Récital Y.Beuron/A.Palloc - Eléphant Paname - 26/09/2016

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Coco-bel-oeil
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Récital Y.Beuron/A.Palloc - Eléphant Paname - 26/09/2016

Message par Coco-bel-oeil » 27 sept. 2016, 22:53

Récital de mélodies Françaises, présenté dans le cadre de L'Instant Lyrique à l'Eléphant Paname à Paris

Fauré : C'est l'extase, Soir, Prison, En sourdine, Spleen, Madrigal
Saint-Saëns : Rêverie, L'enlèvement, La cloche
Debussy : La mort des amants, Recueillement
Poulenc : Tel jour telle nuit

Bis : Poulenc, Bleuet ; Hahn, Offrande ; Poulenc, C


J'ai passé une superbe soirée ce lundi à l'Éléphant Paname. Le concert était donné sous le "dôme" de ce lieu insolite, salle ronde dans laquelle avaient été installés des chaises autour de la petite scène. Elle offre une proximité rare avec les artistes, idéale pour ce répertoire.

La mélodie française était hier merveilleusement servie par Yann Beuron et Antoine Palloc qui font preuve d'une belle complicité tout au long de la soirée. Le ténor est tout à fait à son aise dans ce répertoire, tour à tour drôle et tendre, passionné ou mélancolique. Et la voix est très belle ! Le pianiste n'est pas en reste et les accompagnements finement ciselés participent pleinement à la réussite de ce concert. La diction du chanteur est irréprochable, c'est un véritable plaisir de profiter aussi naturellement du sens des poèmes.

C'est avec Fauré que commence le récital. C'est l'extase crée en quelques secondes une atmosphère idyllique. J'admire beaucoup la flexibilité de la voix de Yann Beuron. Il sait caractériser chaque phrase, chaque inflexion sans perdre le naturel de ces mélodies. Quelle maitrise de l'art de la coloration et de la délicatesse des nuances ! En sourdine est particulièrement réussi, la voix se déploie en de longues phrases langoureuses sur le tapis de perles déployé par Antoine Palloc.

J'ai découvert les trois mélodies de Saint-Saens, particulièrement vivantes ce soir. L'enlèvement est un grand moment, alliance parfaite de l'humour et de la tendresse, chanté avec une distance légèrement amusée.
Viennent ensuite deux mélodies de Debussy, une interprétation particulièrement passionnée de La mort des amants avant un Recueillement magnifiquement retenu.

Avec Tel jour telle Nuit, Poulenc nous offre un cycle génial qui s'ouvre et se clot paisiblement tandis que les mélodies centrales nous font passer brusquement par de multiples sentiments. Nos deux interprètes maitrisent parfaitement ces contrastes, et passent magistralement des éclats à la sérénité. J'aime parfois plus de lyrisme chez Poulenc, mais il n'y a pas ce soir de concessions aux abrupts changements d'atmosphères, à l'humour grinçant ou l'amertume de ces oeuvres.

Trois bis couronnent cette soirée, des mélodies très émouvantes chaleureusement accueillies par un public visiblement conquis tout comme moi par ces artistes généreux et sensibles qui nous ont fait vivre un moment d'exception.

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Re: Récital Y.Beuron/A.Palloc - Eléphant Paname - 26/09/2016

Message par JdeB » 28 sept. 2016, 08:15

Je rappelle notre dossier Yann Beuron

http://www.odb-opera.com/joomfinal/inde ... ann-beuron

et l'interview récente d'Antoine Palloc où nous évoquons ce cycle de récitals à l'Elephant Paname

http://www.odb-opera.com/joomfinal/inde ... ine-palloc
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Re: Récital Y.Beuron/A.Palloc - Eléphant Paname - 26/09/2016

Message par EdeB » 01 oct. 2016, 15:24

Yann Beuron – ténor
Antoine Palloc – piano

Gabriel Fauré
C’est l’extase
Soir
Prison
Spleen
En sourdine
Sérénade Toscane


Camille Saint-Saëns
L’enlèvement
Rêverie
La cloche


Claude Debussy
La mort des amants
Recueillement


Francis Poulenc
Bonne journée
Une ruine coquille vide
Le front comme un drapeau perdu
Une roulotte couverte en tuiles
A toutes brides
Une herbe pauvre
Je n’ai envie que de t’aimer
Figure de force brûlante et farouche
Nous avons fait la nuit


BIS :
Poulenc : Bleuet
Hahn : Offrande
Poulenc : Les ponts de Cé

L’instant lyrique à Eléphant Paname (Paris), 26 septembre 2016



Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche
Baudelaire.


La mélodie française est un répertoire exigeant, réclamant profondeur et intimité, musicalité et empathie. Cet art qui demande, plus encore qu’une diction ciselée, une intime conviction et un entendement fulgurant de ces miniatures en clair-obscur, Yann Beuron le possède absolument. Ce remarquable conteur, prince dont le répertoire français est le royaume, a délivré ses sortilèges pour nous conduire doucement à travers les univers contrastés de Fauré (dont on ne rappellera pas le disque magistral qu’il grava pour Timpani en 2009, tant il reste présent en mémoire), Debussy et Poulenc. Comme son grand aîné Hugues Cuénod, dont il est l’un des seuls vrais héritiers, il sait safraner d’une inflexion, d’un infinitésimal retard, d’une pause qui s’emplit de vertige, les vers qu’il nous offre. Ductilité de la ligne de chant, fausse légèreté qui a l’élégance de son émotion contenue, sympathie frémissante avec les destins ici effleurés, sont les maîtres mots d’un chant qui emporte bien loin, dans la pureté de son élan et la mélancolie d’immuables regrets. Ni la fermeté ni la flamme ne sont absentes de ces scènes intimes ou paysages esquissés d’un trait, zébrant d’un miroitement à la Turner des encres tourmentées qu’on croirait issues de la plume de Victor Hugo. Tendre, caustique, éploré ou méphistophélique, le ténor joint le geste au galbe de la voix, en des traits dont le silence perpétue le tracé, incarnant pleinement ces poèmes qui brillent d’un éclat subit, avant de replonger dans leurs limbes oubliées. Susurrant des secrets qui semblent à nous seuls destinés. Clamant des impressions qui bruissent depuis leurs cénacles de papier.

Au sein de ce florilège de vieux amis à la postérité plus ou moins assurée, il faut distinguer trois merveilles peu fréquentées, celles de Saint-Saëns ; un flamboiement très Jeune France (Théophile Gautier n’est pas loin…) s’allie à un humour désabusé teinté d’enthousiasme, en un fascinant oxymore (« Viens ! nos doux chevaux mensonges / Frappent du pied tous les deux, / Le mien au fond de mes songes, / Et le tien au fond des cieux » L’enlèvement) ou en un panorama où la pénombre n’altère pas la beauté (La cloche).

En Antoine Palloc, Yann Beuron a trouvé plus qu’un complice. C’est dans une fraternité absolue que ces deux musiciens tissent ces récits qui, pour leur brièveté, n’en sont pas moins immenses. Cette entente coruscante trouve son accomplissement dans le cycle des mélodies de Poulenc qui clôt la soirée : dans un équilibre sidérant, qui fait la part entre amertume, dérision, orgueil et flamboiement, les ruptures et les essors de ce grand maître des destins humains, trouvent une apothéose. Ce piano séduisant et coloré, inexorable et sensible, à l’empathie magistrale, s’insinue entre les mots et fait sourdre ceux que le poète n’a pu dire qu’en creux. Et qu’on écoute encore alors que la dernière note s’est tue. Eperdument.

Emmanuelle Pesqué
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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