Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Représentations
Répondre
Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 19410
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par JdeB » 18 mars 2017, 10:08

Massenet – Werther
Drame lyrique en quatre actes (1892)

Sébastien Guèze - Werther
Mireille Lebel - Charlotte
Léonie Renaud - Sophie
Alexandre Duhamel - Albert
Christian Tréguier - le Bailli
Eric Mathurin - Schmidt
Julien Belle - Johann

Paul-Emile Fourny - mise en scène
Benoît Dugardyn - décors
Stella Maris Müller - costumes
Patrick Méeüs - lumière

Chœur d’enfants du Conservatoire de Reims
Orchestre de l’Opéra de Reims

David T. Heusel - direction musicale

Opéra de Reims, 21 mars 2017


Tableaux d’une exposition

Si la transposition d’un opéra dans un musée n’est pas nouvelle – on se souvient même d’un habile Giulio Cesare de Haendel délocalisé dans des réserves par Laurent Pelly à Garnier ! – la proposition théâtrale de Paul Emile Fourny, hors son charme immédiat, envisage le propos avec intelligence. Le parcours emporté et suicidaire de l’anti-héros de Goethe est donc inscrit dans un superbe livre d’images, celles que donnent à voir un musée où s’égare uniquement une vieille dame vêtue de noir : serait-elle Charlotte venant se pencher sur son passé ou la Mère de celle-ci ?
En effet, divers tableaux – au sens premier du terme – s’animent peu à peu, sous les yeux d’un visiteur attentif et bientôt fasciné. La frontière intangible entre les sujets peints – présentation en abyme d’une scène de genre avec famille idéale à la Bazille sur fond de paysage Biedermeyer ou encore procession finale type enterrement à Ornans – est infranchissable sauf par Charlotte, héroïne déchirée entre le devoir social et familial et la réalité de son cœur. Cette échappée hors du cadre sera fatale à ce dispositif. C’est dans un châssis renversé que se présente le presque cadavre de Werther lors du dernier tableau, en un raccourci qui fait irrésistiblement penser au torero mort de Manet. De même, le basculement dans la folie de Werther se dessine grâce à l’irruption d’hommes aux parapluies, coiffés de melons, en un rappel glaçant de l’univers de Magritte ; la venue du Printemps de Botticelli, sous la forme de Sophie, ne suffit donc plus à dissiper ces dissonances, car le bouquet qu’arbore la jeune fille prend la forme d’une marguerite géante à l’omniprésence inquiétante. On trouve également parsemé au long des scènes des personnages échappés du monde de Liotard ou d'Ingres…et un enfant prenant vie d'une toile de Greuze.

Ce parti pris séduisant, porté par les délicieux costumes de Stella Maris Müller et creusé par les lumières évocatrices de Patrick Méeüs, a pourtant un corollaire : une certaine froideur du propos, qui empêche l’empathie de nous relier aux battements de cœur du héros. Plus en voix que jamais, le Werther de Sébastien Guèze, s’il possède la silhouette rêvée pour incarner cet amant fou – ici, plus obsédé textuel que névrosé de l’amour – n’a pas exactement la vocalité du rôle. Parfois entaché d’effets véristes hors de propos et à la justesse parfois approximative dans ses aigus éclatants, ce chant de forte santé peine à toucher. Il faut néanmoins saluer l’investissement de l’interprète qui joue superbement, et sa diction superlative. Il se montre enfin émouvant dans un beau dernier acte où le glissement vers l’ailleurs se teinte de regrets inavoués autant que d’une forme de sérénité.

Cette diction exemplaire est à l’unisson pour toute la distribution, dont il faut louer le style et l’homogénéité. Seuls sont assez faibles Eric Mathurin et Julien Belle, Schmidt et Johann plus qu’anecdotiques.

La Charlotte de Mireille Lebel est une révélation : malgré un début où elle chante un peu « à l’ancienne » avec quelques sons nasaux que l’on avait davantage l’habitude d’entendre dans les années 50, la jeune femme porte ce Werther par la grâce et la dignité de ses apparitions, un timbre velouté et opulent, une émotion à fleur d’ardeur, et un très beau style. On espère que ses qualités lui permettront de servir très bientôt un répertoire français du XIXe siècle pour lequel elle se montre idéale.

On retrouve avec plaisir Alexandre Duhamel en Albert où sa solide présence se teinte d’une aura dérangeante lors du second acte, sa diction impeccable, et son timbre dont l’affabilité se fait brutalement menaçante. Malgré sa fraicheur et son pimpant, Léonie Renaud est une Sophie plus en retrait, en dépit d’aigus francs. Pour sa part, Christian Tréguier est un Bailli idéal, dégoulinant d’indulgence et de tendresse, dans des scènes introductives où les jeunes solistes du Chœur d’enfants du Conservatoire de Reims allient le ramage avec le plumage, avec espièglerie et individualité.

David T. Heusel dirige l’excellent Orchestre de l’Opéra de Reims avec énergie et un soutien permanent aux chanteurs, attentifs à les enchâsser dans une partition qui lorgne bien souvent vers un wagnérisme de bon aloi, et ménageant avec habilité de forts contrastes dramatiques.

Jérôme Pesqué

Ce spectacle créé à Metz a été capté, et est encore disponible sur Culturebox.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Markossipovitch
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 142
Enregistré le : 05 août 2011, 23:00

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par Markossipovitch » 18 mars 2017, 22:23

Après Metz et Massy, cette production termine sa course à Reims. La dernière de Metz a été diffusée sur Culturebox le 7 février et elle y est toujours disponible. Pour ceux qui aiment l'opéra de Massenet, la proposition de Paul-Emile Fourny est assez originale, la direction de David Heusel parfaitement idiomatique, souple, colorée et très respectueuse des chanteurs, l'Albert d'Alexandre Duhamel, bien que malmené par la mise en scène, est remarquable de présence comme de voix, la Charlotte de Mireille Lebel est d'un lyrisme somptueux, avec son mezzo vibrant et d'une fraîcheur splendide, et le bailli de Christian Tréguier d'une jeunesse inaltérée (quelle projection en salle!). Le Werther de Sébastien Guèze sera un sujet de discussion.

paco
Basse
Basse
Messages : 7245
Enregistré le : 23 mars 2006, 00:00

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par paco » 18 mars 2017, 22:56

Markossipovitch a écrit :
18 mars 2017, 22:23
Après Metz et Massy, cette production termine sa course à Reims. La dernière de Metz a été diffusée sur Culturebox le 7 février et elle y est toujours disponible.
Je l'avais visionnée le mois dernier. La production n'est pas indigne, mais je dois avouer que nous avons été tellement abreuvés de représentations de Werther superlatives cette dernière décennie, entre les prises de rôle de Kaufmann, Grigolo, Beczala, à chaque fois aux côtés de Charlotte toutes aussi superlatives et dans des écrins orchestraux à tomber, productions toutes ou presque diffusées également en retransmissions (donc pas uniquement accessibles aux quelques privilégiés qui peuvent se payer des places à l'ONP ou au ROH), que cette énième présentation tombe forcément un peu à plat, quelles qu'en soient les qualités. Dans un tel contexte (et surtout avec un S.Guèze en proie à des difficultés techniques), je trouve que le rôle de structures comme Metz / Massy / Reims devrait être autre chose que de proposer un énième Werther. Il y a tellement d'autres oeuvres de Massenet bien moins souvent jouées !

Markossipovitch
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 142
Enregistré le : 05 août 2011, 23:00

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par Markossipovitch » 19 mars 2017, 11:40

Il est vrai, Paco, on aurait pu monter Thais ou d'autres. Mais Fourny a eu l'occasion de monter un Werther avec des chanteurs tous jeunes et effectuant leur prise de rôle, ce qui n'est pas rien. Et par ailleurs, qu'a-t-on vu à part la mise en scène de Jacquot, à Londres comme à Paris?

Et quand vous parlez de Charlotte superlative, la seule qui soit francophone depuis Koch en 2010 n'a justement pas été l'objet de retransmission (Deshayes). Pour ma part, je n'ai pas vu Garança en scène, mais si elle a une voix somptueuse, son français la disqualifie pour une adéquation totale au rôle. Et à mon avis, Mireille Lebel est vraiment proche de l'idéal, vrai mezzo mais au métal vibrant, frais et juvénile - et francophone. D'où l'intérêt de cette production, outre une mise en scène imparfaite mais au moins très originale.

Inaha
Messages : 13
Enregistré le : 30 nov. 2016, 23:08

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par Inaha » 19 mars 2017, 21:51

J'ai vu ce Werther à Massy et je l'ai trouvé pas mal. Certes on ne peut pas comparer Sébastien Guèze à Jonas Kaufmann mais j'ai passé une bonne soirée et j'ai bien aimé la mise en scène. Et je salue la prestation de Mireille Lebel.

paco
Basse
Basse
Messages : 7245
Enregistré le : 23 mars 2006, 00:00

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par paco » 19 mars 2017, 23:54

Oui effectivement j'ai découvert Mireille Lebel dans la vidéo sur culturebox, je ne la connaissais pas et c'est une artiste à suivre

Markossipovitch
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 142
Enregistré le : 05 août 2011, 23:00

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par Markossipovitch » 20 mars 2017, 06:39

La prise de rôle d'un des meilleurs jeunes barytons français n'est pas à négliger non plus: la dernière scène de l'Albert d'Alexandre Duhamel est très impressionnante et glace le sang du public.

Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 19410
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Re: Massenet-Werther-Heusel / Fourny-Reims-03/2017

Message par JdeB » 24 mars 2017, 11:24

je viens de publier ma critique en tête de ce fil.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 37 invités