Puccini – Tosca – Vienne - Gullberg Jensen/Wallmann 05/2017

Représentations
Répondre
RODELINDA
Soprano
Soprano
Messages : 65
Enregistré le : 27 févr. 2014, 22:41

Puccini – Tosca – Vienne - Gullberg Jensen/Wallmann 05/2017

Message par RODELINDA » 12 mai 2017, 23:54

Giacomo Puccini - Tosca

Direction musicale: Eivind Gullberg Jensen
Mise en scène: Margarethe Wallmann

Floria Tosca: Angela Gheorghiu
Mario Cavaradossi: Jonas Kaufmann
Baron Scarpia: Marco Vratogna
Cesare Angelotti: Clemens Unterreiner
Spoletta: Wolfram Igor Derntl
Sacristain: Paolo Rumetz






Je reviens rapidement sur cette Tosca déjà amplement commentée l’an dernier et que beaucoup ont pu voir grâce au live stream gratuit de lundi dernier. Le retrait inattendu des deux stars du « dream team » annoncé continue à faire couler beaucoup d’encre et à alimenter les rumeurs les plus rocambolesques, pour ma part j’ai eu la chance d’assister à l’unique représentation où le couple Kaufmann-Gheorghiu était réuni (5 mai) et ce fut, pour l’essentiel, sans attendre tout à fait les sommets de l’an dernier, une magnifique soirée. Ce soir-là je n’ai pas noté dans le chant d’A. Gheorghiu de signe indiquant une quelconque indisposition, bien au contraire, ils étaient tous les deux très en voix, d’où l’immense déception qu’a engendré ce retrait. Ce qui m’a frappé en revanche, c’est leur attitude à tous les deux dans les duos – non pas qu’ils aient mal joué, loin s’en faut, mais chacun paraissait dans sa bulle et semblait se désintéresser totalement de sa/son partenaire, c’était d’autant plus frappant que le souvenir de leur admirable prestation de l’an dernier aux côtés de Bryn Terfel est encore très présent ici. Plus surprenant encore dans le cas de Jonas Kaufmann qui est d’ordinaire extrêmement engagé dans ce rôle – j’ai même entendu autour de moi certaines personnes grommeler qu’il était devenu « routinier » à force de le chanter. Pour moi, la vérité est sans doute ailleurs, car lors du live stream, il m’a semblé beaucoup plus libre et en phase avec sa partenaire Martina Serafin, qu’il a d’ailleurs chaleureusement félicitée lors des saluts. C’est dommage, car pour moi Kaufmann et Gheorghiu continuent à former un couple idéal pour cette œuvre et ce n’est pas seulement une question de beauté de timbre – Angela Gheorghiu non seulement maîtrise comme son partenaire à la perfection le phrasé puccinien mais elle possède aussi une personnalité vocale qui, malgré les limites de son instrument, lui permet d’embrasser toutes les facettes du personnages et en particulier celles que beaucoup de « grandes voix » tendent à escamoter – je pense surtout à la tendresse, à la poésie des duos d’amour du II et du III que servent à merveille sa voix souple et ductile, mais aussi à l’angoisse, la vulnérabilité de la femme traquée qu’elle reste au II et au III malgré son geste (où elle trop souvent représentée comme une « tigresse » déchaînée). Martina Serafin, c’est tout l’inverse : elle possède à priori davantage « la voix du rôle » avec son timbre de bronze et son émission puissante et charnue, elle joue merveilleusement bien, mais depuis quelques temps la voix donne des signes d’usure inquiétants (aigus durcis et instables), je pense notamment à sa Lady Macbeth en demi-teinte cet automne. En attendant la prise de rôle d’Anna Netrebko, Je ne vois pas trop qui, à l’heure actuelle, peut proposer une incarnation aussi séduisante que celle d’AG. Personnellement, je n’ai pas été convaincue par la Tosca d’Anja Harteros malgré des moyens vocaux exceptionnels et un engagement hors du commun – précisément parce qu’à l’inverse d’AG elle est, en termes de personnalité, assez éloignée du personnage. Elle a d’ailleurs plutôt déçu sur cette même scène en octobre dernier, aux côtés de Jorge de León.

Autre sujet qui fâche, le fameux bis du « Lucevan le stelle ». J’avoue avoir toujours des sentiments partagés, c’est vrai qu’il y a clairement une partie du public qui vient dans la ferme intention d’extorquer ce bis coûte que coûte, à grands renforts de cris, sifflements, chuintements et autres cris d’oiseaux, ce qui n’a pas été du goût de tout le monde, certains spectateurs excédés réclamant énergiquement le silence. A ce moment de l’œuvre, alors que la tension est à son comble, on peut juger ce « cirque « particulièrement mal venu. Lors du la représentation du 5, le public en a été pour ses frais car après 4 mn d’applaudissements frénétiques, lorsque le chanteur a levé la tête, les partisans du bis croyaient avoir obtenu gain de cause et ont hurlé de joie….et le chef a enchaîné….Je persiste à penser que c’est avant tout une question d’autorité du chef, un Pappano ou un Petrenko ne se laisseraient pas prendre au jeu si facilement… D’un autre côté, quand je lis des commentaires méprisants sur la vanité et le ridicule de l’interprète et sur l’« hystérie collective » qui « remplit iles caisses » je me dis qu’on vit, en somme, une bien triste époque où l’enthousiasme, lorsqu’il déchaîne les passions est forcément suspect, vulgaire, voire coupable. Difficile aussi d’y voir une dérive actuelle - Les viennois n’ont-ils pas toujours été des « Stimmfetischisten » invétérés ? Pour l’anecdote, lorsque A. Gheorghiu a fait son entrée (ponctuelle) au III, elle a été saluée par une salve d’applaudissements intempestive (clin d'oeil au coup d'éclat de l'an dernier), mais là encore que serait l’opéra, sans ces petits moments d’ironie, de folie et de discorde ? A noter que le numéro de mai du magazine Prolog contient un article qui évoque ce souvenir mémorable de mai 2016: "Jonas Kaufmann als Cavaradossi, Beispiel grenzenloser Begeisterung" https://issuu.com/wienerstaatsoper/docs ... 2/47905490).

Excellente surprise de la soirée, la performance de Marco Vratogna dont j’avais lu des critiques calamiteuses lors de sa récente prestation à Baden Baden, et qui offre ici une belle illustration de ce que peut donner un chanteur enfin libéré du fatras d’une mise en scène inadéquate et galvanisé par des partenaires au top : certes, son timbre un peu rocailleux n’a pas la séduction immédiate, la richesse organique de celui de B. Terfel qui faisait passer le grand frisson dès les premières notes mais il campe un personnage tout à fait convaincant dans la veine des Scarpia plus dandy élégant (grande aisance scénique) perfide et méprisant que monstre sadique – en cela il est d’ailleurs peut-être même plus proche du personnage original que le grand Bryn. La voix, qui n’est pas immense, ne manque pas pour autant de puissance et affronte sans faillir le mur orchestral dans le Te Deum, où le jeune chef norvégien commet une erreur que bien d’autres baguettes peu expérimentées ont commise avant lui face à un orchestre de ce calibre : à force de gonfler les voiles pour mieux souligner le drame, il déchaîne un déferlement de décibels qui ne sera pas sans effet pour les chanteurs, contraints souvent de forcer un peu. Vratogna a d’ailleurs plutôt mal commencé avec une première phrase malmenée par un vibrato envahissant (»un tal bacchano in chiesa ! »), il s’est bien ressaisi par la suite, en nous régalant surtout d’une déclamation fluide et naturelle, là où certains illustres collègues non-italianophones passent systématiquement au hachoir les passages parlando tel que «Tre sbirri, una carrozza…. » Si l’anthologique et terrifiant « Ebbbeeeeeeee-ne ? de Terfel est hors d’atteinte, il excelle dans les petites phrases où suintent le mépris et le sadisme du personnage comme son « Portatelo qui ! ».
Mention spéciales pour les excellents seconds rôles, en particuliers nos deux excellents barytons Clemens Unterreiner, Angelotti de luxe, et Paolo Rumetz, qui sans effacer la mémoire du regretté Alfred Šramek, interprète le rôle du sacristain avec un humour truculent.

Quant à Jonas Kaufmann, je l’avais entendu récemment à Munich dans Andrea Chénier où il donnait encore quelques signes inquiétants de fatigue vocale malgré une prestation globalement superbe – rien du tel ici, je dirais même que je ne l’ai encore jamais entendu déployer une telle puissance de feu sur cette scène (surtout le glorieux « la vita mi costasse », et les « vittoria » longuement tenus). Et même si le « lucevan le stelle » était ce soir-là un tantinet moins envoûtant que l’an dernier et ne justifiait pas forcément le bis, les piani magnifiquement projetés de « dolce mani » valaient à eux seuls le déplacement….Malgré son annulation, on peut espérer qu’il va aborder son Otello dans les meilleures conditions….

Avatar du membre
HELENE ADAM
Basse
Basse
Messages : 8195
Enregistré le : 26 sept. 2014, 18:27
Localisation : Paris

Re: Puccini – Tosca – Vienne - Gullberg Jensen/Wallmann 05/2017

Message par HELENE ADAM » 13 mai 2017, 11:47

Merci pour ton CR live
Sur le fil "retransmission" quelques impressions de la séance du 8 mai (avec bis :wink: ).

viewtopic.php?f=1&t=11421&start=2160#p313970

J'ajouterai, après avoir lu ton CR :
- que ton sentiment de malaise lors de la Première dans l'absence manifeste d'interaction entre Gheorghiu et Kaufmann a été très largement soulignée et commentée sur les réseaux sociaux par ceux qui étaient également à cette séance du 5 mai, tout comme d'ailleurs par la presse qui ne s'est pas privée d'y voir explicitement des séquelles de l'affaire de l'an dernier.
- que la voix de Kaufmann m'a paru également libérée de tout problème lors de la performance du 8 mai et même, qu'il se permettait des audaces dans les nuances qu'il ne se permet pas toujours en fonction (comme tout artiste :wink: ) de sa plus ou moins grande forme selon les soirs. Son deuxième Lucevan le stelle était d'ailleurs assez différent du premier lors du bis. Je pense aussi comme toi, que Petrenko (qui beaucoup d'autorité comme chef d'orchestre) s'était mis d'accord avec lui l'été dernier à Munich pour empêcher tout bis.
- que Vratogna était bien meilleur en Scarpia dans cette mise en scène que dans celle de Baden Baden. Sa partenaire -Sérafin en l'occurrence- qui joue très bien Tosca, était sans doute également plus adéquate pour l'acte 2 qui est le grand acte de Scarpia, que Opolais qui n'a pas réussi à incarner la diva.

Un très belle critique de la représentation du 8 mai qui rend hommage au Cavaradossi de Kaufmann mais aussi à la belle Tosca de Sérafin. :D
http://theoperacritic.com/tocreviews2.p ... a0517.html
Regarde spectateur, remontée à bloc, de telle sorte que le ressort se déroule avec lenteur tout le long d’une vie humaine, une des plus parfaites machines construites par les dieux infernaux pour l’anéantissement mathématique d’un mortel.

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 46 invités