Lully-Les Amants magnifiques-Niquet / Tavernier-Avignon-02/2017

Représentations
Répondre
Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20650
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Lully-Les Amants magnifiques-Niquet / Tavernier-Avignon-02/2017

Message par JdeB » 17 févr. 2017, 10:35

Direction musicale Hervé Niquet
Mise en scène Vincent Tavernier
Chorégraphie Marie-Geneviève Massé
Décors Claire Niquet
Costumes Erick Plaza-Cochet
Lumières Carlos Perez

Le Concert Spirituel
Compagnie L’Éventail
Les Malins Plaisirs

La Nymphe du Tempé, la Prêtresse Lucie Roche
Caliste Eva Zaïcik
Climène, 1er Amour et 1ère Grecque Margo Arsane
Tircis Laurent Deleuil
Lycaste, 2e Grec Clément Debieuvre
Philinte, 4e Amour Victor Sicard
Le Triton, 1er Satyre, 3e Grec Virgile Ancely
Eole, 2e Satyre Geoffroy Buffière

La Princesse Aristione Mélanie Le Moine
La Princesse Eriphile Marie Loisel
Cléonice Claire Barrabès
Sostrate Laurent Prévôt
Iphicrate Maxime Costa
Thimoclès Benoît Dallongeville
Clitidas Pierre-Guy Cluzeau
Anaxarque Quentin-Maya Boyé
Cléon Olivier Berhault

Danseurs
Anne-Sophie Berring,
Berengère Bodénan,
Romain Arreghini,
Bruno Benne,
Olivier Collin,
Pierre-François Dollé,
Robert Le Nuz,
Artour Zakirov.


Avignon, le 21 février 2017

Le Roi ne danse plus.

La vie des spectacles à Avignon au XVII ième siècle a été d’une exceptionnelle richesse. Lors du passage de Louis XIII, en 1622, la ville offre au roi une pièce de théâtre en musique composée par Sauvaire, chanoine et maître de musique de Saint Agricol, Le Duel de la juste rigueur et de la clémence, un des premiers prototypes de l’art lyrique français. En 1638, Avignon célèbre la naissance, tant attendue, du dauphin, futur Louis XIV, avec un nouveau ballet dit du Grand Alcandre gaulois. Le collège jésuite monte souvent des ballets, comme celui du Parnasse rétabli par Louis le Grand, le 9 septembre 1671 lors de la remise des prix aux meilleurs élèves. La troupe de Molière s’y produit en 1655 et en 1657.
Surtout, Avignon a été la deuxième ville de province, après la cité phocéenne, à découvrir les ouvrages de Lully. En effet, au cours de l’été 1687, la troupe de Pierre Gautier, un organiste de Marseille devenu entrepreneur de spectacles, y a monté Phaëton avant d’y donner, l’automne suivant, Armide, puis, en 1688, Bellérophon.

Représenté à Saint-Germain-en-Laye le 7 février 1670, Les Amants magnifiques, « comédie mêlée de musique et d'entrées de ballet », marquent l’apothéose et le terme ultime d’un genre, le grand ballet de cour, puisque le Roi-Soleil qui avait choisi le livret y dansa en public, dans le rôle d’Apollon, pour la toute dernière fois de sa vie après avoir répété son rôle jusqu’à en tomber malade. Il se fit remplacer pour la représentation suivante du 14 février et y reçut, dans la salle, le roi Casimir de Pologne.

Fruit de la collaboration des « deux Baptiste », Molière et Lully, ce spectacle des arts réunis (comédie, ballet, pastorale, pantomime, fête de cour) reprend le même schéma que celui de la Princesse d’Elide et s’inspire d’une pièce de Corneille, Don Sanche d’Aragon. Elle raille avec courage la croyance des Grands en l’astrologie. Molière avait été marqué par la prédiction du plus fameux astrologue du temps, Morin, un médecin reconverti dans cet art divinatoire, qui avait annoncé par erreur la mort de son ami Gassendi pour le mois d’août 1650 et surtout par le fait que la Cour ne lui tint nullement rigueur de cette fausse prédiction. Ni Descartes non plus d’ailleurs qui le tenait en estime et correspondait avec lui.

Pour tous les contemporains, la pièce mettait en scène dans le personnage de la princesse Eriphile un avatar à peine déguisé de la Grande Mademoiselle, la petite-fille d’Henri IV, première fortune du royaume, qui avait repoussé les plus beaux partis d’Europe par amour pour un certain Lauzun. Signalons que le compositeur André Jolivet a écrit en 1961 des variations sur cette partition de Lully que l’on trouve ici à son meilleur ce qui n’est pas le cas de Molière dont on a bien du mal à déceler le génie propre.

Comme l’écrit Philippe Beaussant dans sa biographie du « musicien du soleil », Lully et Molière « mettaient en œuvre une sorte de vestibule pour l’opéra » à la française qui va fusionner trois ans plus tard avec Cadmus et Hermione, tous les arts déjà présents ici tout en préfigurant aussi, lointainement, « ce qui sera la comédie de Marivaux : la comédie sentimentale doublée d’une comédie sociale », le tout « dans un spectacle démultiplié qui a pour thème le spectacle » et au final les épreuves sportives des Jeux Pythiens. La cour « contemple la cour d’Eriphile qui est une métaphore d’elle-même ; et elle voit la cour d’Eriphile qui contemple une métaphore, la pastorale qu’on lui donne en spectacle. (…) Il ne reste plus désormais qu’une étape à accomplir (…) ; c’est qu’Apollon lui-même devienne une métaphore. IL suffit que le roi ne danse plus, et que quelqu’un représente Apollon, dieu soleil définitivement détaché du corps du roi. »

Si l’on excepte quelques longueurs dans le texte servi par des comédiens qui ne trouvent leur véritable rythme de croisière qu’en seconde partie , ce spectacle est une petite merveille. Tant sur le plan visuel que musical et chorégraphique.
L’œil est ravi par la constante inventivité des images, du ballet sous-marin initial avec de superbes et anachroniques scaphandriers au dragon très carnaval chinois de la scène de la grotte en passant par le beau lustre floral de la pastorale. Les décors tout en légèreté, esquisses aux traits vifs et tulle vaporeux, les costumes chatoyants et les effets d’ombres chinoises sont ravissants. Celui de l’Apollon Héliophore du final avec ses 250 mini-ampoules led et ses cristaux lumineux éblouit. Artour Zakirov y personnifie la majesté et la grâce virile avec un rien d’étrangeté qui en rehausse le charme.
Saluons l’homogénéité et l’excellence des chanteurs avec mention spéciale à Eva Zaîcik et Martial Pauliat pour leur charisme et le relief conféré à leurs épisodiques personnages.

Marie Loisel est une tendre et noble Eriphile et l’élu de son cœur, Laurent Prévôt, qui évoque furtivement le grand Richard Fontana, après des débuts où il exagère trop le trouble où sa passion secrète le plonge trouve son juste tempo et une altière retenue chevaleresque.

Hervé Niquet pour ses débuts à Avignon se montre à son zénith et enlève cette partition de Lully avec une vigueur ductile qui lui sied fort bien.

Après son superbe Tancrède de Campra ici même au printemps 2014, Vincent Tavernier, grand spécialiste de Molière dont il a déjà monté une dizaine d’ouvrages, nous offre à nouveau un spectacle aussi mémorable que délectable.

Jérôme Pesqué.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

Avatar du membre
JdeB
Administrateur ODB
Administrateur ODB
Messages : 20650
Enregistré le : 02 mars 2003, 00:00
Contact :

Re: Lully-Les Amants magnifiques-Niquet / Tavernier-Avignon-02/2017

Message par JdeB » 23 févr. 2017, 15:51

Il ne reste qu'une seule reprise, à Reims le 20 mai prochain.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

altini
Ténor
Ténor
Messages : 851
Enregistré le : 31 janv. 2006, 00:00
Localisation : avignon

Re: Lully-Les Amants magnifiques-Niquet / Tavernier-Avignon-02/2017

Message par altini » 23 févr. 2017, 16:21

On en apprend tous les jours!
Merci pour toutes ces informations. :D

Avatar du membre
Piero1809
Ténor
Ténor
Messages : 854
Enregistré le : 14 avr. 2009, 23:00
Localisation : Strasbourg
Contact :

Re: Lully-Les Amants magnifiques-Niquet / Tavernier-Avignon-02/2017

Message par Piero1809 » 23 févr. 2017, 20:05

Merci pour ce compte rendu.
Dommage quand même qu'il ne reste souvent plus aucune trace d'un spectacle original ayant demandé beaucoup d'efforts.

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 78 invités