Sauguet- Tistou les pouces verts- Thomas-Rico-Rouen 03.03.17

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pingpangpong
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Sauguet- Tistou les pouces verts- Thomas-Rico-Rouen 03.03.17

Message par pingpangpong » 04 mars 2017, 18:45

Livret de Jean-Luc Tardieu d’après le conte de Maurice Druon (1957)
Création au Carré du Jardin d’Acclimatation le 23 mars 1981

Direction musicale Paul-Emmanuel Thomas
Mise en scène Gilles Rico
Décors Philippine Ordinaire
Costumes Lionel Lesire
Lumières Bertrand Couderc
Vidéo Etienne Guiol

Tistou Catherine Trottmann
Monsieur Père Mikhael Piccone
Madame Mère Rita Matos Alves
Moustache Yuri Kissin
Monsieur Trounadisse Gilen Goicoechea
Amélie Marie Karall
Carolus Matthieu Chapuis
Le maître d’école, le gardien de la paix, le grand père, le garde champêtre, le méchant homme, le Dr Mauxdivers Marc Scoffoni

Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Maîtrise du Conservatoire à Rayonnement Régional de Rouen
Production

Nouvelle production Opéra de Rouen Normandie


Ministre des Affaires culturelles sous Pompidou, résistant, co-auteur, avec son oncle Joseph Kessel, du texte du Chant des partisans, écrivain, et Académicien français, Maurice Druon est encore aujourd'hui connu du grand public grâce aux deux best-sellers pourtant forts différents que sont Les Rois Maudits, qu'évoquent désormais avec nostalgie les plus âgés de nos concitoyens, et Tistou les pouces verts, ouvrage destiné aux enfants, dont le succès ne s'est jamais démenti depuis sa première publication en 1957.

Le conte mis en musique par Henri Sauguet pour la scène lyrique, sur un mode déjà participatif, a été créé au Carré Sylvia Monfort, le 26 mars 1981, sous la direction de Jean-Claude Pennetier.

A Rouen, depuis sept ans, ce rendez-vous participatif est devenu incontournable et il est à espérer qu'il sera reconduit par le futur directeur de cette salle dont le nom ne devrait pas tarder à être connu. Le Vaisseau fantôme, Hänsel et Gretel ou L'enlèvement au Sérail ont, par exemple, fait l'objet d'adaptation, la partition, chantée en français, ne dépassant alors pas une heure quinze.

Le public, très jeune on s'en doute, a répondu une fois de plus “présent“, les cinq chants requérant sa participation pleine et entière ayant été appris et répétés chez soi ou à l'école grâce au matériel mis à disposition sur le site de l'Opéra. Des séances de préparation ont également eu lieu au théâtre même.
“Tistou“ est porteur d'un message fort et d'actualité, et ce choix ne peut que trouver écho auprès du public, quelque soit son âge ou son degré de maturité. Faisant l'apologie du “mieux vivre ensemble“ et d'une meilleure répartition des richesses, l'oeuvre met en scène un être dont on ne sait s'il est un ange, et qui, comme tel, ne peut être étiquetté sexuellement.
Le metteur en scène en a donc fait une fille obligée par ses parents à vivre sous une identité masculine. Mais, à l'inverse d'Offenbach dans son Ile de Tulipatan, la perpétuation de l'espèce n'est pas l'enjeu du livret rédigé par Jean-Luc Tardieu.

De par ce don qui consiste à faire pousser de la végétation dès qu'il pose un pouce là où une graine s'est trouvée déposée par le hasard,Tistou est en effet appelé à accomplir une mission bien noble et exaltante. Découvrant la vie dans un bidonville, à l'hôpital, en prison, armé de courage plutôt que des canons que fabrique son riche père qui ne pense qu'à la guerre, il va s'appliquer à faire le bien et à éradiquer les inégalités sociales, et la souffrance qui en découle. Le départ vers les cieux de l'ange Tistou, portant une cape aux couleurs de l'Arc-en-ciel, sur une échelle de végétation entrelacée, ici un simple éloignement vers le fond de la scène, a quelque chose de naïf et de touchant à la fois, laissant à nous autres humains le soin et la responsabilité de changer le monde.
Les scènes sont courtes, émaillées de personnages truculents, au milieu desquels Tistou fait figure de poil à gratter.
Décors et costumes, associés à quelques projections vidéos, évoquent une époque future, terne et aseptisée, où une poignée de puissants mettent le monde au pas, de l'oie de préférence, la fatalité et l'inutilité étant invoqués pour justifier la maladie, la pauvreté ou l'enfermement, le mot “ordre“ martelé comme un slogan en guise de politique sociale.

Sauguet a su composer une musique d'essence savante, harmoniquement audacieuse, à l'instar de celles qu'il fît pour La Chartreuse de Parme ou Les Caprices de Marianne, à la structure raffinée, claire et mettant en valeur les couleurs instrumentales d'un orchestre allégé de neuf musiciens, tout en y intégrant des éléments facilement mémorisables, marche, berceuse, etc., d'inspiration populaire, revenant régulièrement dans la partition comme un fil rouge.

Tout cela est correctement chanté bien que l'on puisse trouver le Monsieur Père de M.Piccone trop vert, ou, pour le rôle essentiel du jardinier Moustache la voix de Yuri Kissin bien grise, au français peu intelligible, le Tistou de C.Trottmann frais et agile se taillant un beau succès au même titre que les huit enfants de la Maîtrise du Conservatoire qui, s'ils ne sont pas exempts de reproches en terme de rythme et de justesse, ont à leur charge une partie fort longue et difficile.

Avec un plaisir communicatif, le chef français Paul-Emmanuel Thomas dynamise l'ensemble, spectateurs compris, vers lesquels, salle éclairée, il se tourne lors d'interventions nombreuses et pas toujours aisées mais où le cœur y est.

En tout, ce sont onze représentations qui seront données entre les 28 février et 9 mars, et il paraît que tous les amateurs n'ont pas pu obtenir de places.... de quoi être optimiste quant à l'avenir du genre lyrique n'en déplaise aux Cassandre et décideurs politiques de tous poils que la chose culturelle rend muets.
A bons électeurs, salut !

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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