Concert P.Jaroussky/C.Pluhar/L'Arpeggiata - Ambronay - 16/09/2017

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petitchoeur
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Concert P.Jaroussky/C.Pluhar/L'Arpeggiata - Ambronay - 16/09/2017

Message par petitchoeur » 20 sept. 2017, 07:16

La Cetra Amorosa

Claudio Monteverdi (1567-1643)
L’Orfeo :
Toccata
Rosa del Ciel
Vi ricorda o boschi ombrosi

Maurizio Cazzati (ca.1620-1678)
Ciaccona

Luigi Rossi (1597-1653)
Lasciate averno (l'Orfeo)

Claudio Monteverdi
Sinfonia (l’Orfeo)
Si dolce e’l tormento (Quarto scherzo delle ariose vaghezze)
Damigella, tutta bella (Scherzi musicali)
Oblivion soave, air d’Arnalta dans Le Couronnement de Poppée
Version instrumentale du chœur « Ahi caso acerbo… » de l’Orfeo (acte II).

Luigi Rossi :
Begl’occhi, che dite, cantate pour voix et basse continue

Francesco Cavalli (1602-1676)
Sinfonia (La Calisto)
Erme e solinghe cime, air d’Endimione dans La Calisto
Ninfa Bella, air de Satirino dans La Calisto
Sinfonia (Il Giasone)
Che città, air de Nerillo dans L’Ormindo

Lorenzo Allegri (1582-1652)
Canario

Giovanni Felice Sances (ca.1600-1679)
Presso l’onde tranquille
Stabat Mater

Philippe Jaroussky contre-ténor
Christina Pluhar direction & théorbe

L’Arpeggiata :
Doron Sherwin cornet à bouquin
Judith Steenbrink violon baroque
Lixsania Fernandez viole de gambe
Paulina Van Laarhoven viole de gambe & lirone
Josetxu Obregon violoncelle baroque
Eero Palviainen archiluth & guitare baroque
Sergey Saprychev percussions
Haru Kitamika orgue & clavecin


Abbatiale d’Ambronay le 16 septembre 2017

C’est en habitué que Philippe Jaroussky participe au festival d’Ambronay 2017 : il y est venu pour la première fois en 1999. Christina Pluhar l’accompagne au théorbe tout en dirigeant son ensemble l’Arpeggiata dans un concert consacré aux amours et d’Orphée et d’autres héros de l’opéra baroque naissant mis en musique par Monteverdi, Cavalli et Rossi. Mais aussi à l’amour d’une mère pour son fils mourant sur la croix dans le Stabat Mater de Sances.
L’Arpeggiata est un ensemble de dimension modeste ce soir dominé par le cornet à bouquin de Doron Sherwin qui, par sa technique impressionnante au service d’une belle musicalité, est l’instrument essentiel de l’ensemble, véritable premier violon omniprésent, dialoguant souvent avec le contre-ténor ou en assurant l’écho. Les violes de gambe, violoncelles et autre lirone (la lira da gamba aux très nombreuses cordes frottées) ainsi que le luth et le théorbe assurent avec le clavecin et l’orgue la basse continue et l’accompagnement du chanteur et du cornet.
C’est par l’Orfeo, favola in musica de Monteverdi que commence la soirée et que s’était magnifiquement terminée la soirée de la veille avec l’opéra donné dans son entier par Leonardo Garcia Alarcon, le Chœur de Chambre de Namur et la Capella Mediterranea (voir mon compte-rendu sur ODB). Une toccata, ouverture avant la lettre, et deux airs : Rosa del ciel de l’acte I et Vi ricorda o boschi ombrosi de l’acte II. Philippe Jaroussky nous fait partager sa joie, son bonheur, son amour avec la force et la douceur de son timbre soyeux. Mais c’est juste avant d’apprendre la mort d’Euridyce… Dans les trois autres airs de Monteverdi le contre-ténor déploie toute la palette de son art : le désespoir d’être ignoré de celle qu’il aime jusqu’à souhaiter la mort, seul havre d’une paix retrouvée dans Si dolce e'l tormento Les dernières paroles sont chantées d’une manière bouleversante : Col dardo di morte il cor sanero (avec le dard de la mort je soignerai mon cœur). Et aussi, dans Damigella, tutta bella, la puissance et l’ardeur devant une demoiselle toute belle : dans un tempo « infernal » le héros hurle sa passion plus ardente que les laves de l’Etna. Je vais devenir un volcan est chanté avec une force inouïe ! Et c’est avec une douceur et une simplicité maternelle que Philippe Jaroussky/Arnalta endort Poppée par de magnifiques tenues de notes chantées PPP (Oblivion soave). L’air Lasciate Averno, extrait de l’Orfeo de Luigi Rossi nous plonge dans une profonde émotion : viens avec moi pleurer mes douleurs et surtout les quatre Mourir ! Mourir ! Mourir ! Mourir ! à peine audibles sont bouleversants. Dans Ninfa bella, air extrait de La Calisto de Cavalli, la voix de Jaroussky se fait facétieuse et gourmande sur le soavissimi final. Avec l’extrait de L’Ormindo, un air de Nerillo, Che Città, le contre-ténor nous éblouit par ses talents de comédien. Le Stabat Mater de Giovanni Felice Sances est construit comme une longue prière -un grand air- accompagnée avec grande délicatesse par le luth et le théorbe rejoints par le reste de l’orchestre au moment dramatique où la Vierge évoque la mort de son fils sur la croix. Prière qui se termine par l’espoir de Marie que son âme soit accueillie au Paradis près du Christ.
L’Arpeggiata s’intercale entre deux airs avec des parties instrumentales de Monteverdi, de Cazzati, de Cavalli, de Rossi et d’Allegri. Bel ensemble que les cordes pincées du luth, du théorbe de Christina Pluhar et du clavecin rendent extrêmement chatoyant. Dans certains morceaux les instrumentistes se lancent dans des improvisations souvent acrobatiques.
Immense succès et trois bis : Laudate Dominum in sanctis eius extrait de la Selva Morale de Monteverdi (SV 287). Puis un air de Didon et Enée de Purcell: When i am laid. Et enfin la Giaccona del Paradiso e del Inferno (anonyme) : combat inattendu et plein d’humour entre Doron Sherwin/Inferno ,sans cornet mais devenu « chanteur », s’opposant, goguenard et avec morgue, à un Philippe Jaroussky/Paradiso outré et méprisant !
Immense ovation d’un public conquis par un Philippe Jaroussky dont la voix a gagné en puissance et en projection, dont le style est toujours aussi élégant, dont le timbre est toujours aussi séduisant, dont l’intelligence des textes est toujours aussi remarquable et dont les talents de comédien s’affirment fortement. Nous l’attendons sur scène à Paris cette saison dans Only the sound remains de Saraiaho (ONP), dans Alcina de Haendel et dans l’Orfeo de Gluck (Théâtre des Champs-Elysées) .

Pierre Tricou

PS: ce concert sera diffusé sur France-Musique

petitchoeur
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Re: Concert Jaroussky/Arpeggiata/Pluhar-Ambronay 16/09/2017

Message par petitchoeur » 20 sept. 2017, 07:36

La Cetra amorosa est la lyre, celle d'Orphée particulièrement amoureuse...

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Re: Concert Jaroussky/Arpeggiata/Pluhar-Ambronay 16/09/2017

Message par jeantoulouse » 28 sept. 2017, 09:14

Merci pour ce compte rendu précis et passionné. Je note que ce concert fait partie d'une vaste tournée européenne de trois mois, commencée à Utrech le 3 septembre et qui se terminera à Aix en Provence le 2 décembre, avec haltes entre autres à Paris au TCE le 28 octobre, et Toulouse à la Halle aux Grains le 30 novembre. Mais le programme diffère du tout au tout. A Toulouse par exemple, c'est un concert strictement consacré à Haendel avec des extraits d'opéras plutôt rares tels Flavio, Siroe, Imeneo, Radamisto, Giustino et Tolomeo. Et c'est l'ensemble Artaserse qui l'accompagnera. Il sera passionnant de comparer les qualités de Jaroussky dans les deux répertoires.

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Re: Concert Jaroussky/Arpeggiata/Pluhar-Ambronay 16/09/2017

Message par Piero1809 » 28 sept. 2017, 12:24

Merci pour ce beau compte rendu.

L'Arpeggiata est une ensemble de musique prébaroque souvent très critiqué, on se demande pourquoi. En ce qui me concerne j'éprouve toujours beaucoup de plaisir à les écouter. Christina Pluhar s'entoure de musiciens de premier plan comme Doron Sherwin au cornet, Judith Steenbrink au violon et Pauline van Laarhoven à la viole de gambe et au lirone.... Je ne vois malheureusement pas Veronika Skulplik (violon) dans la liste des instrumentistes.
Le programme est vraiment magnifique avec de larges extraits de La Calisto, un opéra que j'adore!

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Re: Concert Jaroussky/Arpeggiata/Pluhar-Ambronay 16/09/2017

Message par cosimus » 28 sept. 2017, 13:05

jeantoulouse a écrit :
28 sept. 2017, 09:14
Merci pour ce compte rendu précis et passionné. Je note que ce concert fait partie d'une vaste tournée européenne de trois mois, commencée à Utrech le 3 septembre et qui se terminera à Aix en Provence le 2 décembre, avec haltes entre autres à Paris au TCE le 28 octobre, et Toulouse à la Halle aux Grains le 30 novembre. Mais le programme diffère du tout au tout. A Toulouse par exemple, c'est un concert strictement consacré à Haendel avec des extraits d'opéras plutôt rares tels Flavio, Siroe, Imeneo, Radamisto, Giustino et Tolomeo. Et c'est l'ensemble Artaserse qui l'accompagnera. Il sera passionnant de comparer les qualités de Jaroussky dans les deux répertoires.
Il en va de même à Paris au TCE le 28 octobre. le programme est déjà en ligne

http://www.theatrechampselysees.fr/sais ... -jaroussky
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