Verdi-Rigoletto-Böer/Toffoluti-Nice-05/17

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romance
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Verdi-Rigoletto-Böer/Toffoluti-Nice-05/17

Message par romance » 19 mai 2017, 15:30

Direction musicale : Roland Böer
Mise en scène, décors, costumes et lumières : Ezio Toffolutti
Le duc de Mantoue : Jesús León
Rigoletto : Federico Longhi
Gilda : Mihaela Marcu
Sparafucile : Philippe Kahn
Maddalena : Héloise Mas
Giovanna : Karine Ohanyan
Monterone : Thomas Dear
Marullo : Guy Bonfiglio
Matteo Borsa : Frédéric Diquero
Le comte de Ceprano : Mickaël Guedj
Un page : Eva Fiechter

Orchestre Philharmonique de Nice
Choeur de l'Opéra de Nice
Nice, le 10 mai 2017

Verdi écrivait à Antonio Somma : « Pour moi, le meilleur sujet, quant à l’effet, que j’aie jamais mis en musique (je ne parle pas du mérite littéraire ou poétique) est Rigoletto. Il y a des situations très fortes, du brio, du pathétique, de la variété. Toutes les péripéties naissent d’un personnage léger, libertin : le Duc, d’où les craintes de Rigoletto, la passion de Gilda, etc.., qui donnent lieu à d’excellents moments dramatiques, et entre autres à la scène du quatuor qui, pour l’effet, restera toujours l’une des meilleures de notre théâtre. »
Une triple thématique structure le livret : - « La malédiction » (titre primitif de l’œuvre) quasi obsessionnelle, qui sous-tend l’œuvre entière, - « la dissimulation » (Rigoletto cache sa rage de n’être que bouffon : « ... Oh rage… être difforme ! Oh rage… être bouffon ! ». Il cache aussi sa paternité ; Gilda, elle, cache son amour pour le Duc qui lui, cache sa véritable identité et - « la nomination » : « interrogation lancinante de l’ouvrage », écrit A. Arnaud dans l’Avant-Scène Opéra -, qui sous-tend les rapports des protagonistes « Qual nome avete ?» - « A che nomarmi ? E inutile ! » - Il nome vostro ditemi », « Caro nome », « Nome de lui si amato » et bien-sûr l’échange entre Sparafucile et Rigoletto : « Il suo nome ? Egli e Delitto, Punizion son io ».
« Rigoletto - lit-on sur le programme de l’Opéra de Nice -, ... est sans doute le premier ouvrage de Verdi à se défaire des parures héroïques et martiales des opéras de jeunesse pour s’attarder, dans des duos d’une beauté ineffable, sur ces rapports père/fille qui exaltent la palette du compositeur".

Quelle brillante direction que celle de Roland Böer ! Les premiers mots qui viennent à l’esprit sont implication et direction discursive.
Tout en étant acteur des moments dramatiques, Roland Böer réussit à mettre en exergue le forte comme les pianissimi. Un des musiciens à la sortie, évoquait avec pertinence le "regard musicalement signifiant » de Roland Böer.

Parler de la palette de Verdi ds l’introduction, renvoie à la palette du metteur en scène. Parce qu’Ezio Toffolutti est metteur en scène, mais aussi peintre. C’est en 1973 qu’il réalise ses premiers décors au Volksbühne de Berlin-Est et devient un proche collaborateur de Benno Besson pour lequel il créa les décors et costumes pour maintes scènes européennes. Il y utilisait, selon le programme, « la vision aérienne des époux Mantegna". Dans la m.e.s. de Rigoletto, il oublie les couleurs de sa palette pour nous proposer une vision monochrome, tachée ici et là d’un point de couleur. Il s’inspire de la fresque « L’apothéose de saint Pantaleone » d’Antonio Fumiani : http://theswedishparrot.com/lapotheose- ... e-fumiani/, dans une perspective totalement destructurée. Il semble que nous soyons les spectateurs de la fresque monochrome, vue en contre-plongée de personnages peints en contre-plongée, avec, cependant, des espaces ouverts fuyant sur une autre dimension plus horizontale (et la présence au fil des actes, d’un triangle, d’un carré et d’un cercle). C’est, intellectuellement surprenant. C’est esthétiquement très réussi.
D’où « participons»-nous ? Pourquoi ce renversement ? Alberto Tomiolo écrit que Toffoluti a « réussi à renverser cette exubérance coloristique sacrée en la transformant en un gouffre monochrome infernal. » C’est donc le monochrome qui devient infernal. Ainsi, Toffoluti parvient-il à l’élever "dignement " au rang de cette « malédication » que Rigoletto a lui-même déclenchée.
Soulignons sa direction d'acteurs remarquable.

Jesús León dessine un Duc plutôt juvénile à qui il manquerait un peu plus de prestance ou d’arrogance. Timbre clair, belle projection, bel engagement. « La donna e mobile » manque un peu de la morgue qu’on peut y attendre. Quand il a commencé à déboutonner sa chemise, je me suis demandé si nous allions avoir la divine surprise d’Arturo Chacun-Cruz à Aix, dans la mes de Carsen. Ce ne fut pas le cas !
Federico Longhi a effectué sa prise de rôle à Vérone, en mars 2016 ; il déclarait dans une interview que « la musique est un moyen d’arriver à tous les cœurs et à toutes les personnes qui veulent écouter, parce qu’il existe un fil conducteur qui passe de lui au public ». Il est évident que pour sa seconde prestation, à Nice, il y réussit, par sa voix chaude, bien timbrée, son jeu de scène approprié, son phrasé précis. Louons sa belle interprétation de l’arioso « Miei signori.. » et du duo de la VI° scène.
Mihaela Marcu endosse pour la seconde fois le rôle de Gilda avec beaucoup de charme et de conviction. Elle va certainement continuer à évoluer pour gagner en aisance ce qu'elle donne en attention à assurer sa ligne de chant.
Philippe Kahn possède un beau timbre de basse et campe un Sparafucile convaincant.
La chevelure rousse d'Héloïse Mas, sa robe rouge dans ce décor noir et blanc, son charisme, sa voix chaude, bien projetée font qu’elle donne un relief tel à son personnage ... qu’on finit par attendre ses interventions !
Karine Ohanyan intègre son rôle si simplement, qu’elle semble être naturellement à sa place.
Thomas Dear (Monterone) fait une entrée puissante par l'arrière de la salle ; sa progression vers le plateau, la remarquable projection de sa voix profonde de basse, annoncent la fureur et la malédiction.

Les troisièmes rôles sont excellents, aussi bien le Comte de Ceprano de Mickaël Guedj, le Marullo de Guy Bonfiglio que le Matteo Borsa de Frédéric Diquero.

Au total, devant une salle comble, l'Opéra de Nice terminé sa saison par une production cohérente et harmonieuse avec des moments de grande beauté dont le quatuor "bella Figlia dell'amore", grâce à un chef inspiré, des interprètes impliqués et un chœur superlatif : une véritable réussite d'ensemble.

Aurélie Beltrame-Cristiani

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Crédit photos Dominique Jaussein

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