Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis - TCE - 15/09/2017

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Adalbéron » 17 sept. 2017, 19:14

J'essaye de revenir très rapidement sur la soirée de vendredi soir (mais ce n'est pas un CR dans les règles, je reviens surtout sur les polémiques et mes impressions).

Je l'ai dit, j'ai rarement vécu concert si fort. Tantôt ébranlé par le génie (je le dis très nettement) avec lequel Currentzis traite certains éléments de l'oeuvre (ces dynamiques, ces phrasés, ces couleurs, ces textures !!), la qualité de l'orchestre, du choeur et des solistes, et tantôt agacé par certains choix du Maître : j'étais sans cesse au bord de la rupture psychique et physique.
La Clémence de Titus est un opéra que j'aime infiniment et j'étais vraiment très excité à l'idée de découvrir ce que Currentzis allait en faire. Mais je n'ai pas compris, quand est arrivé la première insertion de la Messe en ut mineur, pourquoi il a tant sous-estimé l'oeuvre — et aussi son propre talent ( :mrgreen: ) — puisqu'il aurait tout à fait été capable de faire quelque chose de tout aussi extraordinaire en n'intégrant pas dans l'opéra comme il l'a fait des morceaux exogènes ici et là. Il le fait avec brio (franchement, il faut qu'il la donne indépendamment la Messe en ut !), mais je peine à comprendre ses intentions. Je crois, avec le recul, que c'est mon Sur-moi qui me dominait (Emmanuelle était sûrement derrière moi, déguisée), car je reste persuadé de l'intérêt immense que l'entreprise de Currentzis peut avoir. Aussi, j'entendais trop les sutures : ce n'est pas Servilia louant son seigneur que j'entendais chanter, mais la deuxième soliste de la Messe en ut mineur louant Dieu au beau milieu de La Clémence. Et l'ajout d'un morceau après le final est vraiment ce qui m'a le plus dérangé. Je n'ai pas su m'habituer à tout ça, c'était bien trop brutal. Il faut dire que sur scène, avec Sellars, ça fonctionne mieux, mais je n'en connaissais alors que des bouts, je n'en avais pas une vue d'ensemble. Cependant, j'abhorre le figé, le dogme, le fini, je veux qu'on me fasse sortir de mes habitudes, qu'on m'emmène découvrir d'autres points de vue sur le lac que je contemple habituellement depuis seulement quelques berges. Et j'adhère complètement aux propos de Currentzis lorsqu'il dit : « On ne peut pas juger Mozart dans les limites des perceptions étroites de notre époque ou de la sienne. Il faut briser ses chaînes, sortir du temps, trouver coûte que coûte un espace éloigné de sa vie, s'abreuver à cette musique jusqu'à plus soif, puis continuer avec sa vie. Rien ne sera plus jamais pareil » (et en effet, je n'arrive plus à entendre comme avant l'orchestration du « Laudamus te »). Alors j'en redemande, et j'affirme que Currentzis, aussi insupportable soit-il, est un chef passionnant ; je dirais même nécessaire — comme contre-pouvoir.

Bon, mais Currentzis, aussi brillant soit-il, ne fait pas tout. Il peut compter sur les musiciens de son orchestre, MusicAeterna, jouant debout, pour servir avec une énergie rare la musique et le drame, pour colorer à l'envie, pour créer des atmosphères parfaitement caractérisées. Voir des instrumentistes aussi engagés, ça fait du bien ! Le choeur était aussi absolument somptueux.
Sur la distribution vocale, je suis globalement d'accord avec Asvo.
Encore une fois, j'étais censé faire court... Je n'arrive pas à en écrire plus, j'ai l'index droit handicapé, mais je complèterai peut-être bientôt. Les pauvres solistes, sacrifiés encore par le chef... :? :cry:

Edit : en fait, tous ces débats sont aussi caractéristiques d'une tendance qui m'irrite un peu : celle de vouloir s'en tenir à la lettre d'une oeuvre, à s'informer de manière obsessionnelle sur l'époque et les conditions de sa création, sans voir ce que l'oeuvre a de profondément inactuel. Mais évidemment, libre à chacun de prendre son plaisir où il veut ! ;)
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Bernard C » 17 sept. 2017, 20:06

C'est terrifiant de t'entendre mettre le pouvoir dans ce qui relève du goût.

Bernard

Ta dernière phrase contredit ton discours.
«Or les traits de ma peinture ne fourvoient point, quoi qu’ils se changent et diversifient. Le monde n’est qu’une branloire pérenne : toutes choses y branlent sans cesse (), et du branle public, et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant.»
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Adalbéron » 17 sept. 2017, 20:33

Bernard C a écrit :
17 sept. 2017, 20:06
C'est terrifiant de t'entendre mettre le pouvoir dans ce qui relève du goût.

Bernard

Ta dernière phrase contredit ton discours.
Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Le pouvoir dans les goût, en musique classique, à l'opéra, ça existe déjà... Je dis que, justement, Currentzis permet d'équilibrer la balance, de contrer la doxa, de « paradoxer ».
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 20:36

micaela a écrit :
17 sept. 2017, 14:17
Quelqu'un m'a dit que Mozart ne prisait pas particulièrement les castrats (et donc qu'il n'aurait pas spécialement écrit pour eux). C'est une affirmation dont j'ignore sur quoi elle repose...
Faux.
Il s’est effectivement plaint dans sa correspondance de Vincenzo Del Prato (Idamante pour Idomeneo, Re di Creta) chanteur et acteur assez faible. Mais il a eu d’excellentes relations avec nombre de castrats, très connus ou un peu moins.
Comme tous les compositeurs de son temps, il a écrit pour les chanteurs qu'on lui a imposés. En général, ce n'est pas le compositeur qui choisit la distibution. Il fait avec, et doit composer (dans les 2 sens du terme) pour les desiderata des chanteurs qui sont rois.
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Bernard C » 17 sept. 2017, 20:43

Adalbéron a écrit :
17 sept. 2017, 20:33
Bernard C a écrit :
17 sept. 2017, 20:06
C'est terrifiant de t'entendre mettre le pouvoir dans ce qui relève du goût.

Bernard

Ta dernière phrase contredit ton discours.
Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Le pouvoir dans les goût, en musique classique, à l'opéra, ça existe déjà... Je dis que, justement, Currentzis permet d'équilibrer la balance, de contrer la doxa, de « paradoxer ».
Non relis toi, tu ne dis pas ça.
Tu parles de contre-pouvoir, de nécessité et ta pirouette finale ne trompe pas.

Bernard

Ps:et tu me lis de travers. Je n'ai pas parlé des goûts.
J'ai parlé du goût (le concept)
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Adalbéron » 17 sept. 2017, 20:49

Bernard C a écrit :
17 sept. 2017, 20:43
Non relis toi, tu ne dis pas ça.
Tu parles de contre-pouvoir, de nécessité et ta pirouette finale ne trompe pas.

Bernard

Ps:et tu me lis de travers. Je n'ai pas parlé des goûts.
J'ai parlé du goût (le concept)
Oui, j'aurais dû écrire contre—pouvoir-déjà-là.

Tu ne peux pas savoir de quoi je parle puisque j'ai écrit « les goût ».
:lol:

Ps : tu me lis avec malveillance.
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Bernard C » 17 sept. 2017, 20:52

Je te lis avec bienveillance, je ne relève pas tes fautes de frappe.

Bernard
«Or les traits de ma peinture ne fourvoient point, quoi qu’ils se changent et diversifient. Le monde n’est qu’une branloire pérenne : toutes choses y branlent sans cesse (), et du branle public, et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant.»
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Adalbéron » 17 sept. 2017, 20:59

Bernard C a écrit :
17 sept. 2017, 20:52
Je te lis avec bienveillance, je ne relève pas tes fautes de frappe.

Bernard
Alors il aurait été pour le coup utile de me demander de préciser, plutôt que d'en tirer des conclusions.
Je suis à peu près convaincu que « le goût » relève d'une certaine forme de pouvoir. Ce n'est pas pour rien qu'on parle du « mauvais goût ». Quand Emmanuelle dit : « Etant donné que nous sommes dans une époque qui prise l’authenticité, le public actuel s’attend quand même à un minimum de respect de l’œuvre d’origine » qui voudrait/pourrait/oserait lui donner tort ?

Ps : ne me dis pas de lire la CFJ ;)
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 21:14

Adalbéron a écrit : [selon Curentzis,]« On ne peut pas juger Mozart dans les limites des perceptions étroites de notre époque ou de la sienne. Il faut briser ses chaînes, sortir du temps, trouver coûte que coûte un espace éloigné de sa vie, s'abreuver à cette musique jusqu'à plus soif, puis continuer avec sa vie. Rien ne sera plus jamais pareil » (et en effet, je n'arrive plus à entendre comme avant l'orchestration du « Laudamus te »). Alors j'en redemande, et j'affirme que Currentzis, aussi insupportable soit-il, est un chef passionnant ; je dirais même nécessaire — comme contre-pouvoir.
Oui, la tarte à la crème du "divin Mozart"!!... Une époque n'est jamais étroite: c'est la manière dont on peut la juger qui est toujours restrictive...
Mozart était un homme de son temps, pris dans une historicité spécifique. Il a écrit pour les hommes de son temps, selon les dialectiques de son temps, et pour les instruments de son temps. Seul un ROmantique comme Berlioz pouvait dire qu'il écrivait pour le XXIe siècle : Mozart était à l'opposé de cette idéologie.

Dire qu'il pourrait (ou tout autre personne) être anhistorique, c'est faux. Nous sommes tous englués dans notre contexte historique, même si la pensée tente de s'en dégager... mais c'est une illusion. (Et c'est l'historienne en moi qui parle. La part de subjectivité est bien là, malgré les mises à distances, parce que je suis le produit de mon propre contexte. Et que je n'y peux rien, toi non plus, d'ailleurs. Il faut être prétentieux ou encore très jeune pour s'imaginer le contraire. Je me souviens d'une très longue discussion avec Jacques Le Goff où nous étions tombés d'accord là-dessus.)

Le "miracle" Mozart, comme celui de créateurs séparés de nous par les siècles, c'est que leur œuvre continue de toucher notre sensibilité et notre cerveau, en dépit de leur contexte de création. Mais si l'on veut retrouver les intentions des auteurs, on ne peut pas en faire fi.

Quel contre-pouvoir ? Bernard a raison, il ne s'agit pas de pouvoir, mais de goût personnel, et en ce qui me concerne, d'éthique musicale. Je trouve finalement beaucoup plus subversif à notre époque, de jouer Mozart comme il souhaitait très probablement qu'on le fasse, quel que soit les réactions du public d'aujourd'hui, que de s'imaginer le moderniser, voire l'améliorer.
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 21:18

Adalbéron a écrit :
17 sept. 2017, 20:59

Je suis à peu près convaincu que « le goût » relève d'une certaine forme de pouvoir. Ce n'est pas pour rien qu'on parle du « mauvais goût ». Quand Emmanuelle dit : « Etant donné que nous sommes dans une époque qui prise l’authenticité, le public actuel s’attend quand même à un minimum de respect de l’œuvre d’origine » qui voudrait/pourrait/oserait lui donner tort ?

Ps : ne me dis pas de lire la CFJ ;)
Le mauvais goût n'est pas un pouvoir, c'est juste un ressenti jugé par les autres...
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