Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Oylandoy » 16 mars 2017, 11:05

Des photos de Klara Beck ont été insérées dans le post de JdeB en tête de ce fil.
la mélodie est immorale
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JdeB
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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par JdeB » 16 mars 2017, 11:18

Merci Jean-Yves !
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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Piero1809 » 17 mars 2017, 08:00

Merci Jérôme pour le compte rendu passionnant. J'y étais le 10 mars et voici le CR que j'ai rédigé juste après.

Quand je l'entendis pour la première fois, Salomé a provoqué la plus forte émotion de ma vie d'amateur d'opéra, et a dépassé de ce point de vue mes autres favoris : Tristan, Pelléas, Don Giovanni, Tosca....

Certains reprochent au chef d'oeuvre de Richard Strauss une absence de mélodie et pas assez de beau chant. L'ayant beaucoup écouté, j'y trouve un chant continu, d'une beauté déchirante. Il suffit d'écouter le merveilleux thème qui caractérise Salomé, celui qui retentit aux cors à chaque intervention de Jochanaan, les quartes troublantes qui évoquentt le cachot dans lequel est enfermé ce dernier, le thème de valse qu'on entend à plusieurs reprises et notamment dans la fameuse danse des sept voiles etc...., pour être convaincu par la richesse mélodique de cette partition. D'autres parlent d'atonalité ! Rien d'atonal dans cette partition mais un langage post-romantique avec des dissonances qui se résolvent vite. Seule concession au modernisme, d'incessants chromatismes qui enchantent l'oreille. Après la scène fameuse du combat entre Salomé et Jochanaan (1), on entend un vaste interlude orchestral où tous ces thèmes s'affrontent et qui résume tous les évènements de cette première partie. Quel tour de force, quelle merveille  d'orchestration, d'une puissance et d'un raffinement inouis!

Tout ça pour dire que, dans Salomé, la musique est si intense et bouleversante, le texte est si fort que cet opéra se passerait presque de mise en scène. C'est ainsi d'ailleurs que je l'entendis en 2007 à Strasbourg, en version de concert avec Nadja Michael dans le rôle titre.

Je ne vais quand même pas cracher dans la soupe. La mise en scène et le décor d'Olivier Py et de Pierre-André Weitz sont époustouflants. On éprouve une sensation indescriptible quand le décor s'écroule à grand fracas sur les spectateurs. On reste pantois devant la beauté de ces vastes fresques picturales et notamment la forêt amazonienne, de ces superbes chorégraphies, de ces magnifiques costumes notamment celui de Salomé en guerrière jaguar...Quelle richesse dans ces symboles christiques qui contrepointent les prophéties de Jochanaan...On comprend que Olivier Py ait adoré cet opéra, ait tenté de dépasser son caractère orientalisant et décadent, fin de siècle, et d'aller aussi loin que possible dans le message cryptique contenu dans le texte et la musique, de donner à Salomé une signification plus universelle..L'impressionnante et sanglante figure de l'ange de la mort est une trouvaille brillante qui renvoie aux battements d'ailes qui obsèdent Hérode tout au long de la partition..
J'aimerais tant que ce spectacle fasse l'objet d'un DVD pour pérenniser ces images fabuleuses !.

Cela dit, cette profusion d'images, d'intentions, de symboles est envahissante et nuit parfois à la perception de la musique et du texte (qui déjà en disent tant) au point que que l'oreille et les yeux ont du mal à tout enregistrer et assimiler...

Toutes les chanteuses et chanteurs sont à louer. Excellent Narraboth de Julien Behr émouvant et sensible. Beau contralto (Yael Raanan Vandor) dans le rôle du page. Magnifique Hérode à qui Wolfgang Ablinger-Sperrhacke a donné un peu plus de dignité qu'à l'accoutumée. Très bonne Hérodiade (Susan Maclean). Robert Bork qu'on a entendu récemment à Strabourg dans Liebesverbot, m'a beaucoup impressionné dans le rôle de Jochanaan, quelle voix !. Belle prestation des deux soldats (Jean-Gabriel Saint-Martin et Sevag Tachdjian), du cappadocien (Georgios Papadimitriou), des deux nazaréens (Ugo Rabec et Emmanuel Franco), belle performance d'ensemble des cinq juifs (Andreas Jaeggi, Mark van Arsdale, Peter Kirk, Diego Godoy, Nathanaël Tavernier) auxquels les deux complices Olivier Py, Pierre-André Weitz donnent des habits de cardinal, de pasteur, de pope, de rabbin, de notable dans ce qui ressemble bien à une danse macabre...Helena Juntunen qu'on a applaudie à Strasbourg dans Der ferne Klang de Schrecker et dans un joli récital de mélodies d'Alban Berg et de Sibelius, a donné une image moins monolithique, plus sensible, plus humaine de la princesse Salomé et a bien traduit, par son chant, son profond désir d'absolu (1). La soprano s'est bien sortie des terribles difficultés vocales de la partition et notamment d'un ambitus convenant d'avantage à une mezzo qu'à une soprano. Son sol bémol 2 sur ...das Geheimnis des Todes était bien audible. Son timbre de voix très harmonieux était bien assuré sur toute l'étendue de sa tessiture. A la fin, sans doute fatiguée par ce rôle écrasant , il y eut de petits problèmes d'intonation dans les aigus du grand monologue final, notamment sur un si bémol 4 mais cela n'entame en rien une performance globalement remarquable.

Admirable exécution orchestrale sous la direction de Constantin Trinks. C'est un orchestre réduit d'un tiers qui était présent dans la fosse faute de place. Les six cors prévus étaient réduits à 4 pour ne citer qu'un seul exemple. Les instruments présents à l'unité (clarinette basse, contrebasson, célesta...) n'en ressortaient que mieux. Par contre dans certaines scènes comme la dispute théologique des juifs, dans laquelle l'orchestre intervient avec une puissance fabuleuse, j'ai ressenti un léger manque de volume. Dans une partition d'une difficulté transcendante, les musiciens ont montré leurs extraordinaires capacités (2).

Ovation très enthousiaste d'un public dans laquelle figurait de nombreux lycéens. A mon niveau (3ème balcon) j'ai cependant entendu quelques huées.

(1) Rencontre avec Olivier Py et Pierre-André Weitz, Librairie Kléber, jeudi 9 mars, 2017.
(2) Je ne citerai qu'un seul exemple : après une gamme de la clarinette en do dièze mineur, la partition débute en do dièze majeur (sept dièses à la clé) avec l'intervention inoubliable de Narraboth : Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Nacht... et se termine dans la même tonalité avec le dernier chant de Salomé, un des sommets de toute la musique : Ich habe ihn geküsst deinen Mund.. Faire des traits ultra rapides dans cette tonalité n'est pas chose simple, les violonistes, altistes, cellistes et contrebassistes amateurs le savent bien mais ici tout était impeccable!

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Adalbéron » 17 mars 2017, 09:50

Piero1809 a écrit :
17 mars 2017, 08:00
Quand je l'entendis pour la première fois, Salomé a provoqué la plus forte émotion de ma vie d'amateur d'opéra, et a dépassé de ce point de vue mes autres favoris : Tristan, Pelléas, Don Giovanni, Tosca....

Certains reprochent au chef d'oeuvre de Richard Strauss une absence de mélodie et pas assez de beau chant. L'ayant beaucoup écouté, j'y trouve un chant continu, d'une beauté déchirante. Il suffit d'écouter le merveilleux thème qui caractérise Salomé, celui qui retentit aux cors à chaque intervention de Jochanaan, les quintes troublantes qui évoquentt le cachot dans lequel est enfermé ce dernier, le thème de valse qu'on entend à plusieurs reprises et notamment dans la fameuse danse des sept voiles etc...., pour être convaincu par la richesse mélodique de cette partition. D'autres parlent d'atonalité ! Rien d'atonal dans cette partition mais un langage post-romantique avec des dissonances qui se résolvent vite. Seule concession au modernisme, d'incessants chromatismes qui enchantent l'oreille. Après la scène fameuse du combat entre Salomé et Jochanaan (1), on entend un vaste interlude orchestral où tous ces thèmes s'affrontent et qui résume tous les évènements de cette première partie. Quel tour de force, quelle merveille  d'orchestration, d'une puissance et d'un raffinement inouis!

(2) Je ne citerai qu'un seul exemple : après une gamme de la clarinette en do dièze mineur, la partition débute en do dièze majeur (sept dièses à la clé) avec l'intervention inoubliable de Narraboth : Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Nacht... et se termine dans la même tonalité avec le dernier chant de Salomé, un des sommets de toute la musique : Ich habe ihn geküsst deinen Mund.. Faire des traits ultra rapides dans cette tonalité n'est pas chose simple, les violonistes, altistes, cellistes et contrebassistes amateurs le savent bien mais ici tout était impeccable!
+100000000000000000000000000000000000000
Salome est pour moi le chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvres, une perfection absolue, l'alliance du drame et de la beauté enfin parfaitement accomplie.
À chaque fois que je le réécoute, c'est toujours le même éblouissement, et j'ai même des formes nouvelles d'éblouissement à chaque fois...

Merci pour tous ces comptes-rendus ; je suis très déçu de ne pas avoir pu aller à Strasbourg, je n'ai encore jamais vu sur scène cet opéra, mais cela permet de vivre un peu la chose.
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par David-Opera » 20 mars 2017, 11:33

J'aime beaucoup ce que fait Olivier Py, mais là, son propos est complètement superficiel.
Le matériau théâtral est certes impressionnant (la chute des panneaux, un à un, le vent qui balaye tout, l’encens qui se libère, les orgies ...) , mais ce qu'il cherche à nous expliquer depuis la vie des indiens dans la jungle (?) aux grandes cités américaines décadentes, les affaires sexuelles derrière la machine à rêve de Paramount pictures, la chute des religions, l'enfer ..., tout cela pour finir sur l'image du vide stellaire afin de signifier la mort de Dieu est totalement baroque mais vain dans cette œuvre.

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par JdeB » 20 mars 2017, 12:26

oui, cette mise en scène a eu aussi ses détracteurs, dont Bruno Serrou.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Piero1809 » 20 mars 2017, 12:34

Adalbéron a écrit :
17 mars 2017, 09:50
Salome est pour moi le chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvres, une perfection absolue, l'alliance du drame et de la beauté enfin parfaitement accomplie.
À chaque fois que je le réécoute, c'est toujours le même éblouissement, et j'ai même des formes nouvelles d'éblouissement à chaque fois...
Tout à fait d'accord! C'est aussi mon cas.

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Piero1809 » 20 mars 2017, 12:38

David-Opera a écrit :
20 mars 2017, 11:33
Le matériau théâtral est certes impressionnant (la chute des panneaux, un à un, le vent qui balaye tout, l’encens qui se libère, les orgies ...) , mais ce qu'il cherche à nous expliquer depuis la vie des indiens dans la jungle (?) aux grandes cités américaines décadentes, les affaires sexuelles derrière la machine à rêve de Paramount pictures, la chute des religions, l'enfer ..., tout cela pour finir sur l'image du vide stellaire afin de signifier la mort de Dieu est totalement baroque mais vain dans cette œuvre.
Olivier Py et Pierre-André Weitz ont commenté leur travail, sans en dévoiler les surprises, dans des exposés convaincants la veille de la première.

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par Piem67 » 20 mars 2017, 12:44

Personnellement, j'ai vu dans cette incroyable succession d'images un livre d'enfants qui défile, le livre d'une enfant gâtée pourrie qui fait ce qu'elle veut, qui a ce qu'elle veut (un décor de jungle dans lequel je vais jouer à l'indienne, et que je change de déguisement dans mon petit théâtre que mon beau-papa m'a fait construire parce que je le mène par le bout du nez) et une fois le livre refermé, se retrouve adulte, livre sur lequel elle grimpe symboliquement comme elle franchit le seuil de l'enfance et, désespérée de comprendre que ce monde est terminé, qu'elle n'a plus l'âge de "jouer à", se jette dans le vide. Pour ma part, cette image du suicide m'a tétanisé car totalement inattendu. J'ai trouvé cette production captivante de bout en bout et pas du tout vaine.

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Re: Strauss-Salomé-Trinks / Py-ONR-03-04/2017

Message par David-Opera » 20 mars 2017, 13:13

Avec ce matériau, Olivier Py peut adapter au théâtre "La mort vous va si bien", et là il est dans le sujet.

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