Monteverdi - L'Orfeo - P. Agnew/Les Arts Florissants - Caen/Phil. de Paris - 02-03/17

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Adalbéron
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Monteverdi - L'Orfeo - P. Agnew/Les Arts Florissants - Caen/Phil. de Paris - 02-03/17

Message par Adalbéron » 20 mars 2017, 12:43

L'Orfeo
Favola in musica de Claudio Monteverdi - Livret d’Alessandro Striggio

Les Arts Florissants
Paul Agnew, direction, mise en espace, Apollon
Alain Blanchot, costumes
Christophe Naillet, décors, lumières

Cyril Auvity, Orfeo
Hannah Morrison, Euridice
Miriam Allan, Proserpine
Lea Desandre, Messagère
Carlo Vistoli, Un Berger
Sean Clayton, Un Berger
Antonio Abete, Pluton
Zachary Wilder, Un Berger
Cyril Costanzo, Charon

On lit sur le site de la Philharmonie :
"En 2008, les Arts Florissants avaient donné sous la direction de Paul Agnew une version de concert de l’Orfeo de Monteverdi à la Salle Pleyel. La grande salle de la Philharmonie leur donne l’occasion de revenir avec la même partition dans une version mise en espace avec costumes, décors et lumières.

La favola in musica Orfeo, créée au début du XVIIe siècle à Mantoue, constitue en quelque sorte l’acte de naissance de l’opéra. Ce spectacle alors considéré comme « fort inhabituel » représente en effet le monument fondateur (même s’il n’est pas le premier opéra de l’histoire) du théâtre lyrique. Les Arts Florissants, en résidence à la Philharmonie, font partie des ensembles les plus à même de défendre une création qui met, par le biais de la figure d’Orphée, la musique toute-puissante au centre de ses préoccupations ; ils sont menés par leur directeur musical adjoint depuis 2007, Paul Agnew, qui a récemment achevé son projet d’intégrale (la première de la sorte) des madrigaux de Monteverdi.

Coproduction les Arts Florissants, Le Théâtre de Caen, Philharmonie de Paris.

Concert enregistré par France musique.
"

La première a eu lieu au Théâtre de Caen le 28 février dernier.
À la Philharmonie de Paris, le concert a lieu le 20 mars, dans la Grande Salle (Pierre Boulez).

Je ne sais pas ce que va donner Monteverdi dans la Grande Salle, mais ce sera l'occasion d'entendre de jeunes chanteurs, dont Lea Desandre qui a obtenu le mois dernier une Victoire de la musique classique dans la catégorie "Révélation artiste lyrique".
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Monteverdi - L'Orfeo - P. Agnew/Les Arts Florissants - Caen/Phil. de Paris - 02-03/17

Message par Adalbéron » 24 mars 2017, 11:27

Soirée très agréable à la Philharmonie pour cet Orfeo de Monteverdi.

Il faut d’abord dire un mot de la perception de cette musique dans la Grande Salle de la Philharmonie, puisque ce n’est pas un élément anodin dans l’appréciation de ce spectacle. J’étais au second balcon de face. Les voix passaient assez bien, on n’avait pas particulièrement à tendre l’oreille ; le problème principal cependant reste la réverbération : lorsque les voix se mêlent, ou quand l'entrelac des lignes instrumentales est très élaboré, on perd en précision et cela donne des choses très intéressantes bien qu’involontaires : ici, les frottements harmoniques monteverdiens étaient rendus encore plus extrêmes, plusieurs "moments harmoniques" se confondant ; mais cela n’est pas si loin finalement je crois d’une acoustique d’église (mais L’Orfeo n’a jamais été destiné à être joué dans une église). Il est alors difficile de savoir si un chanteur ou un instrumentiste a fait une maladresse ou si c’est l’acoustique qui est responsable d’une étrangeté qu’on entend. Néanmoins, quand la voix est seule, ou quand un instrument joue isolé, il y a une profondeur sonore remarquable : l’œuvre s’est ouverte avant la sinfonia sur un solo de luth, c’était vraiment magnifique ; et les chanteurs peuvent murmurer, on les entend.

Distribution assez homogène, de laquelle ressort surtout Lea Desandre et Cyril Auvity.
Très beau timbre, riche et moelleux de Lea Desandre, et artiste très touchante, mais une interprétation pas complètement convaincante sur le plan dramatique (j’étais éloigné, et il est de toute manière difficile de caractériser les rôles courts qu’elle chantait — la Messagère et l’Espérance. On la reverra en Alcione à l’Opéra Comique et on pourra se faire une meilleure idée de cette artiste).
J’ai trouvé Cyril Auvity plutôt irrégulier, magnifique par moment avec un sens du mot et de l’intention incroyable, très convaincant sur le plan scénique mais la voix parfois sonne très maigre en terme de richesse de timbre (parfois, ça pouvait faire penser à une voix de variété, mais j’attends évidemment de l’entendre ailleurs ; dans Alcione également). Son interprétation a été saluée par des acclamations nourries.
Très jolies Musique et Eurydice d’Hannah Morrison. Je ne saurais distinguer les différents bergers, Carlo Vistoli, Sean Clayton et Zachary Wilder, pour parler de leur interprétation individuellement, mais ils étaient tous les trois bons. Bon Charon également de Cyril Costanzo. À mes yeux, le seul point faible provient de ce qu'a proposé le couple infernal, car la voix d’Antonio Abete en Pluton est atteinte d’un vibrato trop large et celle de Miriam Alla en Proserpine est très acide ; mais cela permet de bien caractériser ces personnages, en fin de compte.
Enfin, très belles interventions de Paul Agnew, impeccable, en Écho et en Apollon.

Le décor de la mise en scène de Paul Agnew (sa première) était constitué d’une prairie fleurie, feuillue et minérale, bornée de menhirs placés en cercle. Paul Agnew explique dans le programme qu’il a choisi ce décor car ces monuments mégalithiques étaient certainement liés au culte du soleil (Orphée est fils d’Apollon) : Agnew-Apollon était ainsi placé pendant la première partie (Prologue, actes I et II) au delà du cercle, à l’extrémité nord-est, quand les chanteurs s’adressaient au soleil en se tournant vers le sud-ouest. Des effets de lumière dans la seconde partie (fond de scène rouge, et ruisseau bleu pour figurer le Styx) signalent l’entrée d’Orphée dans les Enfers. C’est encore des jeux de lumière qui représentent le retour d’Orphée à la lumière du soleil. Mise en scène efficace, donc, produite avec peu de moyens sans doute, jouant de symboles clairs dans un espace toujours signifiant, et direction d’acteur soignée (beaux costumes également d'Alain Blanchot).

Les instrumentistes n’étaient pas dirigés par le chef, ils jouaient sur les côtés ou venaient se joindre aux chanteurs à la lisière du cercle de menhirs. Interprétation impeccable de l’ensemble des Arts florissants, mais il aurait fallu une acoustique plus resserrée pour entendre les particularités des sonorités des instruments d’époque.

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