Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

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JdeB
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Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par JdeB » 07 juin 2017, 07:06

Le Timbre d'argent de Saint-Saëns

François-Xavier Roth / Guillaume Vincent
Décors James Brandily
Costumes Fanny Brouste
Lumières Kelig Le Bars
~
Circée Raphaëlle Delaunay
Hélène Hélène Guilmette
Rosa Jodie Devos
Spiridion Tassis Christoyannis
Conrad Edgaras Montvidas
Bénédict Yu Shao

Coproduction avec Palazzetto Bru Zane, Venezia; Oper Köln

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Edgaras Montvidas (Conrad) Raphaëlle Delaunay (Circé/Fiammetta) Tassis Christoyannis (Spiridion)

Opéra-Comique, le 9 juin 2017

Comme l’écrivait le critique de la Revue et gazette musicale de Paris de février 1877 : « Jamais opéra ne subit plus de transformations, ne rencontra plus d'entraves, ne fut essayé par plus de compositeurs et offert à plus de théâtres que ce malheureux Timbre d'argent. Il n'y a guère moins de vingt ans, en effet, que le livret fut confié à un musicien qui occupait alors une bonne position dans le monde musical. M. Xavier Boisselot, car c'était lui, qui avait déjà écrit une bonne partie de l'ouvrage, lorsqu'on lui retira le poëme pour le donner à un compositeur allant plus vite en besogne. Est-ce M. Gounod, est-ce M. Litolff qui reçut ce poëme des mains de M. Boisselot ? Peu importe de savoir qui l'eut le premier, puisque tous deux, après s'y être essayés, y renoncèrent ou en furent dépouillés à leur tour au bénéfice d'un quatrième larron. Celui-ci était M. Camille Saint-Saëns, qui guignait depuis trop longtemps un poëme d'opéra pour laisser échapper celui qui lui tombait du ciel. Il s'y mit avec tant d'ardeur et mena son travail si rondement, qu'il put bientôt soumettre sa partition à un directeur; mais dix belles années s'étaient déjà écoulées depuis que cet opéra, comme au jeu du furet, courait de main en main et de pupitre en piano. »
Reproduisons ici le résumé du livret J. Barbier et M. Carré paru dans Le Monde artiste du 3 mars 1877 : « Conrad, jeune peintre de Bohême, est dominé par la soif de l'or; cependant le bonheur est là, sous sa main: il possède un ami fidèle et dévoué; de plus une charmante jeune fille — sous les traits de Mlle Salla — l'adore; mais il ne voit rien. Il a même un talent naissant qui pourrait grandir par le travail, car on loue déjà sa peinture, mais cette voie est trop lente, il lui faut la richesse immédiate. C'est qu'il a vu Fiammetta, la célèbre ballerine, sans coeur, dit-on, sinon sans reproches, dont il s'est enamouré. Dans la fièvre il a fait son portrait de souvenir, son sang brûle, l'amour le dévore, et le médecin vient d'annoncer pour la nuit un accès des plus violents. Plongé dans son rêve, Conrad s'endort profondément. C'est alors que Méphistophélès paraît, que le portrait de Fiammetta s'anime, sort de son cadre et après maintes séductions place devant lui un terrible talisman, le timbre d'argent. « Ce timbre est à toi, dit le diable; qu'à ce glas de mort tombe une victime ! un flot d'or paiera de son crime l'aveugle hasard ». La vision disparaît; Conrad s'éveille, aperçoit le timbre, le frappe, un cri lamentable se fait entendre ; c'est le vieux Stadler qui vient de mourir sur le seuil de la maison, mais un flot d'or ruisselle, Conrad est riche. Dans les actes suivants, Conrad poursuit la dangereuse Circé, qui, instrument de Méphistophélès, l'entraîne à faire de nouveau usage du Timbre d'argent. Après de nombreuses aventures, Conrad, bourrelé de remords, revient à son humble maison, qu'il n'eût jamais dû quitter; il apprécie seulement le bonheur qu'il a délaissé, mais il est trop tard : il appartient à l'enfer, et meurt.
Au dernier tableau, on revoit l'atelier. Le jeune peintre est toujours endormi ; ses amis guettent son réveil avec anxiété. Enfin il ouvre les yeux; le docteur annonce que la crise est passée et qu'elle ne se renouvellera plus. Conrad, en effet, est guéri, car il presse ses amis, dans ses bras, et il épousera la tendre Hélène !
Il est bien entendu que le public n'est pas dans le secret de la comédie et que, jusqu'à la dernière scène, il considère ce cauchemar comme une réalité. »

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Ce livret conjugue donc le mythe de Faust et celui de Pygmalion avec des réminiscences de ceux de La Muette de Portici, de La Traviata (détresse personnelle / liesse populaire un jour de fête), d’Hamlet et de divers ouvrages « diaboliques ». Il évoque pour nous les Contes d’Hoffmann dérivés de la pièce du même tandem de librettistes datant de 1851. Comme on pouvait le lire dans l’article du Monde artiste déjà cité, « Le poème, d'une couleur fantastique assez attrayante (…) est très-décousu, partant d'une compréhension difficile, et, comme il arrive toujours quand il s'agit de songes ou d'hallucinations, le réveil et la conclusion, si brièvement qu'on les traite, semblent d'une froideur glaciale après les catastrophes plus ou moins émouvantes du drame. »

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L’œuvre est donnée dix-huit fois à Paris en 1877 avant une reprise en février 1879 à la Monnaie avec le grand Soulacroix en Spiridion. Au début du siècle, dans les années 1904 et 1905, elle fait son entrée au répertoire en Allemagne (Eberfeld, Cologne, Berlin). Mais les représentations les plus somptueuses ont eu lieu sur le Rocher à la fin de la saison 1907 qui culmina par un festival diabolique déployé comme un triptyque unissant le Mefistofele de Boito avec Chaliapine, la Damnation de Faust avec Rousselière et Maurice Renaud et la création locale du Timbre d’argent. Comme à son habitude Raoul Gunsbourg avait réuni une distribution de très haut vol qui affichait le premier ténor de l’Opéra-Comique, Edmond Clément, modèle absolu de style et d’élégance, si prisé de Toscanini et Hector Dufranne, le premier Golaud qui créa aussi Le Chemineau, Fortunio, Thérèse, L’Amour des trois oranges et Les Tréteaux de Maître-Pierre, sans oublier l’illustre danseuse étoile Carlotta Zambelli surnommée « la Grande Mademoiselle ». La dernière reprise notable date de mars 1914 où la Monnaie proposa une version révisée de l’ouvrage pour trois représentations seulement.

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La partition elle aussi sort d’un creuset d’influences diverses comme le souligne François-Xavier Roth dans le programme de salle : « La partition offre, parfois dans un jeu de références plus ou moins assumées, plusieurs types de rapports de la musique au texte : comme chez Wagner l’usage du chromatisme (dans les airs de Spiridion, avec un traitement de la voix qui peut me faire penser au Hollandais volant), comme chez Massenet un traitement très lyrique de l’expression passionnée (dans les airs de Conrad), comme chez Gounod des pages chorales élaborées, comme chez Rameau – on peut remonter jusqu’à cette grande tradition française – (…). Mais on trouve aussi des clins d’œil à Offenbach, à Berlioz... bref, c’est une musique des goûts réunis ! C’est digne de Saint-Saëns, qui était une véritable éponge musicale »
Si l’écriture vocale se ressent du caractère hybride de l’ouvrage au carrefour du ballet, de l’opérette, de l’opéra-comique de registre fantastique, elle brille par son orchestration. Redonnons la parole au chef pour en cerner la spécificité : « L’écriture est virtuose, avec une mise à l’extrême des instruments. Les cors sont mis à rude épreuve, aussi bien le cor naturel que Saint-Saëns affectionne, comme Brahms, que le cor à pistons, sollicité au maximum de ses possibilités. Les instruments sur lesquels jouent les musiciens des Siècles, fabriqués dans les années 1870-1890, sont très typés pour répondre aux nombreux solos que Saint-Saëns leur réserve. Ils composent un orchestre très coloré, avec une batterie de percussions, orchestre qui déborde de la fosse et se propage partout. Saint-Saëns implique en effet un orgue (qu’on remplace par un accordéon, plus mobile), une musique de scène, des passages interprétés côté public. (…) l’acoustique de ce théâtre permet de tourner une bonne partie de l’orchestre vers la scène, en avançant le pupitre du chef au milieu de la fosse. Cela permet, comme au XIXe siècle, un contact entre l’ensemble des interprètes. La balance s’établit entre les volumes sonores de la fosse et du plateau avec un naturel extraordinaire, très propice aux nuances. »
Dans le même programme de salle Gérard Condé met en exergue les moments les plus réussis : « la partition contient assez de pages remarquables et/ou inspirées pour ne pas laisser faiblir l’attention : la tendre Mélodie de Bénédict « Demande à l’oiseau » ; l’air agité de Conrad « Dans le silence et l’ombre », si original jusqu’à son accompagnement de cordes avec sourdines (y compris pour le forte « A vous, Rois de la terre » où l’on attendrait plutôt les trombones !) ; la cavatine de Conrad « Nature souriante » et son duo qui suit avec Hélène, d’une vivacité charmante, délicieusement écrit comme avec la pointe d’une aiguille ; la Valse et la Ballade de Spiridion « Sur le sable brille ».

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La distribution de ce soir est dominée par le Spiridion protéiforme de Tassis Christoyannis qui « raimondise » à qui mieux mieux avec une verve, un charisme et une aisance scénique confondantes tirant le meilleur parti d’un rôle en or. Edgaras Montvidas brille lui aussi par ses talents d’acteur et incarne avec beaucoup de vaillance et un engagement sans faille la double postulation de Conrad, personnage central et omniprésent. Si son timbre parfois rêche et anguleux, privé de sève et avare de couleurs, n’est pas des plus séduisants, le musicien fait montre d’un excellent niveau. Louons l’exquise musicalité de Yu Shao à la voix suave et ductile. Les rôles de femme sont plus en retrait mais Hélène Guilmette et Jodie Devos y déploient malgré tout leurs habituelles qualités faites de charme discret, de probité et de finesse musicale avec les voix charmantes qu’on leur connaît. La Fiammatta de Raphaëlle Delaunay a tout du serpent qui danse et qui terrasse.

François-Xavier Roth dirige de main de maître cette rareté et éclaire tous les chatoiements profus de la partition tandis que la production de Guillaume Vincent, toute d’allant et de scintillements divers, se montre à la fois brouillonne et diablement efficace, « machinant » un théâtre très dynamique mais peu créatif, sans véritable idée forte mais d’une vivacité de cascade.

Jérôme Pesqué

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 09 juin 2017, 22:30

Quand est-ce qu'on redonne la Reine de Chypre ?
“Plus on ira, moins il y aura de centenaires qui auront connu Napoléon 1er.” Alphonse Allais.

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par Adalbéron » 09 juin 2017, 22:40

PlacidoCarrerotti a écrit :
09 juin 2017, 22:30
Quand est-ce qu'on redonne la Reine de Chypre ?
À ce point ? 8O
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 09 juin 2017, 22:54

Partition laborieuse avec quleques idées et beaucoup de tunnel.
Un livret pour enfants.
Mise en scène compilées d'idées chopées à la Foirfouille mais qui constitue un spectacle qui se tient.
Christoyannis et Chao très bien.
Direction enthousiaste.
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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par JdeB » 10 juin 2017, 09:55

je viens de publier ma critique en tête de ce fil.

Signalons la présence hier soir de Laurence Equilbey, de Pascal Dusapin, de JF Heisser et d'Hugues Gall.
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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par kirby » 10 juin 2017, 11:15

PlacidoCarrerotti a écrit :
09 juin 2017, 22:30
Quand est-ce qu'on redonne la Reine de Chypre ?
+ 1 !!!

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par charles_arden » 10 juin 2017, 11:38

+2
et Proserpine !

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par Efemere » 10 juin 2017, 13:26

Le programme de salle indique une durée estimée de trois heures, entracte compris. Est-ce bien ça ? Merci.

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par Asvo » 11 juin 2017, 11:07

Troisième opéra donné par le nouvel Opéra Comique, troisième oeuvre pas jouée depuis plus de 100 ans nous a-t-on annoncé en début de représentation.

C'est une partition que j'ai trouvée difficile à comprendre. Après une ouverture très très enthousiasmante, le début du premier acte m'a ennuyé à mourir : des tunnels, une partition d'abord comme un long récitatif continu, puis interrompue par des airs, peu de cohérence au final.

Tout au long de l'opéra, de magnifiques moments (les ensembles sont, musicalement, très beaux, de même que les duos voix/danse entre Conrad et Fiammetta), mais quelle construction étrange ! On a l'impression d'une mauvaise reconstruction de l'Acte de Venise des Contes d'Hoffmann. L'ambiance est la même, les scènes comme la scène du jeu, les personnages, tout fait penser à Offenbach. Sauf que, là où le moment devrait être le plus dramatique possible, le comique de la musique se met à trancher totalement avec l'action dramatique. Un peu comme si Offenbach avait mis le "Galop infernal" d'Oprhée à la place du "Voyez, voyez, il n'a plus de reflet" des Contes...

Sinon, d'accord avec ce qui a été dit au-dessus, Christoyannis et Yo Shao étaient vraiment au top, et le reste de la distribution d'une belle homogénéité.

À réécouter par morceaux, car il y a de petites pépites dans cette partition (notamment les airs de Bénédict).

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Re: Saint-Saëns - Le Timbre d'argent - Roth/Vincent - OC - 06/2017

Message par PlacidoCarrerotti » 11 juin 2017, 12:46

Il y a aussi des pages de remplissage.

Par exemple l'air "De Naples à Séville" (le seul que je connaissais car je l'ai en cylindre par son créateur Soulacroix et a priori il n'a pas été reporté en CD).
Air bouffe chanté par un inconnu qui enlève son déguisement à la fin : Ciel ! C'est le méchant !

L'air serait coupé que ça ne changerait rien à la progression dramatique.
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