Berg-Wozzeck-Blunier / Mc Vicar-Genève-03/2017

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Loïs
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Re: Wozzeck / Genève / Blunier / Mc Vicar

Message par Loïs » 03 mars 2017, 19:30

En complément de l'interview de Jennifer Larmore inséré dans son fil : la présentation de la Tribune de Genève

De Woyzeck à Wozzeck

A l’origine, Wozzeck n’avait qu’un «z» et pouvait compter sur un «y». A l’origine, c’était un fait divers que l’écrivain et dramaturge Georg Büchner (1813-1837) décide d’adapter en une pièce de théâtre.
Cette pièce a contribué à ouvrir la voie au naturalisme et à l’expressionnisme allemand. Son ton direct a frappé les esprits de toute une génération. Alban Berg s’approprie à son tour la trame pour en faire un opéra. Le livret remanié en profondeur, l’œuvre acquiert son orthographe à deux «z» suite à une erreur de l’éditeur.

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Re: Wozzeck / Genève / Blunier / Mc Vicar

Message par dge » 03 mars 2017, 21:02

Alban BERG- Wozzeck

Opéra en 3 actes
Livret du compositeur d’après Woyzeck de Georg Büchner
Crée à Berlin – Staatstheater(Unter den Linden)- le 14 décembre 1925

Genève-Opéra des Nations – Mars 2017


Direction musicale : Stefan Blunier
Mise en scène et lumières : David Mc Vicar
Reprise de la mise en scène : Daniel Ellis
Décors etr costumes : Vicki Mortimer
Chorégraphie : Andrew George
Lumières : Paule Constable & Christopher Maravich

Wozzeck : Mark Stone
Marie : Jennifer Larmore
Le Tambour Major : Charles Workman
Le Docteur : Tom Fox
Andres : Tansel Akzeybek
Le Capitaine : Stephan Rügamer
Margret : Dana Beth Miller
1er apprenti : Alexander Milev*
2eme apprenti : Erlend Tvinnereim
Le Fou : Fabrice Farina
Un soldat : Omar Garrido
Un jeune homme : Rémi Garin

* : membre de la Troupe des jeunes solistes en résidence

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Direction : Alan Woodbridge

Orchestre de la Suisse Romande


Représentation du 2 mars 2017


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« Il y a dans cette œuvre, une coïncidence entre l’excellence littéraire et musicale, rarissime dans l’histoire de l’opéra ». Quand on connaît la distance que l’auteur de ce jugement - Pierre Boulez - a toujours prise avec le genre opéra, le compliment est d’importance. Il est vrai que depuis sa création en 1925, Wozzeck s’est affirmé comme une œuvre majeure de l’histoire de la musique, ayant sans doute marqué l’entrée de l’opéra dans la modernité. Elle a eu un rôle déterminant dans le développement de l’art lyrique au 20eme siècle et a influencé nombre de compositeurs.
Sa richesse musicale et dramatique ne cessent d’attirer chefs d’orchestre, metteurs en scène et artistes et justifie l’intérêt que l’on peut porter à toute nouvelle production. Celle que nous propose le Grand Théâtre de Genève, crée originellement au Lyric Opera de Chicago en novembre 2015 et due à David Mc Vicar, reprise ici par Daniel Ellis, est sur tous les plans une incontestable réussite.

Le 27 aout 1824, à Leipzig, le coiffeur Johan Christian Woyzek était exécuté en public pour avoir assassiné sa maîtresse. Pendant et après son procès il y eut un débat passionné dans les milieux scientifiques sur la réelle responsabilité de ses actes. Georg Büchner, lui-même médecin, s’intéressa à ce procès ancien et commença à écrire un drame que sa mort prématurée à cause du typhus, en 1837 à l’âge de 24 ans empêcha d’achever. L’écrivain laissait un manuscrit souvent illisible, fait d’un ensemble de 25 épisodes non structurés entre eux et qui généra plusieurs versions de l’œuvre au fur et à mesure que de nouveaux éléments étaient retrouvés. En mai 1914 Berg assiste à une représentation de la pièce à Vienne et, très touché par ce qu’il vient de voir, décide d’en faire un opéra. Il se met rapidement au travail d’écriture du livret et se convainc qu’un traitement dramaturgique de la pièce est nécessaire ce qui lui était d’autant plus facile puisqu’il n’en existait pas de version définitive. L’histoire est ramenée à 15 scènes réparties sur 3 actes de 5 scènes chacun. Le travail de composition ne pourra commencer qu’en 1917 après un service militaire de deux ans qu’il accomplira bien que déclaré inapte pour un service actif. Sans grandes ressources Berg reçut l’aide d’Alma Mahler pour publier son œuvre et c’est fort justement qu’il en fit sa dédicataire. Wozzeck (qui échangea son y de la pièce pour un z à cause d’une erreur de déchiffrage du manuscrit) fut crée avec succès à la Staatsoper de Berlin le 14 décembre 1925 sous la direction d’Erich Kleiber et repris rapidement sur beaucoup de scènes de par le monde. Mais il a fallu attendre le 2 mai 1952 pour que la création scénique ait lieu en France, au Théâtre des Champs Elysées sous la direction de Karl Böhm.
L’architecture musicale est très particulière et s’apparente presque à une construction mathématique. Berg avait un grand penchant pour la mystique des nombres. Chacun des trois actes et chacune des 5 scènes dans chaque acte a sa construction propre basée sur des formes anciennes (suite, rhapsodie, passacaille…). Le 1 er acte se compose de 5 charakterstücke - pièces de caractère - le second est défini comme une symphonie en 5 mouvements et le troisième se décompose en 5 inventions .
Le langage musical affranchi de tout système tonal n’obéit pas encore au sérialisme et mêle sprechgesang, ariosos ou même passages très lyriques. On peut se perdre à l’infini dans cette construction musicale très élaborée mais aussi, comme le musicien le déclarait en conclusion d’une conférence d’explication de sa construction musicale, oublier toutes les explications théoriques et esthétiques pour se laisser porter par la partition.

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Berg ne précise dans son livret aucun lieu et aucune époque. David Mc Vicar situe l’action en Allemagne peu après la première guerre mondiale. Le décor dû à Vicki Mortimer représente un grand monument aux morts composé d’un obélisque et d’une dalle de pierre sur laquelle sont gravés les noms de dizaines de soldats morts. Au dessus de cette dalle une statue en bronze représente un soldat recouvert de son linceul ne laissant découvrir qu’un bras terminé par un poing brandi vers le ciel. Le parti pris du metteur en scène est donc de faire de Wozzeck un des nombreux soldats qui sont rentrés chez eux marqués à jamais par les horreurs qu’ils ont vécues. A côté de ce monument écrasant et qui sera toujours au moins en partie visible pour rappeler le poids humiliant de la défaite, la scénographie est dépouillée. Deux rideaux blancs crasseux s’étendant sur toute la largeur de la scène et pouvant rappeler ceux qui servaient à délimiter les hôpitaux de campagne configurent les différents espaces. Actionnés par des machinistes invisibles ils permettent lorsqu’ils sont fermés des changements de décors rapides. Quelques accessoires suffisent à caractériser les différents lieux. Ainsi Wozzeck va chercher du bois en tirant une charrette qui le fait ressembler à une bête de somme, une gigantesque lentille permet au médecin d’examiner son cobaye, les fêtards au cabaret s’abreuvent directement aux pistolets qui délivrent la bière. Les scènes de cabaret sont traitées avec beaucoup de réalisme et montrent des personnages abattus et désenchantés qui viennent soigner leurs misères morale et sociale. Wozzeck n’est pas le seul à être fou. Les éclairages blafards de Paule Constable repris par Christopher Maravich contribuent à l’expression du désespoir ambiant. Lors du meurtre de Marie, pas de lune mais une faible lumière rouge vient éclairer le monument et le fond de scène et c’est dans une trappe ménagée dans le plancher de scène que Wozzeck se noie. Lors de la toute dernière scène, le fils de Marie (plus âgé que ne le veut le livret) arrive sur scène tirant la même charrette que son père au premier acte. Le metteur en scène écossais en fait son héritier dans la souffrance et l’humiliation qu’il connaîtra probablement comme beaucoup d’autres à la suite de la prochaine guerre. Contrairement à d’autres metteurs en scène, David McVicar atténue l’expressionisme de l’œuvre mais pour lui conférer un surplus d’humanité qui nous bouleverse.

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La distribution est à l’unisson de la qualité théâtrale. Il n’y a aucune faiblesse et tous les protagonistes sont à louer pour la qualité de leur chant. En premier lieu il faut saluer la double prise de rôle de Mark Stone en Wozzeck et de Jennifer Larmore en Marie.
Avec une voix claire, joliment timbrée et une bonne maîtrise des différents styles d’écriture de sa partition, le baryton gallois compose un Wozzeck pitoyable acceptant les frustrations et les humiliations avec une sorte de fatalisme. Mais il les extériorisera progressivement jusqu’à sa folie meurtrière, loin de tout excès expressionniste, avec sincérité et engagement.
Après avoir abordé le rôle de la Comtesse Geschwitz, Jennifer Larmore prend possession du rôle de Marie. Elle y est rayonnante, de santé vocale d’abord, dominant les sauts de registre et dardant ses aigus avec insolence, de sensibilité et d’intelligence musicale ensuite. Son interprétation culmine dans la première scène du troisième acte au cours de laquelle elle lit la Bible. Elle y atteint un sommet d’émotion, d’intensité et de lyrisme. En ce soir de première il y a peut-être encore un peu de retenue au niveau scénique mais la fréquentation du rôle en fera une interprète qui compte.
Tom Fox compose à la perfection un Docteur proche de la folie, possédé par ses idées d’expérimentations, précurseur de confrères qui feront encore pire. Vocalement à l’aise il impressionne par sa composition. On n’a pas toujours un Tambour-Major aussi bien chantant que Charles Workman frimeur et haïssable à souhait. Stephan Rügamer soutient bien la tessiture exigeante du Capitaine et Tansel Akzeybek est un Andres très lyrique. Au cours de ses courtes interventions Dana Beth Miller fait valoir son beau mezzo. Alexander Milev en premier apprenti impressionne par la qualité de son timbre et la projection de sa voix. Erlend Tvinnereim (deuxième apprenti) et Fabrice Farina (le fou) complètent ce plateau de qualité.

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Jouer Wozzeck est toujours un test pour un orchestre. L’ Orchestre de la Suisse Romande le passe avec succès dirigé d’une main ferme et précise par Stefan Blunier. On sait qu’un problème récurrent à l’Opéra des Nations est le dosage de l’équilibre entre fosse et plateau, la configuration du théâtre privilégiant l’orchestre pour une bonne partie de la salle. Le chef suisse maîtrise très bien cet équilibre et les chanteurs ne sont pas couverts. Les interludes entre les scènes sont joués avec beaucoup de lisibilité. Particulièrement remarquable est le dernier, sorte de résumé de l’histoire, interprété avec une intensité et un lyrisme bouleversants.



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Re: Berg-Wozzeck-Blunier / Mc Vicar-Genève-03/2017

Message par dge » 05 mars 2017, 23:56

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