Rossini - Il Signor Bruschino - Pérez-Sierra/Criqui - ONR- 05/17

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Piero1809
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Rossini - Il Signor Bruschino - Pérez-Sierra/Criqui - ONR- 05/17

Message par Piero1809 » 15 mai 2017, 08:48

Il Signor Bruschino
Gioachino Rossini

José Miguel Pérez-Sierra, Direction musicale
Jean-Michel Criqui, Mise en scène

Georgios Papadimitriou, Gaudenzio
Francesca Sorteni, Sofia
Emmanuel Franco, Bruschino senior
Diego Godoy, Commissaire de police
Camille Tresmontant, Florville
Antoine Foulon, Filiberto
Coline Dutilleul, Marianna.

Orchestre symphonique de Mulhouse
Tommaso Turchetta, Tokiko Hosoya, continuo

Production de l'Opéra-Studio de l'ONR (Coach Vincent Monteil)

Il signor Bruschino, farsa giocosa en un acte sur un livret de Giuseppe Foppa, est le dernier des cinq opéras bouffes en un acte composés par Rossini entre 1810 et 1813. Il fut créé au Teatro San Moise de Venise le 27 janvier 1813. Il est le troisième de ce groupe monté par l'Opéra Studio après L'occasione fa il ladro (1812) et Il Cambiale di Matrimonio (1810).

Il est bon maintenant de lever un malentendu. On dit souvent que Rossini aurait repris le flambeau de Mozart dans ses opéras de jeunesse. Pourtant, une écoute attentive montre qu'il n'y a pas grand chose de commun entre Rossini et le salzbourgeois. Par contre un lien stylistique évident le lie à Domenico Cimarosa. Tous deux parlent la même langue : on retrouve chez le jeune Rossini les tournures musicales, le talent mélodique et la vivacité de l'auteur du Matrimonio segreto (1792) ou de Gli Orazi e i Curiazi (1796), et d'un autre compositeur de grand talent, oublié de nos jours : Valentino Fioravanti (1764-1837). Ce dernier est l'auteur d'une éblouissante comédie Le Cantatrici villane qu'à l'aveugle on pourrait confondre avec Rossini à son meilleur !

Il signor Bruschino se distingue cependant des quatre autres farces précitées. Alors que ces dernières regardent encore du côté de l'opéra bouffe du 18ème siècle de Paisiello, Cimarosa et consorts, Il signor Bruschino marque une évolution nette vers un langage musical plus ambitieux, original, hardi et une plus grande virtuosité. Dans la sinfonia, on remarque l'utilisation de l'archet col legno pour produire un effet percussif surprenant. Le vaste terzetto bouffon Per un figlio gia pentito, est un des sommets de l'opéra. De dimensions inusités et d'une folle virtuosité, il annonce les grandes scènes des opéras futurs. Les trois protagonistes utilisent à des fins comiques un débit ultra rapide et la scène se termine dans l'agitation la plus fébrile. Dans le remarquable duetto entre Sofia et Gaudenzio, E un bel nodo, la soprano atteint un contre fa (Fa 5). Des modulations audacieuses donnent beaucoup de relief à l'air de Gaudenzio : Nel teatro del gran mondo,...Malgré ces qualités, la musique de Rossini à cette époque de sa carrière, me semble plutôt convenue et manque cruellement dc cet esprit aristophanesque qui sévit dans les meilleures comédies de Cimarosa et de Paisiello. Bien que le génie futur de Rossini ne semble pas encore se révéler pleinement dans Il signor Bruschino, il s'agit cependant d'une œuvre dont la musique très agréable compense quelque peu un livret tiré par les cheveux que je trouve personnellement assez indigent. Les personnages sont effectivement des fantôches auxquels on ne croit pas une seconde.

Image
Filiberto, Gaudenzio, Commisaire, Florville, Sofia, au premier plan Bruschino senior. Photo Alain Kayser

Avec des décors très simplifiés et l'orchestre sur le plateau, la mise en scène de Jean Michel Criqui met l'accent sur la caractérisation des personnages et sur les ressorts de la dramaturgie. Un dispositif ingénieux, simple porte posée en plein milieu de la scène, matérialise les entrées et sorties des personnages qui dans l'opéra bouffe sont réglées avec minutie au rythme des évènements qui se succèdent. Une excellente direction d'acteurs fait le reste. Cela nous donne un spectacle très enlevé, pétillant et constamment drôle.

Le rôle de Sofia est peut-être le plus acrobatique de la partition. Francesca Sorteni l'incarna avec maestria. Son air avec cor anglais obligé Ah ! Donate, il caro sposo, un des plus difficiles de la partition, fut chanté avec beaucoup de verve et de brillant. Sa voix au timbre très séduisant se joua des vocalises périlleuses dont cet air est truffé. Elle fit montre pendant toute la pièce de beaucoup d'engagement. Camille Tresmontant (Florville) lui donna la réplique avec grand talent de sa voix de ténor bien timbrée et se montra très à l'aise dans son bel air Deh ! Tu m'assisti, amore avec une belle ligne de chant et beaucoup de sentiment. On avait là un beau couple d'amoureux, chose essentielle dans l'opéra. Georgios Papadimitriou (baryton-bass), qu'on avait applaudi dans le rôle de Dulcamara dans L'Elisir d'amore, joua avec autoritét le rôle de Gaudenzio, tuteur de Sofia. Il m'impressionna beaucoup avec sa voix à la projection insolente. Son grand air Nel teatro del gran mondo, fut un modèle du genre avec ses propos moralisateurs sur la vanité des passions humaines. Le rôle titre fut tenu par Emmanuel Franco (baryton), c'est le traditionel basso buffo, le barbon quelque peu stéréotypé de l'opéra comique italien, il demande à la fois une grande aisance vocale et un tempérament comique qualités qu'Emmanuel Franco possède indiscutablement. Sa prestation constamment ponctuées par l'exclamation Che caldo (quelle chaleur) déclencha le rire chez les spectateurs. Notons ici la qualité du fameux terzetto auquel participèrent les trois chanteurs précités. L'aubergiste Filiberto fut chanté avec verve et conviction par Antoine Foulon, baryton. C'est Coline Dutilleul qui chanta avec charme le rôle de Marianna. Enfin le commissaire de police et Bruschino junior furent joués avec verve et humour par Diego Godoy dont il faut signaler qu'il fut Florville dans d'autres représentations.

C'est un orchestre de chambre sans trompettes ni timbales qui accompagne les chanteurs. Elégant et spirituel cet orchestre qui est encore celui de l'époque classique et de l'Ancien Régime contraste avec la quincaillerie (les trombones à toute volée, la grosse caisse et les cymbales) qui caractérisera bientôt les opéras futurs de Rossini ainsi que ceux de ses suiveurs français (Auber, Hérold, Adam). Très belle exécution de l'orchestre symphonique de Mulhouse sous la baguette inspirée de José-Miguel Perez-Sierra.
Superbe production de l'Opéra Studio!

Pierre Benveniste

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Peleo
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Re: Rossini - Il Signor Bruschino - Pérez-Sierra/Criqui - ONR 12/05/17

Message par Peleo » 15 mai 2017, 23:54

Formidable souvenir de Pratico et de ses "che caldo!'. Il faut dire qu'il faisait très chaud à Pesaro cette année là et que toute la salle était en sueur.

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