Rameau - Les Indes galantes - Degand - vc - Sablé - 25/08/2017

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Rameau - Les Indes galantes - Degand - vc - Sablé - 25/08/2017

Message par Adalbéron » 25 août 2017, 12:02

Les Indes galantes
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) - Livret de Louis Fuzelier (1672-1752)
Opéra-ballet en un prologue et quatre entrées
(Version « condensée » de 1h45)

LA DIANE FRANÇAISE
Stéphanie-Marie Degand direction
Version de concert
Créé le 23 août 1735 à l’Académie Royale de Musique et de Danse de Paris

Chantal Santon-Jeffery soprano
Mathias Vidal ténor
Agathe Peyrat soprano
Thomas Dolié baryton
François Joron taille

Alice Piérot, Benjamin Chénier, Rozarta Luka, Elsa Moatti,
Suzanne Durand-Rivière, Yan Ma, Sophie de Bardonneche
violons
Christophe Robert, Lucia Peralta altos
Antoine Touche, François Gallon,
Alberic Boullenois
violoncelles
Ludovic Coutineau contrebasse
Antoine Torunczyk, Gabriel Pidoux hautbois
Amélie Michel, Sarah Van der Vlist flûtes
François Charruyer basson
Keyvan Chemirani percussions
Violaine Cochard chef de chant, clavecin

Production Festival de Sablé - Avec le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles

Ce concert sera diffusé en différé sur France Musique.
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Rameau - Les Indes galantes - S.-M. Degand (La Diane Française) - VC - Sablé - 25/08/17

Message par Adalbéron » 01 sept. 2017, 11:06

L’édition 2017 du festival de Sablé-sur-Sarthe (la trente-neuvième édition) était consacrée à l’orientalisme dans la musique baroque, des années 1670 aux années 1740 environ.

C’est à partir de la fin du XVIIe siècle qu’apparaît en France un attrait pour l’exotisme, pour l’orientalisme en particulier, notamment après la venue en 1669 à Saint-Germain-en-Laye de l’ambassadeur du Grand Turc, qui inspira à Molière quelques scènes de sa célèbre comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme. Cette vogue pour les « turqueries » et les « perseries » est, à partir des années 1690 et jusqu’aux années 1730, alimentée par des récits de voyage, des témoignages de diplomates revenant de Constantinople et par la publication de la « traduction » des Mille et une nuit par Antoine Galland qui s’échelonne sur 14 ans, de 1704-1717. Tout ceci contribuent au développement d’un véritable imaginaire spécifique, d’un corpus de fantasmes et de lieux communs faisant notamment apparaître ces lointaines contrées comme des terres de voluptés.
Les Indes galantes est la deuxième grande œuvre pour la scène de Rameau, opéra-ballet créé en 1735, soit deux ans après Hippolyte et Aricie, sa première tragédie lyrique. L’opéra-ballet était alors un genre en vogue où la danse retrouvait une place tout aussi, voire plus importante que le chant et le récitatif — une place qu’elle avait moindre dans la tragédie lyrique lulliste — et dont Campra, avec son Europe galante créé en 1695, avait été le grand initiateur. Cette forme spécifique impose en général l’écriture d’un prologue et de plusieurs entrées distinctes dont l’unité est uniquement thématique. L'unité des Indes galantes est donc précisément la thématique exotique.
Rameau, pour la rédaction du poème de son œuvre, fit appel à Louis Fuzelier, poète et dramaturge à la mode. L’œuvre comporte un prologue et quatre entrées, dont la dernière (« Les Sauvages ») fut ajoutée a posteriori : l’action du « Turc généreux » et de « Les Fleurs » se déroulent dans les Indes orientales, tandis que celle des « Incas du Pérou » et des « Sauvages » se déroulent dans les Indes occidentales, en Amérique. Fuzelier affirme néanmoins dans sa préface vouloir s’éloigner d’un exotisme fantaisiste, d’un pittoresque de pacotille, mais il faut cependant remarquer que c'est bien l'imaginaire exotique qu’il convoque qui lui permet de présenter des situations transgressives (dans la première version du poème, un homme se déguisait en femme dans la troisième entrée), et surtout extra-ordinaires, propres à divertir.

Il a malheureusement été nécessaire d'adapter l'œuvre aux exigences du Festival de Sablé (le concert ne pouvait dépasser deux heures) et à l'effectif instrumental que La Diane française avait à sa disposition : la troisième entrée, « Les Fleurs », est coupée (une « perserie », pourtant), presque toutes les parties chorales sont supprimées, à l'exception de quelques unes, assurées par les cinq solistes. On rappellera cependant que ce type d'adaptation étaient monnaie courante à l'époque de Rameau, et que Rameau lui-même en a proposé plusieurs sous la forme de « concerts », dans lesquels il n’a gardé que certains morceaux significatifs et réduit la partition orchestrale à quelques parties, adaptables en fonction des instruments à disposition.

Si le concert donné au Centre culturel de Sablé-sur-Sarthe a été une grande réussite, c’est en grande partie grâce aux forces de La Diane Française dirigée par Stéphanie-Marie Degand. Formation nouvellement créée, en 2016, elle est constituée d’instrumentistes d’exception transportés par une énergie et une ivresse communicatives. Les timbres riches des instruments et les dynamiques orchestrales sont rendus avec relief et densité par Stéphanie-Marie Degand qui d’un geste éloquent trace les angles et les volutes de cette musique. La scène de la tempête dans la première entrée est traitée avec une fougue inouïe, emportant l’auditeur dans une avalanche de sonorités et de contrastes sublimes. Si l’usage aussi régulier des percussions n’est sans doute pas d’une grande exactitude philologique, il a le mérite d’accentuer l’impact dramatique de certaines scènes et de contribuer à la jouissance auditive certaine du spectateur. On a rarement vu version de concert plus vivante et on espère que La Diane française redonnera cette œuvre en version intégrale, pour pouvoir apprécier leur remarquable travail dans la troisième entrée notamment.

La distribution vocale est en accord parfait avec la qualité et l’enthousiasme des instrumentistes de la Diane française et de leur cheffe. Chantal Santon-Jeffery possède un timbre velouté ravissant et une technique assurée qui lui permet de briller aussi bien dans les récitatifs que dans l’air virtuose final « Régnez, plaisirs et jeux ». On a pu cependant la sentir par moment un peu sur la réserve (peut-être devrait-elle plus s'appuyer sur le texte ?) et c’est bien dommage, car même mesurée, elle impressionne. On pardonnera à Mathias Vidal quelques imprécisions d’intonation lors de son entrée, car le chant est d’une classe immense et la diction formidable. D’ailleurs, tout au long de la représentation, le ténor gagne en assurance et en aplomb, jusqu’à donner dans la dernière entrée en Damon une interprétation d’anthologie. On ne sait que louer : la musicalité, l’art du dire, l’engagement dramatique… Un artiste formidable ! Thomas Dolié remplaçait Yoann Dubruque et il faut le féliciter, tant ce qu'il a présenté était abouti. Bien sûr, il a quelques faiblesses ici et là, des graves peu présents dans Huascar, un certain « relâchement » par endroits, mais quelle présence et quelle assurance ! Le timbre est de surcroît très beau, la diction bonne et il est remarquablement réjouissant de voir allié à une telle musicalité, un tel engagement dramatique (physique et vocal). La jeune Agathe Peyrat nous a elle aussi offert un chant ravissant : le timbre est un peu vert, acide, la technique peut-être encore à parfaire, mais quelle visible joie de chanter ! Une artiste à suivre dans son évolution. François Joron paraissait un peu en retrait par rapport à ses partenaires, tant vocalement que dramatiquement, sans doute parce qu'il était tendu, ou bien en mauvaise forme.

On ne peut en tout cas que vous inviter à écouter la captation de ce concert réjouissant lorsqu'elle sera diffusée sur France musique !

Clément Mariage
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