Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis - TCE - 15/09/2017

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Adalbéron
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Adalbéron » 16 sept. 2017, 19:34

philipppe a écrit :
16 sept. 2017, 19:02
Est ce que vous pouvez en dire un peu plus sur Anna Lucia Richter ? Je l'ai entendue cet été à Lucern dans les Lieder du Knaben wundern Horn en compagnie de Gerhaher sous la direction de Haitink. Je l'ai trouvée vraiment délicieuse, vocalement et "scéniquement". je me demandais comment elle chanterait Mozart.
Elle a été ravissante. Une très belle découverte pour ma part. Chant sensible et délicat, engagement, beauté du timbre et très bonne projection. Comme l'a dit Asvo, son interprétation du « Laudamus te » a été vraiment remarquable.
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par Piero1809 » 16 sept. 2017, 20:31

Merci Placido Carrerotti pour La clémence selon Mozart de Vincent Borel.
Ce texte est intéressant à plusieurs titres.
Une phrase a frappé mon attention:....l'opéra seria, un genre figé et déjà en désuétude à la fin du 18ème siècle.
Je m'inscris en faux devant une telle assertion.
L'opéra seria est au contraire en plein renouveau à cette période. Sa grande vitalité est attestée par le très grand nombre de merveilleux opéras seria composés après 1780: avant tout le grandiose Gli orazii ed i curiazii de Cimarosa (1796), chef d'oeuvre de noblesse et d'héroïsme qui anticipe le meilleur Rossini et qui obtint un succès triomphal, l'étincelant Alcide al Bivio de Vincenzo Righini (1791), ou la tragique Ecuba de Manfroce (1800). Le fait qu'on commande à Haydn et Mozart, meilleurs musiciens du temps, à l'un Orfeo ed Euridice (1791) et à l'autre La clemenza di Tito n'est pas du au hasard mais à l'assurance que ce genre opératique était à même d'attirer le plus grand public. Enfin, le compositeur Alessio Prati (1750-1788) se voue quasiment exclusivement à la composition d'opere serie.

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par philipppe » 16 sept. 2017, 20:41

Adalbéron a écrit :
16 sept. 2017, 19:34
philipppe a écrit :
16 sept. 2017, 19:02
Est ce que vous pouvez en dire un peu plus sur Anna Lucia Richter ? Je l'ai entendue cet été à Lucern dans les Lieder du Knaben wundern Horn en compagnie de Gerhaher sous la direction de Haitink. Je l'ai trouvée vraiment délicieuse, vocalement et "scéniquement". je me demandais comment elle chanterait Mozart.
Elle a été ravissante. Une très belle découverte pour ma part. Chant sensible et délicat, engagement, beauté du timbre et très bonne projection. Comme l'a dit Asvo, son interprétation du « Laudamus te » a été vraiment remarquable.
Merci beaucoup !

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par HELENE ADAM » 16 sept. 2017, 22:43

philipppe a écrit :
16 sept. 2017, 20:41
Adalbéron a écrit :
16 sept. 2017, 19:34
philipppe a écrit :
16 sept. 2017, 19:02
Est ce que vous pouvez en dire un peu plus sur Anna Lucia Richter ? Je l'ai entendue cet été à Lucern dans les Lieder du Knaben wundern Horn en compagnie de Gerhaher sous la direction de Haitink. Je l'ai trouvée vraiment délicieuse, vocalement et "scéniquement". je me demandais comment elle chanterait Mozart.
Elle a été ravissante. Une très belle découverte pour ma part. Chant sensible et délicat, engagement, beauté du timbre et très bonne projection. Comme l'a dit Asvo, son interprétation du « Laudamus te » a été vraiment remarquable.
Merci beaucoup !
+1 avec Asvo et Aldabéron sur sa prestation. Très applaudie d'ailleurs.
On n'a quand même pas pris la Bastille pour en faire un opéra (Desproges).

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 13:40

Piero1809 a écrit :
16 sept. 2017, 15:56
micaela a écrit :
16 sept. 2017, 10:41
je sais bien que ces instruments (guitare baroque, théorbe) devaient encore être utilisés à l'époque de la création de l'opéra, mais ces instruments (guitare baroque, théorbe), Est-ce "musicologiquement correct" par rapport à la partition de Mozart ?
Il existe plusieurs arrangements pour luth dont certains très réussis des quatuors à cordes opus 1 et 2 de Joseph Haydn, oeuvres datant d'avant 1761. Ces arrangements pourraient avoir été réalisés avec l'accord du compositeur.
Le colascione, sorte de grand luth, la guitare, le chitarrone, instruments à cordes pincées forment le continuo dans l'opéra napolitain baroque mais aussi dans La buona figliola de Piccinni (1761), un contemporain de Haydn. Pour le théorbe, instrument apparenté au luth, je ne connais aucun exemple de son utilisation dans la musique du troisième tiers du 18ème siècle.
La viole de gambe est largement présente dans les oeuvres de Carl Philipp Emmanuel Bach et de Friedrich Abel, deux compositeurs que Mozart a connus.

Toutefois, à ma connaissance, ces instruments ne figurent dans aucune oeuvre de Mozart ou de la maturité de Haydn.
Tout à fait d'accord.
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 13:57

enrico75 a écrit :
16 sept. 2017, 18:21
(...)
pour ce qui est du" medley"si on peut dire(c'est à la mode) les" inserts" ne semblent pas pris au hasard et ont certainement une raison d’être pour Currentzis .
Enfin sans remettre de l'huile sur le feu ,il me semble ,qu'au temps de mozart et beethoven,il était habituel de donner une multitude de fragments d'oeuvres dans un concert:un mouvement de symphonie,un air d'opéra etc.. il ne faudrait ,à mon avis, tomber trop dans la paranoia de l'authenticité à l'extrème avec tout le respect que j ai pour l'incroyable érudition de E de B.
En ce qui concerne le « medley », comme tu l’appelles, ce qui me heurte le plus, c’est le manque d’honnêteté intellectuelle qui ne précise pas la teneur de ses inserts etc. Qu’on bidouille l’œuvre, soit, mais QU’ON PREVIENNE L’AUDITEUR ! C’est la moindre des choses. Personnellement, je veux bien entendre la Clemenza, mais pas la version « DE » Currentzis.

Et, pour ceux que les pratiques d’insertions intéressent, il est sorti une version de 1804 de la Clemenza, avec différentes insertions, qui est tout à fait passionnante, et est un bon exemple de l’histoire de l’interprétation mozartienne européenne au XIXe. (Voir ce fil : viewtopic.php?f=4&t=19291 )

Les pratiques du concert à la fin du XVIIIe début XIXe siècles et celle de « l’opéra en concert » de notre époque ne sont pas du tout comparables. Il s’agit soit, d’ « académies » (concert, récital), soit d’oratorio (et dans ce cas, effectivement, l’œuvre lyrique intégrale est présentée sans mise en scène, soit de « selections » comme on le fait très souvent en Angleterre à cette période.).

Exemple de programme d’ « académie » de Nancy Storace en 1784 à Vienne.
Image

En ce qui concerne la représentation scénique, comme la pratique des morceaux d’insertions est normale à cette époque, tout le monde sait que c’est le cas. L’opéra n’est quasiment jamais chanté dans l’original de la création, les chanteurs stars de la distribution de la reprise s’arrogeant le droit des airs qui leur conviennent mieux. Mozart lui-même a sacrifié à l’usage, avec les deux versions de ses Nozze et de son Don Giovanni. (Aujourd’hui, on entend d’ailleurs des versions hybrides aberrantes au lieu des deux versions –et variantes- des créations…)

Mais dans le cas présent, il ne s’agit pas d’une intervention de l’auteur lui-même, ni d’une pratique courante et admise comme telle. Etant donné que nous sommes dans une époque qui prise l’authenticité, le public actuel s’attend quand même à un minimum de respect de l’œuvre d’origine. Et là, la démarche pêche par son inaptitude à dire que ce n’est pas la Clemenza « de » Mozart qu’on entend, mais un machin bizarroïde. (Et c’est d’autant plus crétin que l’ajout maçonnique est plaqué et contrevient à la logique interne de l’œuvre, et que la musique religieuse est également un contresens. Et qu’on ne me dise pas que les mêmes thèmes musicaux irriguent ces deux versants de l’œuvre de Mozart, car ce n’est pas tout à fait la même chose…)

Que ce gloubi boulga corresponde à une démarche de mise en scène de Sellars, soit. Cela fonctionne à la scène (car il y a le visuel et le théâtre, qui peut prendre ses aises.) dans une version de concert, cela me semble tout à fait idiot et trompeur.

Je précise que je me suis tout aussi indignée de la suppression des prologues de tragédies lyriques, qui font partie intégrante des œuvres. (Même si je peux comprendre la logique économique qui se cache souvent derrière ces excisions.)
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par EdeB » 17 sept. 2017, 14:10

Piero1809 a écrit :
16 sept. 2017, 20:31
Merci Placido Carrerotti pour La clémence selon Mozart de Vincent Borel.
Ce texte est intéressant à plusieurs titres.
Une phrase a frappé mon attention:....l'opéra seria, un genre figé et déjà en désuétude à la fin du 18ème siècle.
Je m'inscris en faux devant une telle assertion.
L'opéra seria est au contraire en plein renouveau à cette période. Sa grande vitalité est attestée par le très grand nombre de merveilleux opéras seria composés après 1780: avant tout le grandiose Gli orazii ed i curiazii de Cimarosa (1796), chef d'oeuvre de noblesse et d'héroïsme qui anticipe le meilleur Rossini et qui obtint un succès triomphal, l'étincelant Alcide al Bivio de Vincenzo Righini (1791), ou la tragique Ecuba de Manfroce (1800). Le fait qu'on commande à Haydn et Mozart, meilleurs musiciens du temps, à l'un Orfeo ed Euridice (1791) et à l'autre La clemenza di Tito n'est pas du au hasard mais à l'assurance que ce genre opératique était à même d'attirer le plus grand public. Enfin, le compositeur Alessio Prati (1750-1788) se voue quasiment exclusivement à la composition d'opere serie.
Exact, l'opera seria n'est PAS un genre figé à l'époque. Au contraire, c'est un genre en pleine mutation... et Mozart est à la pointe de la modernité dans sa composition.
C'est sans doute pour cela que l’œuvre fut dédaignée par le nouveau couple impérial qui ne goûtait que le "vrai" opera seria, c'est-à-dire la mouture italienne pur jus... A noter que Salieri sera tout aussi ostracisé que Mozart, et que Leopold II va mettre à bas toute l'organisation de l'opéra voulue par son prédécesseur.

L'ironie que ne relève pas V. Borel, c'est que si cet opéra comporte bien des allusions maçonniques, le nouvel empereur va rapidement endiguer toutes les sociétés apparentées à la Franc-Maçonnerie, vu le contexte international. Leopold II aura été un bien piètre Titus, bien qu'il ait été encensé comme tel quand il n'était que Grand-Duc de Toscane.

PS : ... et on se prend à rêver de l’œuvre qu'aurait pu écrire Mozart si Guardasoni avait pu engager le grand castrat Luigi Marchesi... possibilité évoquée dans son contrat !
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par micaela » 17 sept. 2017, 14:17

Quelqu'un m'a dit que Mozart ne prisait pas particulièrement les castrats (et donc qu'il n'aurait pas spécialement écrit pour eux). C'est une affirmation dont j'ignore sur quoi elle repose...
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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 17 sept. 2017, 16:31

Emmanuelle : puisque l'oeuvre contient des allusions maçonniques, pourquoi le final te choque-t-il ? (au delà du non.respect de la partition).
“Plus on ira, moins il y aura de centenaires qui auront connu Napoléon 1er.” Alphonse Allais.

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Re: Mozart - La Clemenza di Tito - Currentzis/MusicAeterna - TCE - 15/09/2017

Message par lionrougeetblanc » 17 sept. 2017, 17:34

Asvo a écrit :
16 sept. 2017, 12:21
Entre fascination et frustration
[...]
+ 1
Merci d'avoir si bien traduit l'impression que j'ai également éprouvée tout au long de cette soirée. Mélange d'intérêt et d'admiration pour l'engagement du chef, pour la virtuosité de l'orchestre, pour la distribution largement convaincante, et pour le plaisir d'entendre deux Mozart pour un seul annoncé et d'agacement quand trop c'est trop, quand Currentzis semble avant tout soucieux de faire le show en tripatouillant un opéra avec des ajouts qui ne sont pas inintéressants mais qui ne sont, par principe, acceptables que sous un autre titre que celui affiché.
Cela étant dit je suis plutôt contente d'avoir pu assister à cette soirée, qui ne peut laisser indifférent.

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