Monteverdi-madrigaux-Arts Florissants/Paul Agnew-Ambronay 1/10/2017

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petitchoeur
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Monteverdi-madrigaux-Arts Florissants/Paul Agnew-Ambronay 1/10/2017

Message par petitchoeur » 03 oct. 2017, 21:13

CLAUDIO MONTEVERDI (1567-1643) : Venezia


Madrigaux extraits du Livre VII (1619) :

Sinfonia - Tempro la cetra
Al lume de le stelle
Chiome d’oro, bel tesoro
Interrotte speranze, eterna fede
Lettera amorosa a voce sola : Se i languidi miei sguardi
A quest’olmo, a quest’ombre ed a quest’onde
Romanesca : Ohimè, dov’è il mio ben ? Dov’è il mio core ?
Ballo : Tirsi e Clori


Madrigaux extraits du Livre VIII : Madrigali guerrieri e amorosi (1638) :

Altri canti d’Amor, tenero arciero
Hor che’l ciel, e la terra, e ’l vento tace - Prima Parte
Così sol d’una chiara fonte viva - Seconda Parte
Lamento de la ninfa : Non havea Febo ancora
Amor dicea
Sì tra sdegnosi pianti
Dolcissimo usignolo
Combattimento di Tancredi, e Clorinda
Volgendo in ciel per immortal sentiero - Ballo a 5 Voci con due violini


LES ARTS FLORISSANTS :

Paul Agnew direction musicale & ténor

Miriam Allan soprano
Hannah Morrison soprano
Mélodie Ruvio contralto
Sean Clayton ténor
Cyril Costanzo basse
Myriam Gevers, Sophie Gevers-Demoures violons
Galina Zinchenko, Jean-Luc Thonnerieux altos
Juliette Guignard viole de gambe*
Nanja Breedijk harpe*
Massimo Moscardo théorbe*
Florian Carré clavecin & orgue *
* Basse continue

Abbatiale d’Ambronay le 1/10/2017,

Comme l’explique Paul Agnew, en début de concert, ces septième et huitième livres sont l’aboutissement d’une évolution du madrigal, véritable poème musical profane, chez Monteverdi : les livres I (1587), II, et III ont été écrits à Cremone pour cinq chanteurs a capella ; les livres IV, V, VI (1603-1614), avec basse continue, sont une commande du Duc de Mantoue pour les concerts du vendredi à la cour. Nommé maître de chapelle de la basilique Saint Marc en 1613, Monteverdi écrit les livres VII et VIII, accompagnés de multiples instruments, pour le public de Venise qui réclame de la couleur, de la variété et de l’expressivité, public friand de modernité.
Quarante et un ans séparent les premiers madrigaux des derniers : l’écriture de Monteverdi est révélatrice du passage de la polyphonie renaissante des premiers livres au huitième où théâtre, drame et chants se mêlent, transfigurant le madrigal et annonçant la cantate et l’opéra. Giulio Cesare, le jeune frère de Claudio exprime l’essentiel de cette révolution dans la défense de son frère dans le conflit qui l’oppose aux tenants des anciennes règles : L’oratione padrona del armonia, la parole est désormais maîtresse de l’harmonie ! La plus belle illustration de ce style baroque nous est donnée par Monteverdi lui-même dans la préface de l’édition de son Huitième Livre de Madrigaux (1638), Il précise sa vision de l’interprétation du Combat de Tancrède et Clorinde « L’ouvrage étant conçu dans le genre représentatif, on fera entrer par surprise (après avoir chanté quelques madrigaux sans gestes) et du côté de la salle où se tient la musique, Clorinde, armée et à pied, suivie de Tancrède, armé et à cheval (« cavallo mariano », cheval de scène en bois, ndlr)). Alors, le Narrateur (Testo) commencera à chanter. Les protagonistes accompliront les pas et les gestes indiqués dans le récit, ni plus, ni moins, et respecteront scrupuleusement les mesures, les coups et les pas, et les instruments joueront fort ou doux, et le Narrateur énoncera son texte en mesure afin de créer une certaine unité… Les instruments – soit quatre violes de bras (soprano, alto, ténor et basse), et une contrebasse de gambe qui joue tout le temps avec le clavecin – doivent imiter les passions exprimées dans le récit. La voix du Narrateur doit être claire et ferme, avec une bonne élocution ; à quelque distance des instruments, pour une meilleure compréhension du texte. Le Narrateur ne fera ni roulades (« gorghe ») ni trilles ailleurs qu’au début de l’ode à la Nuit. Quant au reste du texte, il l’énoncera selon les passions exprimées par le récit » (préface citée dans le programme du jour).
En 2015 et en 2016 Paul Agnew à la tête des Arts Florissants a dirigé les deux premiers volets (Livres I à VI) d’une anthologie des madrigaux de Monteverdi. Cette trilogie s’achève ce soir avec un choix d’œuvres extraites des Livres VII et VIII. Données par six chanteurs, sept instrumentistes, orgue ou clavecin, Paul Agnew dirigeant et chantant en voix de ténor.
Après Tempo la cetra dont les paroles sont ciselées par Agnew et après Al lume de le stelle, madrigal à quatre voix assez « traditionnel », qu’il fait entendre avec Sean Clayton, lui aussi ténor, et les deux sopranos ( Miriam Allan et Hannah Morrison), succède Chiomo d’oro bel tresoro , portrait de l’aimée, peint avec délicatesse par Miriam Allan et Hannah Morrison dans une musique d’une grande simplicité harmonique, en strophes entrecoupées des riches ritournelles de l’accompagnement instrumental. Agnew et Clayton, soutenus par l’orgue seul, expriment toute la tristesse et le désarroi de l’être abandonné dans Interrotte speranze, eterna fede. Puis Hannah Morrison nous chante la Lettera amorosa a voce sola : se languidi miei sguardi accompagnée des seuls théorbe et harpe. Difficile de résister à cette voix d’une limpide clarté, à ce timbre à l’amoureuse chaleur, à cette prononciation parfaite dans ce parlar cantando (c’est une des révolutions de Monteverdi) qui lui permet, avec une totale liberté, d’exprimer toute ses émotions les plus profondes. Et de nous croire destinataire de cette lettre d’amour ! Tous les chanteurs et tous les instrumentistes se souviennent du bonheur partagé à l’ombre de A Qu’est’olmo, a ques’ombre ed a quest’onde.
Le duo des deux sopranos nous entraînent (comment résister à ce duo magnifique ?) dans la tragique romance Ohimè, dov’è il mio ben ? Dov’è il mio core ? (Ah, monde absurde, ah cruel sort, qui me fait le ministre de ma propre mort !). Tirsi e Clori est une sorte de petit opéra de chambre (ballo) à deux personnages: Miriam Allan et Paul Agnew, follement amoureux, sont rejoints par tous les musiciens entraînés dans un ballet tourbillonnant car la danse n’enseigne rien qui vaille mieux !
La deuxième partie est consacrée au Livre VIII . Avec Altri canti d’amor on est sur une scène d’opéra : au style molle (doux) de la première strophe chantée admirablement par Paul Agnew succède une strophe furieuse et terrible, de style concitato (agité), où Agnew impressionne par la puissance et le percutant de sa voix. Il est rejoint par la basse au timbre de bronze de Cyril Costanzo, puis par tout le chœur dans une strophe temperata (modérée) à la gloire du grand Ferdinand III, empereur des Romains et dédicataire de l’œuvre. Pétrarque est l’auteur du sonnet Hor che’l ciel, e la terra, e’l vento tace. Le ciel, la terre et les oiseaux se sont tus et la mer est sans vagues. Les six chanteurs entonnent une sorte de faux-bourdon, qui a quelque chose de religieux, avant de lancer un piango (je pleure) tristement dissonant et spectaculaire dans la deuxième strophe. En contraste on baigne dans la fraîcheur et le lyrisme de Cosi sol d’una chiara fonte viva, une claire fontaine à laquelle Paul Agnew puis Miriam Allan, Hannah Morrison, la contralto, Mélodie Ruvio, et enfin Sean Clayton et Cyril Costanzo viennent s’abreuver. Emouvant Lamento de la Ninfa : trois voix d’hommes qui commentent la détresse, Miserella, Miserella…d’une femme qui sanglote, trahie dans son amour. Des Amor amor, amor, amor... déchirants sont lancés par Hannah Morrison : la musique est devenue l’expression dell’animo. Le trio de voix d’homme en contrepoint de la lamentation est une autre invention de Monteverdi. Miriam Allan appelle sa chère compagne, Hannah Morrison, délicieux rossignol, Dolcissimo usignolo, dans un duo prodigieux de grâce et de bonheur : deux voix de rêve. Le Combat de Tancrède et de Clorinde est un opéra miniature avec, par Monteverdi lui-même (voir sa citation plus haut), des indications d’une mise en espace suivies par les interprètes de ce soir et des conseils d’interprétation. Paul Agnew est le récitant, très en retrait d’abord, s’épanchant à partir de Notte, che nel profondo…, puis décrivant le combat tel un correspondant de guerre et se laissant enfin prendre par l’émotion des personnages lors du dénouement inattendu. Hannah Morrison est une Clorinde guerrière qui meurt transfigurée par la joie du baptême : le ciel s’ouvre, je vais en paix. Tancrède, Sean Clayton, est un combattant à la voix pleine de hargne. Le concert se termine par Volgendo in ciel per immortal sentiero célébrant la paix assurée par Henri IV, roi de France. Sean Clayton possède la virtuosité et une voix au beau legato. Tous les chanteurs et musiciens se retrouvent pour louer le roi dans un ballet final en forme d’apothéose.
Avec Monteverdi le mot est entré dans la musique et la musique s’est théâtralisée.
Paul Agnew, les chanteurs et tous les instrumentistes des Arts Florissants se coulent magnifiquement dans cette seconda pratica.

Pierre Tricou

PS : je recommande fortement la lecture de Passages, de la Renaissance au Baroque, (Fayard-2006) dans lequel Philippe Beaussant analyse avec beaucoup de finesse plusieurs madrigaux de Monteverdi donnés ce soir à Ambronay (Lamento de la Ninfa, Hor che’l ciel…, Combattimento di Tancredi e Clorinda…). C’est une lecture savoureuse !

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