musicales sont dirigées avec autorité et sensibilité par Daniele Rustioni. Les contrastes d’écriture sont parfaitement mis en évidence, avec une recherche de couleurs et de dynamique propres à chaque partie. L’Orchestre de l’Opéra de Lyon partagé entre fosse et scène le suit avec attention et délivre une prestation sans faute.

Tous reçoivent au rideau final une longue ovation, particulièrement chaleureuse pour le chef. Oui, à n’en pas douter les lyricomanes lyonnais « sont tombés en amour » pour leur nouveau maestro !


Gérard Ferrand

srourours
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Britten-War Requiem-Rustioni/Oida-Opéra National de Lyon

Message par srourours » 13 oct. 2017, 11:11

Direction musicale Daniele Rustioni
Mise en scène Yoshi Oida
Décors Tom Schenk
Costumes Thibault Vancraenenbroeck
Lumières Lutz Deppe
Chorégraphie Maxine Braham
Baryton Lauri Vasar
Ténor Paul Groves
Soprano Ekaterina Scherbachenko

Orchestre choeur et maîtrise de l'Opéra National de Lyon

Je n'ai pas le temps de me livrer à la rédaction d'un CR détaillé. Quelques mots succincts donc pour énoncer qu'en dépit des nombreux conflits sociaux qui agitent la maison, l'opéra de Lyon propose une magnifique ouverture de saison. La mise en scène est sobre et intelligente, illustrant parfaitement le propos de Britten ( on connait les affinités de Oida avec l'oeuvre du compositeur), Paul Groves est sublime, le choeur extraordinaire et Rustioni ne cesse d'étonner en unifiant le tout d'un geste souverain.

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Re: Britten - War Requiem - Rustioni / Oida - Lyon- 10 /2017

Message par dge » 14 oct. 2017, 08:54

Mon CR en tête de fil.

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