Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

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Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par dge » 17 mars 2017, 21:40

Wagner - TRISTAN et ISOLDE

Drame musical en trois actes sur un livret du compositeur
Crée le 10 juin 1865 au Théâtre de la Cour de Munich

Direction musicale : Hartmut Haenchen
Mise scène : Heiner Müller
Réalisation de la mise en scène : Stephan Suschke
Décors : Erich Wonder
Recréation des décors : Kaspar Glarner
Costumes : Yohji Yamamoto
Lumières : Manfred Voss
Recréation des lumières : Ulrich Niepel
Chef des chœurs : Philip White

Tristan : Daniel Kirch
Isolde : Ann Petersen
Marke : Christof Fischesser
Kurwenal : Alejandro Marco-Buhrmester
Melot: Thomas Piffka
Brangäne : Eve-Maud Hubeaux
Un jeune marin / un berger : Patrick Grahl
Un timonier : Paolo Stupenengo*

*Artiste des chœurs

Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Lyon


Représentation du 28 mars 2017-03-31



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Le festival annuel de l’Opéra de Lyon s’intitule cette année Mémoires. L’objectif est de recréer sur scène des mises en scène qui ont marqué les dernières décennies, crées par des artistes aujourd’hui disparus : Elektra mis en scène par Ruth Berghaus en 1986 pour l’Opéra de Dresde, Tristan et Isolde par Heiner Müller en 1993 pour le festival de Bayreuth et Le Couronnement de Poppée par Klaus Michaël Grüber en 1999 pour le festival d’Aix en Provence.

Heiner Müller (1929-1995) écrivain, directeur de théâtre, se consacre à la mise en scène à partir du milieu des années 80 mais ne réalise qu’une seule mise en scène d’opéra, Tristan et Isolde pour Bayreuth en 1993. Elle sera donnée jusqu’en 1997 puis en 1999 avec le duo W.Meier / S.Jerusalem sous la direction de D.Barenboim. A partir du décès De Heiner Müller en 1995 c’est son collaborateur au Berliner Ensemble Stephan Suschke qui a assuré les reprises et c’est lui qui a été chargé de remonter ce spectacle à Lyon. Les décors d’Erich Wonder ont été recrées par Caspar Glarner et les éclairages de Manfred Voss par Ulrich Niepel.

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Müller s’est beaucoup intéressé aux mythes et il situe l’action dans un univers intemporel, sans une quelconque localisation géographique. La scénographie est un espace clos en forme de cube avec un travail extrêmement sophistiqué sur les lumières, avec des carrés ou des rectangles éclairés différemment tels des aplats de peintures qui rappellent Rothko et peu d’éléments scéniques, renvoyant le drame au vécu intérieur des deux amants. Les très beaux costumes de Yohji Yamamoto sont d’une esthétique japonisante.
Le premier acte baigne dans une lumière orangée. Le seul accessoire scénique est le coffret où se trouvent les philtres. La mer n’est suggérée que par deux rectangles latéraux où sont projetés des reflets d’eau. Isolde et Brangäne évoluent dans un petit espace creusé dans le plancher alors que Tristan et Kurwenal sont en fond de scène, respectant une division rappelant les demeures japonaises. L’arrivée de Marke se fait en ombre chinoise à travers un carré fortement éclairé dans le mur du fond. L’ombre grandit jusqu’à occuper tout l’espace créant un effet saisissant.
Le deuxième acte baigne dans une lumière bleue. Pas de château, pas de forêt mais une scène presque totalement occupée par des rangées de cuirasses – allusion sans doute à la chasse qui confondra les deux amants- sur lesquelles se feront des éclairages variés et raffinés. L’obscurité totale se fait pendant les deux appels à la vigilance de Brangäne. Dans cet espace restreint Tristan et Isolde se cherchent et se rejoignent rarement dans des déplacements réglés comme dans une partie d’échecs. Ce sont les lumières changeantes qui apportent une dynamique à cet acte très statique.

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Un sol jonché de gravats, une lumière blanchâtre créent un espace de désolation au troisième acte. Tristan est affalé dans un fauteuil recouvert d’une housse. Face à lui un berger aveugle lui aussi dans un fauteuil. Après son arrivée, Isolde recouvre la dépouille de Tristan de son lourd manteau gris. En toute fin de l'acte elle quittera sa tunique verdâtre pour apparaître dans une somptueuse robe marbrée de dorures et c'est vêtue de cette robe sacrificielle qu’elle chante son Liebestod dans une lumière qui devient vive et dorée. Moment magique et émouvant d’autant que tous ceux qui comme moi ont eu la chance de voir ce spectacle à Bayreuth trouvent dans cet accomplissement un mimétisme physique de l’interprète avec Waltraud Meier dont la prestation reste indissociablement liée à cette production.

Les jeux de lumières sont essentiels à la mise en valeur de cette mise en scène. Ils en sont un composant organique. J’ai pu le constater à mes dépens lors de la représentation du 21 mars donnée en éclairage blanc uniforme pour cause de grève. L’impact émotionnel en est très sensiblement atténué.

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La partie musicale est digne de l’écrin théâtral qui lui est offert.

Il faut d’abord souligner le travail remarquable du chef Hartmut Haenchen, familier du répertoire wagnérien. Adoptant des tempi plutôt vifs, son approche diffère de celle de K.Petrenko en 2011. Moins analytique que son prédécesseur, sa direction met en valeur tout le lyrisme de la partition et rarement le duo d’amour du deuxième acte aura été si enflammé. L’orchestre ne sonne jamais épais et l’attention aux chanteurs est totale. Dirigé avec une telle autorité l’ Orchestre de l’Opéra de Lyon se montre parfait dans tous ses pupitres et reçoit au rideau final une belle ovation.
Ann Petersen avait été ici-même une belle et prometteuse Isolde dans la production d’Alex Ollé en 2011. Les promesses sont largement confirmées. La voix a pris plus de corps, plus de densité. Son interprétation est d’une grande intensité, que ce soit dans les imprécations du premier acte ou dans la poésie du Liebestod, avec un sens de la couleur et de l’expression qui en font une Isolde qui compte. Les aigus sont parfaitement assurés et malgré son engagement tout au long des trois actes elle conserve suffisamment de forces pour nous donner un chant final maîtrisé et rempli d’émotion. Le registre grave manque un peu de soutien mais c’est là une réserve bien minime. Son appropriation du concept du metteur en scène après son illustre devancière est aussi à porter à son crédit.

Daniel Kirch faisait une prise de rôle dans Tristan. On le sent sur la réserve aux deux premiers actes où la voix manque de projection surtout face à sa partenaire ce qui déséquilibre un peu le duo du deuxième acte. Le chant est malheureusement monotone, sans recherche de couleurs et sans une grande attention au phrasé. La projection est meilleure au troisième acte mais le chant toujours aussi privé de nuances. C’est d’autant plus dommage que le ténor allemand possède suffisamment de moyens pour arriver au terme du dernier acte sans accident. Son illustre devancier à Bayreuth, Siegfried Jerusalem, connaissait dans cet acte beaucoup plus de problèmes de justesse et d’endurance mais il compensait largement par un investissement dans son jeu et dans son chant qui emportaient l’adhésion. Peut-être qu’une plus grande fréquentation du rôle lui permettra de donner plus d’épaisseur à son interprétation.

Après avoir été ici-même une belle Andromaque dans l’Ermione de Rossini , Eve-Maud Hubeaux aborde pour la première fois le rôle de Brangäne. Le timbre est clair et la voix suffisamment projetée pour surmonter l’orchestre. Sa grande intelligence musicale, son sens du phrasé et sa maturité remarquable pour une si jeune artiste font de cette prise de rôle une vraie réussite.
Le Marke de Christof Fischesser impressionne par son intensité et sa noblesse. La voix est superbe, bien projetée et le chant d’une noblesse rare. Le phrasé et l’attention aux mots sont ceux d’un grand artiste.
Alejandro Marco-Buhrmester est un Kurwenal solide, évitant tout excès dans l’expression. Le Melot de Thomas Piffka est plus pâle et connait quelques problèmes d’intonation. Parick Grahl dans le double rôle du jeune matelot et du pâtre et Paolo Stupenengo en timonier complètent avec bonheur la distribution.

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crédits photos: Stofleth



« Comment verrons-nous, au prisme du temps, ces pierres de touche de l’histoire du théâtre et de l’opéra ? » s’interroge Serge Dorny dans le dossier de presse. C’était prendre des risques que d’essayer de répondre à cette question. Grâce à une reconstitution très fidèle, la mise en scène de Heiner Müller, qui à aucun moment ne trahit le livret, montre qu’elle a gardé toute sa force et son pouvoir d’émotion et qu’elle n’a pas vieilli. Le défi a été parfaitement relevé. D’autres metteurs en scène ont traité Tristan et Isolde avec des approches différentes, en reconstruisant ou en déconstruisant le mythe. Il n’est pas sûr qu’elles résistent autant à l’épreuve du temps. De quoi relativiser ce qu’on nomme parfois modernité !



Gérard Ferrand



Cette production de Tristan est un hommage à Heiner Müller metteur en scène. La prochaine saison rendra hommage à l’écrivain lors de la création mondiale de GerMania sur une musique et un livret d’Alexander Raskatov tiré de deux pièces de l’écrivain : Germania Mort à Berlin et Germania 3, les spectres du Mort-homme.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par Antiphon » 19 mars 2017, 11:52

N'ayant vu aucune des productions à leur création originelle, pour moi, l'Elektra de Ruth Berghaus a été un choc (positif), une expérience incroyable. Par contre le Tristan vu hier soir m'a laissé perplexe, et pourtant c'est un de mes opéras préférés.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par JoR » 19 mars 2017, 16:51

Représentation du 18 mars 2017

Isolde et Kurwenal annoncés souffrants tiennent très honorablement leur partie.

Marke et Brangäne sont tout à fait convaincants.

Daniel Kirch est une totale découverte. Son Tristan est un modèle de beau chant wagnérien: belle voix un peu sombre qui convient extrêmement bien au rôle, science du clair-obscur, intelligence du texte et de l'intonation, prononciation excellente.

L'orchestre est somptueux mais joue presque constamment un peu trop fort, en particulier au deuxième acte.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par Oylandoy » 19 mars 2017, 17:26

JoR a écrit :
19 mars 2017, 16:51
Daniel Kirch est une totale découverte. Son Tristan est un modèle de beau chant wagnérien: belle voix un peu sombre qui convient extrêmement bien au rôle, science du clair-obscur, intelligence du texte et de l'intonation, prononciation excellente.
Excellent Lohengrin en septembre dernier à Angers.
la mélodie est immorale
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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par perrine » 21 mars 2017, 17:10

sms de l'opéra de Lyon : personnel en gréve, la représentation sera donnée en version de concert.
remboursement de 50% du billet
Le problème quand on trouve une solution, c\'est qu\'on perd une question.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par dge » 22 mars 2017, 08:39

perrine a écrit :
21 mars 2017, 17:10
sms de l'opéra de Lyon : personnel en gréve, la représentation sera donnée en version de concert.
remboursement de 50% du billet
Il y avait des Allemands qui venaient de Berlin. Très heureux ! Quelle image on donne.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par perrine » 22 mars 2017, 08:50

Petite précision suite au sms d'hier : très bonne information sur place concernant les conditions de la représentation et les conditions de remboursement. Donnée dans les décors du 1er acte. Possibilité de se faire rembourser intégralement si on ne veut pas y assister, et remboursement du 50% du billet sinon.

Lié à une grève nationale pour laquelle l"opéra de Lyon semble avoir été averti tardivement.

Les conditions étaient donc quand même assez bonnes, et ce n'est pas du pur version concertante en costume cravate sur le devant de la scène que nous avons eu. Quelques costumes et accessoires de chaque acte, mais pas de jeu de lumière.
Le problème quand on trouve une solution, c\'est qu\'on perd une question.

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par Stefano P » 22 mars 2017, 14:09

dge a écrit :
22 mars 2017, 08:39
Il y avait des Allemands qui venaient de Berlin. Très heureux ! Quelle image on donne.
Il ne faut pas dramatiser ; cela fait aussi partie du charme du dépaysement... 8)
"Bald, bald, Jüngling, oder nie !"

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par Omega » 22 mars 2017, 18:12

Elektra et Tristan sur deux soirs.
La mise en scène d'Elektra est discutable, car la présence de l'orchestre (pléthorique) sur scène fait évoluer les chanteurs sur un tout petit espace, même si les coursives en hauteur le démultiplient. Elle n’a pas tellement vieilli, mais la représentation de Marseille en 2013 m'a laissé un meilleur souvenir, tant scénique que vocal.

Je m'interroge par contre sur la nécessité de ressusciter celle de Tristan, même s’il est difficile d’en juger, compte tenu de la grève d’hier au soir. Mais cette grève n’impacte semble-t-il que les décors et les lumières, et pas la direction des chanteurs. On est dans le style hiératique, la passion charnelle et dévorante des deux amants se ramenant à quelques contacts de mains. C'est un peu dépassé, on a maintenant des mises en scène beaucoup plus (même si parfois trop) vivantes.

Dans les deux cas, j’ai beaucoup aimé la direction musicale et le rôle-titre féminin, Tristan m’a paru manquer de puissance et de présence, et le roi Mark était impressionnant malgré la brièveté de son rôle.
Mais c’était mon premier Tristan (et mon dernier sans doute, c’est fait, je peux rayer !). En lyrique, n'étant pas germanophile pour deux sous, je ne vous en dirai donc pas plus, j’assume mon incompétence et mon incompréhension !

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Re: Wagner - Tristan et Isolde - Haenchen / Müller - Lyon 03-04/2017

Message par dge » 22 mars 2017, 18:43

Cette mise en scène d'Elektra est la seule manière de représenter l'oeuvre à Lyon, la fosse d'orchestre, comme celle de Dresde je crois, ne permettant pas de contenir tous les musiciens que requiert la partition.
Pour Tristan, je comprends ta déception. La mise en scène peut apparaître très statique. Ce sont les éclairages qui lui donnent sa richesse et son dynamisme.

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