Donizetti – La fille du régiment – Rizzi Brignoli/Vittoz – Toulon 02/2017

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Donizetti – La fille du régiment – Rizzi Brignoli/Vittoz – Toulon 02/2017

Message par Torquemada » 01 mars 2017, 23:45

La fille du régiment

Direction musicale Roberto Rizzi Brignoli
Mise en scène Vincent Vittoz
Décors Amélie Kiritzé-Topor
Costumes Dominique Burté
Lumières Caroline Vandamme

Marie Daniela Fally
La Marquise de Berkenfield Anne Marguerite Werster
La Duchesse de Crakentorp Nicole Monestier
Tonio Frédéric Antoun
Sulpice Frédéric Goncalves
Hortensius Francis Dudziak

Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon

Production de l’Opéra de Lausanne

Représentation du 28/02/2017 (première)

D'après la note de mise en scène que l’on a jointe au programme, la Fille du régiment selon Vincent Vittoz montre « une armée de gueules cassées produites par une guerre pouvant être celle de 14-18, des hommes regroupés dans la douleur et s’évadant de leurs blessures par le truchement d’une autre identité », d’autant que ces hommes-là ont peut-être « croisé une troupe ambulante de circassiens »… C’est peu dire que la réalisation du metteur en scène m’a semblé bien plus éloquente que sa note d’intention quelque peu confuse. Je ne suis pas suffisamment amoureux du livret de la Fille du régiment pour protester qu’on lui soit infidèle… Ce que fait justement remarquer Vincent Vittoz, c’est que l’on aura bien du mal aujourd’hui à éprouver de la sympathie pour une armée d’occupation, fût-elle française.

Laissons donc là le vingt-et-unième régiment d’infanterie (d’autant que les enjeux politiques ne paraissent guère intéresser Donizetti et son librettiste) et remplaçons-le par une compagnie de saltimbanques : la mésalliance crainte par la marquise de Berkenfield n’en est pas affectée. Décors et costumes récusent tout réalisme (du reste difficile à assumer jusqu’au bout avec pareil livret) pour camper côté cirque (I) un terrain vague, suggestif et nocturne, peuplé de créatures oniriques ; et côté château (II) une luxueuse villa alla Mallet-Stevens où les matières et les tissus chatoient, mais dont les lignes épurées enserrent Marie et Sulpice. Le dénouement oppose intelligemment le cirque bonhomme des hommes du métier au cirque hypocrite de la société, illustré par le défilé des vanités et des tartuffes qui prélude aux noces attendues de Berkenfield et Crakentorp. Le chapiteau qui descend des cintres au chœur final couronne la victoire des baladins au grand cœur. Si tous les détails ne sont pas d’une absolue cohérence, le résultat est habile et esthétiquement réussi et la Fille du régiment de 1840 n’y perd guère de plumes, d’autant que la direction d’acteurs est aussi soignée que la scénographie.

Pour sa première apparition toulonnaise, Roberto Rizzi Brignoli donne à la soirée sa respiration vive et naturelle, tirant le meilleur de l’orchestre maison et soutenant utilement les chanteurs dans leurs enthousiasmes comme dans leurs abandons. Le chœur m’a semblé cette fois avoir pris de l’uniforme de fantaisie un peu de la discipline militaire qui lui manque souvent d’ordinaire.

Enfin, si le choix (attendu) de la version originale exigeait un plateau aguerri dans la prononciation du français, tous s’en tirent admirablement. Seule non francophone de la distribution, Daniela Fally réussit notamment l’exploit, malgré un léger accent, d’une diction toujours limpide, dans les dialogues parlés comme dans les acrobaties vocales. Adroits diseurs, les artistes réunis n’en sont pas moins d’excellents chanteurs. Du côté de la noblesse, Francis Dudziak et Nicole Monestier forment d’impayables silhouettes tandis qu’Anne Marguerite Werster est une marquise gourmée dont l’aveu final montre toutes les failles. Mais c’est évidemment l’attachant trio du vingt-et-unième qui rafle tous les suffrages. En vieux grognon plein d’empathie, Frédéric Goncalves est un touchant Sulpice à la voix chaleureuse, qui paraît chanter comme il parle et parler comme il chante – sans doute le meilleur acteur de la troupe, au demeurant. Douée d’un indéniable charme scénique et vocal, Daniela Fally campe une Marie pleine d’abattage qui plie sa voix ductile aux voltiges du « Salut à la France » comme à la belle cantilène d’« Il faut partir ». Mais le timbre gorgé de séductions de Frédéric Antoun lui vole la vedette : le chanteur québécois incarne un Tonio brillantissime, qui décoche ses contre-uts la fleur au fusil et délivre un « Pour me rapprocher de Marie » émouvant jusqu’aux derniers rangs du paradis.
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Re: Donizetti – La fille du régiment – Rizzi Brignoli/Vittoz – Toulon 02/2017

Message par MariaStuarda » 02 mars 2017, 08:10

Décidément après Tannhauser, une fille en français.
Le sud défend bien l'opéra français !

(Merci pour ton CR :D )

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Re: Donizetti – La fille du régiment – Rizzi Brignoli/Vittoz – Toulon 02/2017

Message par Stefano P » 02 mars 2017, 09:18

MariaStuarda a écrit :
02 mars 2017, 08:10
Décidément après Tannhauser, une fille en français.
Le sud défend bien l'opéra français !

(Merci pour ton CR :D )
Très bien en effet, mais aujourd'hui, c'est quand même globalement la frenchie qui a triomphé sur l’italienne ; je ne suis pas persuadé qu'on assiste à la même évolution dans le cas de Tannhäuser... 8)
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Re: Donizetti – La fille du régiment – Rizzi Brignoli/Vittoz – Toulon 02/2017

Message par Loïs » 02 mars 2017, 09:27

MariaStuarda a écrit :
02 mars 2017, 08:10
Décidément après Tannhauser, une fille en français.
Le sud défend bien l'opéra français !
De manière générale la province (et oui le Sud avec Toulon, Marseille, Avignon, Toulouse et parfois Nice ou Montpellier) a toujours mieux défendu le répertoire français que Paris (hormis Favart bien sur).

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