Concert A. Scholl/ A. Tampieri-TCE-16-03/20127

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Concert A. Scholl/ A. Tampieri-TCE-16-03/20127

Message par JdeB » 16 mars 2017, 11:30


Les larmes d’une mère


Porpora Ouverture, « Occhi mesti », « Per pietà turba feroce », extraits d’Il Trionfo della Divina Giustizia ne’ tormente e morte di Gesù Cristo
Ragazzi Sonate n° 4 Imitiatio in salve Regina Mater Misericordiae
Anfossi Salve Regina
Vinci Sinfonia, « Chi mi priega », « Tutti son del materno mio seno », extraits de l’Oratorio di Maria dolorata
Vivaldi Concerto pour violon VIII RV 332 " Il Cimento dell'Armonico e dell'Inventione "
Stabat Mater

Bis : Leonardo Vinci – Oratorio a 4 voci (vers 1710-1730) « Tutti son del materno mio seno » (Maria)

Andreas Scholl, contre-ténor
Accademia Bizantina
Alessandro Tampieri, dir

TCE, le 16 mars 2017.


La dévotion mariale est absolument indissociable du catholicisme de la Contre-Réforme, et ce passionnant programme en dévoile l’une des facettes les plus séduisantes. En effet, les musiciens servis par Andreas Scholl illustrèrent ce thème avec ferveur et d’autant plus volontiers que les fraternités religieuses napolitaines se passionnaient pour les mises en musique des douleurs mariales.

C’étaient donc des extraits d’oratorios souvent inédits de Porpora et Vinci, auxquels une sonate du trop rare Angelo Ragazzi apportait une respiration bienvenue, qui étaient à l’honneur durant ce récital. S’y ajoutait le célébrissime et doloriste Stabat Mater de Vivaldi, dont le pendant était le plus joyeux, tardif, et bien sûr « galant » Salve Regina d’Anfossi. Si cet antiphone ne s’inscrivait pas réellement dans la thématique annoncée de la soirée, il ne se trouvait pourtant pas en porte-à-faux : l’acceptation de la Vierge ne porte-t-elle pas en elle les prémices de ses souffrances futures ? Et ne sont-elles pas également la raison des demandes d’intercessions des fidèles ?

Deuxième oratorio de Porpora, les deux airs de Marie tirés de ce Triomphe de la justice divine se caractérisent par des dissonances et des descentes chromatiques qui font merveille dans ce motif de Pietà. Andreas Scholl, tout de douleur rentrée et de dignité pudique, fait résonner ce cri déchirant avec une puissance décuplée par son dosage subtil entre beauté du timbre et ornementations empreintes de naturel. Le deuxième air, magistrale supplication à la foule avide du supplice du Christ, s’il obéit à une rhétorique plus extérieure, n’en demeure pas moins poignant par l’empathie que cette prière suscite dans sa virtuosité même. En outre, dans les deux extraits des oratorios de Vinci – le second n’ayant conservé, ni son titre, ni autre chose que sa première partie –, le contre-ténor incarne une mère toute de tendresse et l’humanité, aux accents distillés avec une spontanéité qui fait mouche et une délectable virtuosité.

Tout autre est le Salve Regina d’Anfossi, où la voix du soliste délivre cette lumière ombrée si particulière que Mozart sut emprunter à son aîné, au détriment d’un texte où les échos doloristes sont vite gommés pour ne retenir que la douceur et l’espérance, attributs consolateurs de la Mère du Christ.

Après une première partie où le grand chanteur s’est montré parfois un peu précautionneux, la soirée s’achevait sur les cimes avec la grande fresque vivaldienne qui le voyait quitter l’Italie du Sud pour une description des souffrances de la Vierge au pied de la Croix : si cette page est bien souvent abordée, on a rarement entendu ce drame de l’amour maternel incarné avec autant d’équilibre entre dévotion et théâtre et porté par une telle sincérité. L’art du legato et la sensualité de la narration du contre-ténor y font merveille pour revivifier ces pages parfois rebattues, tandis que la pureté de son timbre conduit l’interrogation du narrateur droit au cœur de l’auditeur : en effet, « Quis non posset contristari, Christi Matrem si videret in tanto supplicio ? »

Conduit avec fluidité et enthousiasme par le très brillant violoniste Alessandro Tampieri, l’Accademia Bizantina est un protagoniste raffiné, qui donne toute sa mesure dans l’ardu concerto de Vivaldi, mais suscite tout autant l’adhésion dans les sinfonie de Porpora et Vinci.

Jérôme Pesqué
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Re: Concert A. Scholl/ A. Tampieri-TCE-16-03/20127

Message par JdeB » 20 mars 2017, 12:30

J'ai rencontré beaucoup d'artistes mais fort peu dotés du sens de l'écoute de Scholl, très peu avec un visage aussi rayonnant de bonté !
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