Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Représentations
Répondre
Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20028
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Message par JdeB » 03 avr. 2017, 08:04

Die Zauberflöte
Version de concert

Siobhan Stagg, Pamina
Julian Pregardien, Tamino
Jodie Devos, La reine de la Nuit
Dashon Burton, Sarastro
Mark Omvlee, Monostatos
Sophie Junker, Première dame
Emilie Renard, Deuxième dame
Eva Zaïcik, Troisième dame
Camille Poul, Papagena
Klemens Sander, Papageno
Christian Immler, L’Orateur


Les Talens Lyriques
Chœur de l’Opéra de Dijon et Maîtrise de Dijon
Anass Ismat, Chef de Chœur
Etienne Meyer, Chef de la Maîtrise
Christophe Rousset, Direction
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Avatar du membre
EdeB
Dossiers ODB
Messages : 3093
Enregistré le : 08 mars 2003, 00:00
Localisation : Ubi est JdeB ...

Re: Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Message par EdeB » 05 avr. 2017, 18:11

Mozart - La Flûte enchantée (1791)
Livret d'Emanuel Schikaneder

Siobhan Stagg – Pamina
Jodie Devos – Reine de la Nuit
Julian Prégardien – Tamino
Sophie Junker – Première Dame
Emilie Renard – Deuxième Dame
Eva Zaïcik – Troisième Dame
Klemens Sander – Papageno
Camille Poul – Papagena
Dashon Burton – Sarastro
Mark Omvlee – Monostatos
Christian Immler – L'Orateur
Rafael Galaz – Premier Prêtre, Premier Homme armé
Yu Chen – Second Prêtre, Second Homme armé
Nina Zenasni-Cor – un Garçon
Rémi Meyer – un Garçon
Mathilde Gomis – un Garçon

Les Talens Lyriques
Chœur de l'Opéra de Dijon
Maîtrise de Dijon
Christophe Rousset – direction musicale

Philharmonie de Paris (Salle Pierre Boulez), 3 avril 2017.



La Flûte ré-enchantée


« Cimarosa pose la statue sur les planches & le soubassement dans la fosse d’orchestre ; au contraire, Mozart place la statue dans l’orchestre & le soubassement sur la scène. »
Grétry, définissant la spécificité de Mozart.
(selon un périodique anglais du XIXe siècle.)


Depuis ce 30 septembre 1791 qui inaugura une série de représentations interrompues par le décès du compositeur, en aura-t-on vu et entendu, des Flûte enchantée ! (Rien qu’en Allemagne fédérale, entre 1947 et 1975, ce Singspiel ne fut pas donné moins de 8 142 fois !) Des symphoniques, des mystico-tocs et tics, des sérieusement maçonniques, des circassiennes de haute volée, des hystériques, des viennoises chantilly (avec cerise fièrement enfoncée), des indigestes façon puddings mal cuits, des romantiques, des New Age, des baroquisantes grelottantes, des psychanalytiques, des égypto-maniaques, des pompeuses-et-circonstanciées, des len-en-entes, des rapides niagaresques, des speedées avec grand huit et double looping final, des adaptées en langue vernaculaire, des filmées, des transposées, des désenchantées, des transgressives, des… Enfin, tout ce qu’on peut imaginer dans une fosse d’orchestre ou sur un plateau d’opéra a sans doute été plaqué sur l’ultime chef-d’œuvre lyrique de Mozart. Preuve, s’il était encore besoin de l’affirmer, que le livret bricolé par l’avisé et habile homme de théâtre qu’était Emmanuel Schikaneder, surhaussé par la partition de Mozart, tend à l’universel et se prête à tout (et réciproquement).

Loués soient Isis et Osiris, Christophe Rousset ne s’est attaché spécifiquement à aucune de ces options. Dépouillant la partition de ces travestissements souvent désolants et de siècles de fausses traditions, il nous a offert Die Zauberflöte.

Tout simplement.

Parvenir à transformer cette caverne monstrueuse qu’est la Philharmonie en un petit théâtre des faubourgs viennois, en sa vérité première, voilà qui n’est pas donné à tous. En déchirant le voile qui rendait indistincts les miroitements serpentant et dansant au sein de la force impérieuse et sévère de cette Flûte tellement rebattue et massacrée, ainsi que son côté bigarré et foutraque dans sa diversité qui emprunte tant à l’opera seria qu’à la chanson populaire, au choral luthérien qu’aux réminiscences de burlette. Nous faisant éprouver, en une initiation renouvelée, la tendresse indulgence, l’enfantine malice, le sérieux métaphysique et l’ironie désabusée d’une partition où s’enchevêtrent un progressisme décapant et un ailleurs revendiqué. En ouvrant la béance fulgurante d’une transcendance vertigineuse dans une ouverture littéralement sidérante par sa brutale douceur et sa théâtralité vivifiante, en une succession de coups de tonnerre qui se font coups de foudre, pour se glisser par la suite aussi prestement dans le bouffe, le grotesque et le suavement susurré.

Donnant raison à Grétry, au sein des Talens lyriques, cordes fluides et véloces, bois irrésistibles (ces hautbois et clarinettes ! Mozart en eut été fou de joie) et cuivres goûteux (trompettes, trombones et cors dont les harmoniques se fondent telles des cercles s’élargissant dans l’eau), flûtes enchanteresses et glockenspiel mutin rivalisent pour nous faire cheminer dans un conte initiatique où la logique du rêve, tissée de constance et de disjonctions, se creuse d’ombres ardentes. En Orateur magistral, le conteur vif-argent qu’est Christophe Rousset jongle avec humilité et ferveur avec les aspects hétéroclites d’une œuvre où fusionnent tous les génies de Mozart (le profane et le sacré, le prosaïque et l’inspiré, le tiraillement du désir et la fusion des âmes), en en dévoilant l’intimité sans laisser choir un seul de ces aspects hétéroclites. Par un geste ample et précis qui respecte ces séquences successives et les fusionne en un grand tout où se retrouve le dess(e)in du Grand Architecte mozartien. Sans en oublier les silences…

Un ensemble de jeunes chanteurs talentueux incarne avec homogénéité et enthousiasme les protagonistes de ce récit intemporel. Tous occupent le plateau avec une aisance et une fluidité née des représentations de Dijon, où l’ouvrage vient d’être monté.
Le Tamino de Julian Prégardien infuse la générosité de son chant solaire d’une élégance retenue et virile, dans la juste lignée d’un Joszef Reti, par l’alliance d’une ligne de chant idéale et d’une sensibilité ardente. Sa Pamina, une délicieuse Siobhan Stagg au timbre clair et charnu, délivre un merveilleux «Ach, ich fuhl’s », poignant mais sans pathos exagéré. Jodie Devos, ceinte d’étoiles flamboyantes et contraires, laisse fuser l’oxymore de son désespoir rageur et pathétique en un intense maelstrom à l’époustouflante virtuosité. Klemens Sander est un Papageno plus cérébral que bon vivant, à la solide théâtralité, dont le chant se laisse emporter par la gouaille de l’orchestre. La Papagena joueuse et coquette de Camille Poul, étincelle même dans ses brèves apparitions. Mark Omvlee est un remarquable Monostatos, qui fait passer tout le désespoir des médiocres dans ses éclats de hargne et ses contorsions de révolte. On a rarement entendu un trio de dames aussi envoûtant : on leur abandonnerait le soleil sans confession… Sophie Junker (la sérieuse), Emilie Renard (la coquette) et Eva Zaïcik (l’ensorceleuse), même terrassées par les initiés, n’en emportent pas moins la victoire du cœur. Du côté adverse, Christian Immler, magnifique Orateur qui contribue à faire basculer le conte vers des abîmes d’ambiguïté, possède un charisme aussi affirmé que le Sarastro de Dashon Burton au somptueux timbre cuivré. Hélas, ce dernier ne fait qu’effleurer les graves ultimes de son emploi, guère aidé, il est vrai, par un diapason qui se calque sur celui qu’a connu Mozart. Rafael Galaz et Yu Chen délivrent un saisissant contrepoint, mais il est dommage que les charmants Knaben aient parfois été paralysés par le trac… Le Chœur de l'Opéra de Dijon, très investi, apporte grandeur et noblesse à ses interventions.

Et c’est ainsi que Mozart est grand.

Le public enthousiaste ne s’y est d’ailleurs pas trompé. En témoigne la phénoménale ovation finale qui aurait fait osciller le lustre, si la grande salle Pierre Boulez en possédait un.

Après un tout aussi sidérant Così fan Tutte, espérons que l’Opéra de Dijon va désormais demander aux Talens lyriques d’aborder Le Nozze di Figaro et Don Giovanni

Emmanuelle Pesqué


Ce concert à marquer d’une pierre blanche sera diffusé le 30 avril 2017 à 20h00 sur France Musique.

La production dijonnaise de David Lescot sera reprise à Limoges en novembre 2017 (sans Les Talens Lyriques) et à Caen, en décembre 2017.
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
Mon blog, CMSDT-Spectacles Ch'io mi scordi di te : http://cmsdt-spectacles.blogspot.fr/
Mon blog consacré à Nancy Storace : http://annselinanancystorace.blogspot.fr/

jeantoulouse
Alto
Alto
Messages : 361
Enregistré le : 27 mai 2012, 23:00

Re: Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Message par jeantoulouse » 06 avr. 2017, 09:57

Ah ! que j'aime ce compte rendu qui sait à la fois analyser une production et une œuvre. Merci.
Je reprendrais bien volontiers la (presque) conclusion :
"Et c’est ainsi que Mozart est grand."

Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20028
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Re: Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Message par JdeB » 06 avr. 2017, 12:38

Sans doute le plus grand triomphe parisien des Talens lyriques (qui fêtent cette année leurs 25 ans) et de leur chef fondateur, C. Rousset, mozartien de haut vol !
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Avatar du membre
EdeB
Dossiers ODB
Messages : 3093
Enregistré le : 08 mars 2003, 00:00
Localisation : Ubi est JdeB ...

Re: Mozart-Die Zauberflöte-vc-Rousset-Philharmonie-3/04/2017

Message par EdeB » 06 avr. 2017, 13:53

jeantoulouse a écrit :
06 avr. 2017, 09:57
Ah ! que j'aime ce compte rendu qui sait à la fois analyser une production et une œuvre. Merci.
Je reprendrais bien volontiers la (presque) conclusion :
"Et c’est ainsi que Mozart est grand."
Merci... :oops:
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
Mon blog, CMSDT-Spectacles Ch'io mi scordi di te : http://cmsdt-spectacles.blogspot.fr/
Mon blog consacré à Nancy Storace : http://annselinanancystorace.blogspot.fr/

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 42 invités