Verdi - Il Trovatore - Bignamini/Ollé - Rome - 03/2017

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jeantoulouse
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Verdi - Il Trovatore - Bignamini/Ollé - Rome - 03/2017

Message par jeantoulouse » 07 mars 2017, 14:34

Direction d’orchestre Jader Bignamini
Mise en scène Àlex Ollé (La Fura dels Baus)

Leonora Vittoria Yeo
Azucena Silvia Beltrami
Manrico Diego Cavazzin
Comte de Luna Rodolfo Giugliani
Ferrando Carlo Cigni

Plus qu’en politique apparemment, dans les maisons d’opéra, les plans B existent. Les « secondes » distributions réservent de belles surprises et parfois même des révélations. C’est le cas pour ce Trovatore romain qui affiche en première série Tatiana Serjan, Ekaterina Semenchuk, Stefano Secco et Simone Piazzola.
Coproducteur avec Amsterdam et Paris, l’opéra de Rome accueille donc la mise en scène d’Alex Ollé, largement évoquée sur ce forum. La découvrant, et malgré les commentaires qui me permettraient de l’éclairer, je la constate obscure dans tous les sens du terme. Je ne suis sensible ni aux tranchées, ni aux tombes creusées, ni à la forteresse évoquée, ni au climat de guerre (la Première Mondiale !),ni aux croix en nombre et je ne sais pas voir dans ces parallélépipèdes noirs qui s’élèvent ou s’abaissent à l’envi les murs du castel ou du couvent, ni le « paysage humain » à coloration « fantasmagorique » que veut dessiner le metteur en scène espagnol. Du moins rien ne tout cela ne me dérange ni me distrait dans l’écoute de Verdi.

La distribution est sauvée par les deux cantatrices. Fortement soutenue par Riccardo Muti qui la dirigera à Salzbourg cet été en Aida comme il l’a fait dans Ernani, Vittoria Yeo est une splendide Leonora. Mince, élégante, d’apparence physique fragile, elle déploie dans ce rôle une force, une énergie peu communes. Si sa cabalette de l’acte I n’est pas d’une propreté technique parfaite, le D'amor sull'ali rosee fait valoir un phrasé d’une grande souplesse, le Miserere s’avère poignant, et Tu vedrai che amore in terra est intense, généreux. Les piani impalpables sont d’une pureté et d’un souffle admirables. Le tout vit, palpite, émeut et vaut à l’interprète une ovation aux saluts. Dans cette nuit profonde, une étoile brille d’un pur éclat. A coup sûr, Vitoria Yeo, si les rôles trop lourds (Lady Macbeth ! ) n’abîment pas sa voix, a un bel avenir devant elle.
Silvia Beltrami est l’autre héroïne de la soirée. C’est à la fois une voix, ample, corsée, vibrante, richement colorée et … une présence. La direction d’acteurs d’Ollé (ou sa reprise à Rome) étant inexistante, elle se révèle vraiment la seule à faire exister un personnage, sobrement, mais efficacement. Un geste parmi d’autres : quand Manrico rappelle sa mansuétude étrange à l’égard de son rival sur le champ de bataille, elle saisit le visage de son fils avec autorité pour s’étonner de sa générosité. Ce n’est rien, mais « la Beltrami » le fait avec une intensité qui signifie la haine pour l’ennemi, la vengeance inassouvie, la violence qu’elle voudrait transmettre, l’emprise qu’elle cherche à imposer à Manrico. Et un Stride la vampa halluciné, avec la densité d’une voix qui sait ce qu’interpréter veut dire : donner du sens à ce que l’on chante !

Le public de Rome hiérarchise ses remerciements et ses enthousiasmes. Les deux chanteuses sont largement applaudies. Les deux hommes, plus froidement. Je ne sais rien de Diego Gavazzin. Mais quel Manrico pâlichon, maladroit, gauche ! Absence de nuances, ligne de chant hachée ( le Ah! sì, ben mio, coll'essere quasi hurlé) et une Di quella pira bravache où le coq s’égosille dans un All armi bien tristounet. On oubliera bien vite ce Manrico étroit.
Mais il y a pire. Comment l’opéra de Rome peut-il programmer un Rodolfo Giugliani en Comte di Luna ? Deux mots suffisent pour caractériser ce baryton, du moins ce soir là. Braillard et débraillé ! Avec une telle technique, que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut l’organe qui lâcha ! Sans doute faudrait-il faire écouter son Il balen del suo sorriso à de jeunes chanteurs pour dresser la liste des défauts à ne pas reproduire dans cet air, certes redoutable. La conduite du souffle, le legato, la recherche des couleurs, le sens de la phrase musicale, l’appui sur les mots, l’élégance, l’émotion doivent irriguer l’interprétation. Ici rien de tout cela. Rien. Carlo Cigni, bien distribué en Ferrando eût pu, plus dignement chanter di Luna !
Chœurs solides. Orchestre un peu routinier, malgré la direction très dynamique de Jader Bignamini .[C'est lui qui dirigeait le concert Netrebko/Eyvasov à la Philarmonie le 27/02 et que certains ont trouvé indigent ou "très bon chef, subtil et énergique"]. Son Verdi est élégant, plus nuancé qu'emphatique. Sa façon de chanter tous les rôles en articulant la moindre syllabe comme s'il jouait le rôle d'un souffleur fait plaisir à voir. Très attentif à la scène, il semble surtout s’efforcer ce soir d’aider, de rassurer, de soutenir les quatre chanteurs qui, semble-t-il, faisaient leur début dans cette production décidément bien inégale.

opera-tic
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Re: Verdi - Il Trovatore - Bignamini/Ollé - Rome - 03/2017

Message par opera-tic » 08 mars 2017, 23:30

Belle critique, simple, efficace. On a l'impression d'avoir assisté à la représentation !

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