Rossini - L'Italienne à Alger - Schønwandt/Hermann - Montpellier - 09/2017

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Rossini - L'Italienne à Alger - Schønwandt/Hermann - Montpellier - 09/2017

Message par Oylandoy » 25 sept. 2017, 11:00

L’Italienne à Alger
Gioachino Rossini (1792–1868)

Opéra bouffe en deux actes
Livret de Angelo Anelli
Création le 22 mai 1813 à Venise


Michael Schønwandt direction musicale
David Hermann mise en scène
Rifail Ajdarpasic décors
Bettina Walters costumes
Fabrice Kebour lumières
Joerg Debbert Effets sonores (Musiktheater im Revier GmbH, Gelsenkirchen, Allemagne)

Hanna Hipp Isabella
Alasdair Kent Lindoro
Pauline Texier Elvira
Burak Bilgili Mustafa
Armando Noguera Taddeo
Marie Kalinine Zulma
Daniel Grice Haly

Noëlle Gény chef de chœur
• Chœur Opéra national Montpellier Occitanie
• Orchestre national Montpellier Occitanie


Coproduction Opéra national de Lorraine, Opéra-théâtre de Metz Métropole
Durée : 2h20 environ + entracte

Présentation de l'Opéra de Montpellier :
Après la furie-magicienne Armida la saison dernière, voici une autre héroïne rossinienne dans une comédie des plus loufoques que Stendhal surnomma folie organisée et complète. En deux actes menés tambour battant, Rossini a ciselé de drolatiques ensembles et de tendres airs à son Isabella, prête à faire chavirer tous les hommes qui croisent son regard, y compris son fiancé Lindoro.
Côté mise en scène, David Hermann a imaginé un monumental dispositif scénique : un avion de ligne s’est écrasé en pleine forêt vierge, et la métaphore aéronautique se transforme sous vos yeux ébahis en gags désopilants, portant la direction d’acteurs à incandescence. Mieux qu’une farce, cette Italienne est un remède contre la grisaille !
la mélodie est immorale
Nietzsche

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Re: Rossini - L'Italienne à Alger - Schønwandt/Hermann - Montpellier - 09/2017

Message par Oylandoy » 28 sept. 2017, 16:02

Les années 1810-1817 marquent l'ascension et aussi peut-être le sommet de l'inspiration buffa rossinienne (on nous objectera Le voyage à Reims en 1825 et le Comte Ory en 1828, sans doute). En 1813, Rossini a 21 ans lorsqu'il compose en 27 jours L'Italiana in Algeri. Certes, il n'est pas un débutant, il a déjà une dizaine d'opéras à son actif, mais pourquoi cette hâte ? Outre sa frénésie créatrice (huit opéras entre janvier 1812 et mars 1813), Rossini reçoit une commande du Teatro San Benedetto qui est au bord de la faillite, le compositeur Carlo Coccia venant de faire faux bond. On lui propose un livret d'Angelo Anelli auquel il va apporter quelques modifications substantielles. Ce livret a déjà été mis en musique par Luigi Mosca pour la Scala, et serait inspiré d'un fait divers survenu à Milan en 1805. Comme on sait, la mode est alors à l'orientalisme et aux "turqueries" (même Victor Hugo y succombera).

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Rappelons brièvement l'histoire : Isabella, jeune amoureuse italienne, s'en va libérer son amant Lindoro, retenu esclave chez Mustafà, bey d'Alger. Manque de chance, son embarcation fait naufrage devant le palais du sultan, et elle est aussitôt capturée avec ses compagnons de voyage (et entre autres son amoureux transi Taddeo). Mais, avec l'appui de son amant et de Taddeo, elle réussira (faisant preuve de beaucoup d'énergie et de courage) à tromper la vigilance de Mustafà et à s'enfuir. Un opéra quasiment féministe !

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Le "méchant" Mustafà n'est pas très méchant, mais bête à souhait. Si l'étude de Damien Colas sur les "turqueries" présente trois types : le turc cruel (Mustafà envisage de faire empaler Taddeo s'il n'obéit pas), le turc généreux (Pacha Selim, les Indes Galantes), notre Mustafà se range assurément dans la troisième catégorie, celle des turcs ridicules (et amoureux, de surcroît).
Remarquons quelques clins d'œil, notamment la nomination de Taddeo au poste de Grand Kaïmakan (avec un énorme turban), et celle de Mustafà au rang de Pappataci, qui ne sont pas sans rappeler le Bourgeois Gentilhomme et l'élévation de M. Jourdain au grade de Mamamouchi.

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La composition de cette Italiana est l'occasion pour un Rossini de nous offrir une musique vive et entraînante, digne de celle d'Il Barbiere di Siviglia. Il ne sera pas toujours aussi inspiré.
Comme le programme de salle, citons Stendhal (extrait de sa Vie de Rossini): "Quand il écrivait L'Italiana in Algeri, Rossini était dans la fleur du génie et de la jeunesse : il ne craignait pas de se répéter ; il ne cherchait pas à faire de la musique forte ; il vivait dans cet aimable pays de Venise, le plus gai de l'Italie et peut-être du monde, et certainement le moins pédant. Le résultat de ce caractère des Vénitiens, c'est qu'ils veulent avant tout, en musique, des chants agréables et plus légers que passionnés. Ils furent servis à souhait dans l'Italiana ; jamais peuple n'a joui d'un spectacle plus conforme à son caractère ; et de tous les opéras qui ont jamais existé, c'est celui qui devait plaire le plus aux Vénitiens"

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De gauche à droite : Armando Noguera (Taddeo), Burak Bilgili (Mustafà), Pauline Texier (Elvira), Marie Kalinine (Zulma), Hanna Hipp (Isabella)

La mise en scène de David Hermann est astucieuse. L'habituelle transposition a consisté ici à remplacer le naufrage du navire par le crash d'un avion de ligne dans la forêt amazonienne, inspiré de la série Lost et peut-être aussi de l'accident d'octobre 1972 dans les Andes. Cette transposition nous vaut un très beau décor, qui restera présent pendant toute la durée du spectacle, et qui ne sera pas sans poser problème pour représenter la fuite des captifs : David Hermann contourne l'obstacle à l'aide d'une video et d'un bruitage (critiqué par certains) très réussis.

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La direction d'acteurs est excellente et nous apporte de savoureux numéros, mettant le public en joie, public qui éclatera de rire à plusieurs reprises. Cette direction d'acteur donne l'occasion à Armando Noguera (Taddeo) de montrer son talent de comique (nous ne le soupçonnions évidemment pas, l'ayant vu précédemment dans la Rose Blanche et dans Pelleas et Mélisande, à Angers), tout en chantant remarquablement.
Le rôle principal est tenu par Hanna Hipp, à la belle voix de mezzo, dotée de beaux graves, et un talent d'actrice certain (le programme de salle parle de contralto colorature pour le rôle d'Isabella, les spécialistes pourront peut-être préciser).
Lindoro est interprété par le tout jeune tenor australien Alasdair Kent, bien dans son rôle de belcantiste rossinien, mais aux (sur)aigus parfois incertains, pas tous réussis.
Burak Bilgili (qui est turc !) campe un Mustafà bien chantant, avec une voix puissante, entachée d'un vibrato qui s'estompe en cours de route.
Pauline Texier est Elvira, soprano doté d'une jolie voix mais aux aigus acides pas toujours très jolis.
Marie Kalinine (Zulma) et Daniel Grice (Haly) assurent efficacement leurs parties.

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Michael Schønwandt (vu dans Wozzeck récemment à Bastille) utilise la version critique Abbado avec quelques petites coupures dans les récitatifs, plus quelques accélérations de tempo non écrites. Bonne direction, avec le rythme nécessaire. A noter au passage que son contrat à Montpellier a été reconduit pour 3 ans.
L'orchestre n'est pas exempt de tout reproche : si les cors (qui ont une partie très fournie) ont été à la hauteur, les vents et notamment les flûtes ont plusieurs fois joué trop fort.

Les chœurs participent efficacement et dynamiquement à l'ensemble, et tous jouent avec beaucoup d'enthousiasme et d'énergie, donnant une soirée des plus réussies, ovationnée par un public enchanté, et qui esquissera même une standing ovation.
Cette énergie et cet enthousiasme ont cruellement fait défaut à Cenerentola, récemment, à Garnier.

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Lindoro, Isabella, Mustafà, Taddeo

Photos Marc Ginot
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