Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/Marelli - Toulouse - 04/2016

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Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/Marelli - Toulouse - 04/2016

Message par jeantoulouse » 13 avr. 2016, 17:43

Attilio Cremonesi direction musicale
Marco Arturo Marelli mise en scène et scénographie
Friedrich Eggert lumières
Dagmar Niefind costumes
Costumes provenant du Teatro Real de Madrid

Lucas Meachem Le Comte Almaviva
Nadine Koutcher La Comtesse Almaviva
Dario Solari Figaro
Anett Fritsch Susanna
Ingeborg Gillebo Cherubino
Jeannette Fischer Marcellina
Dimitry Ivashchenko Bartolo
Gregory Bonfatti Don Basilio
Mikeldi Atxalandabaso Don Curzio
Elisandra Melián Barbarina
Tiziano Bracci Antonio
Zena Baker*, Marion Carroué* Deux Dames
* Artistes du Chœur du Capitole

Orchestre national du Capitole

Chœur du Capitole
Alfonso Caiani direction

Répétition générale ce jour des Noces, enthousiaste et enthousiasmante. Mise en scène fluide, élégante, souriante. Déplacements et jeu d'acteurs précis, subtils. Décors, éclairages et costumes parfaits pour créer des climats en accord avec la musique. Interprétation d'une qualité exceptionnelle, sans qu'aucun rôle soit moins bien distribué. Orchestre au mieux de sa forme dirigé avec acuité.
CR après la représentation du 26 avril.

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Re: Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/M A Marelli. Capitole Toulouse Avril 2016

Message par fomalhaut » 13 avr. 2016, 20:20

Anett Fritsch Susanna ?...Fiordiligi à Madrid en 2013.
N'a-t-elle pas déjà été distribuée dans le rôle de la Comtesse ?

fomalhaut

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Re: Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/M A Marelli. Capitole Toulouse Avril 2016

Message par jeantoulouse » 14 avr. 2016, 08:23

Anett Fritsch a en effet chanté les trois rôles : la Comtesse (à Salzbourg, je crois), Suzanne et ... Chérubin ! Et à Bruxelles Fiordiligi dans la mise en scène de Haneke.

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Re: Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/Marelli - Toulouse - 04/2016

Message par Zelenka » 14 avr. 2016, 13:11

Et, une fois encore, aucun chanteur français dans les rôles principaux ! Alors que l'excellent Thomas Dolié, remarquable comte récemment en tournée, est sous-employé...

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Re: Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/Marelli - Toulouse - 04/2016

Message par dessoles » 16 avr. 2016, 09:04

Magnifique soirée devant un Capitole complet jusqu'aux dernières places sans visibilité....(rare) ...Un régal vocal(sauf un chérubin pas assez chérubin..justement.;voix trop lourde pour le rôle) ..et un régal théâtral avec de vrais chanteurs acteurs extraordinaires(de nombreux rires tout au long de la soirée...loin de certaines mises en scène pontifiantes a mourrir d'ennui!) Superbes décors et éclairages permettant cette mise en scène virevoltante ou tout l'esprit de Mozart explosait. L'orchestre rehaussé a été remarquablement dirigé par un Cremonisi attentif aux pulsations et a l'équilibre avec les voix qui lui a valu une ovation au rideau final! public heureux et enthousiaste.

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Re: Mozart - Le Nozze di Figaro - Cremonesi/Marelli - Toulouse - 04/2016

Message par jeantoulouse » 27 avr. 2016, 10:25

Représentation du 26 avril 2016.

Voilà huit ans qu’était offert ce cadeau des Noces au Capitole en 2008. Avec une distribution totalement différente, mais dans la même mise en scène, vive, élégante, enlevée et… intelligente.
Un bonheur total, théâtral et musical salué par un public enthousiaste, le sourire au cœur.

Cette réussite doit d’abord aux interprètes. Tous sont scéniquement crédibles : ils ont l’âge et/ou le physique du rôle. Vêtus des beaux costumes dessinés par Dagmar Niefind, ils évoluent dans un décor tapissé d’une toile allégorique d’un peintre espagnol du XVIII° siècle. Dirigés avec finesse par Marco Arturo Marelli, ils jouent leur personnage avec aisance et conviction. La gestuelle s’avère variée, toujours en situation ; les déplacements sont rapides, élégants et signifiants. Bref, Beaumarchais est présent et on songe plus d’une fois au Mariage de Figaro incisif de Vitez, c’est assez dire ! Bon acteurs, tous sont des musiciens.

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Le Nozze di Figaro sont aussi les Noces de Suzanne. Anett Fritsch s’avère pleine de fraicheur, de délicatesse, de joie de vivre. La voix lumineuse et souple pare le « Deh vieni non tardar » (un peu rapide mon goût) d’une poésie troublante que complètent un récitatif ironiquement ardent et un jeu subtil avec le voile de mariée. Un moment musical intense que double une image théâtrale parfaitement ajustée : Mozart sourit !
Nadine Koutcher chante souvent sous la direction de Teodor Currentzis, dont elle a été au disque la Zerline par exemple. La voix apparait dorée comme une aurore et son « Dove sono » tout bonnement admirable. Le « Porgi amor », plus retenu, devient bien cette « pavane pour des plaisirs défunts » selon le bon mot d’un critique. La « canzonetta su l’aria » marie à la perfection le chant d’Anette Fristch et de Nadine Koutcher dans une envolée ravissante de tendresse, de complicité, d’espièglerie et d’une feuille de musique échangée de main en main comme un papillon qui voltige. Ici encore musique et théâtre ne font qu’un : Mozart exulte !
La norvégienne Ingeborg Gillebo remplace Maïté Beaumont initialement annoncée. Récent Cherubino dans la production Minkowski/Alexandre donnée à Versailles en janvier, la mezzo norvégienne a fait ses débuts au MET sous la direction de James Levine en 2014 dans ce rôle qu’elle a chanté à Vienne, Zurich et Oslo. C’est un elfe, vif, agile, au timbre chaud, parfait pour ce personnage d’adolescent amoureux de toutes. Ses deux airs sont enlevés avec la fièvre et l’émotion adéquates.
Si on ajoute pour compléter le quintette féminin la délicieuse Elisandra Melián qui nous avait ravis dans la zarzuela de Vivès Doña Francisquita présentée en 2014 et la pimpante Jeannette Fischer qui, dans la salle même, debout à l’orchestre, chante avec virtuosité et malice sa fable féministe « Il capro et la capretta », on comprendra notre bonheur.
D’autant que les hommes ne sont pas en reste. Le Comte de Lucas Meachem apparait ardent, jouisseur, mais sans la morgue d’un Dom Juan. Le baryton américain, applaudi ici même dans un rôle aux antipodes – le Wolfram de Tannhäuser – montre quel parfait acteur et quel chanteur il peut être. Sa colère jalouse dans la scène du II, son agitation violente pour son grand air du III (belles vocalises sur le « E giubilar mi fa ») font entendre et voir à la fois l’exaltation du personnage et une subtile ironie par rapport à ses excès. Genre : « Je bombe le torse, mais je ne suis pas dupe ! » Le ballet de satisfaction que lui impose le metteur en scène avec pertinence lorsqu’il croit acquis le jugement favorable à Marcelline s’avère élégant et cocasse en même temps !
Dario Solari possède toute la verve d’un Figaro. Dès le « Se vuol ballare » initial, chanté avec goût et tempérament, il impose un Figaro dansant, virevoltant, caracolant, mais opiniâtre, courageux, tenace pour défendre son amour et son honneur. Et même si Da Ponte a édulcoré son monologue sulfureux, demeure dans ce Figaro-là, dans sa dégaine et dans sa voix, de la graine de Beaumarchais. Ardent. Debout.
Le Bartolo de luxe de Dimitri Ivashchenko lance « La vendetta » avec autorité et une voix magnifique qui tonne. Gregory Bonfatti (Don Basilio), Mikeldi Atxalandabaso (Don Curzio)et Tiziano Bracci (Antonio) s’avèrent bien plus que des silhouettes. Bien chantants, ils parviennent à créer des personnages cocasses qui participent, tout comme les chœurs, de la réussite dramatique du spectacle.
Ajoutons que les ensembles, si nombreux et si important dans les Noces, sont parfaitement réglés, chantés avec une rigueur et une vigueur qui enfièvrent la musique de Mozart.
Mais que serait Mozart sans un chef qui l’aime et le sert ? Attilio Cremonesi qui « orchestrait » déjà Don Giovanni et Cosi complète par ces Noces la trilogie Da Ponte-Mozart au Capitole. Il y a chez ce chef modeste une rigueur sans raideur, une légèreté sans mollesse, une vivacité sans précipitation. La générale avait manifesté une tendance pour les musiciens à « chanter » un peu fort. Le défaut a été corrigé et l’équilibre apparait parfait entre fosse et scène. Jamais on ne s’alanguit, car une préoccupation prévaut : c’est une comédie, c’est du théâtre. Il faut à la fois du rythme et de la respiration pour que les humeurs, les affetti éclosent, s’expriment, mais sans pause et sans pose. Sous une direction aussi experte, l’orchestre du Capitole – bois cajoleurs, cuivres malicieux, cordes caressantes - éprouve à l’évidence les mêmes frémissements que Cherubino : « E a parlare mi sforza d’amore / Un desio che non posso spiegar » (« Et un désir irrépressible me pousse à parler d’amour »). Quand la musique aussi joue la comédie, le plaisir est complet. Et le continuo des récitatifs porté par le volubile pianoforte de Robert Gonnella et la rondeur du violoncelle de Christopher Waltham ajoute à l’alacrité de la représentation théâtrale.


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Photo David Herrero

Dans cette production en effet, on ne peut démêler la musique et le théâtre. Marco Arturo Marelli joue habilement avec le décor de panneaux coulissants qu’il a lui-même conçu pour multiplier les espaces, travailler la fluidité des déplacements, produire des échos d’une scène à l’autre. Les « dessous » - de matelas, de drap, d’édredon, de siège – facilitent les jeux de cache – cache qui triomphent en toute lisibilité dans le bel acte final : un labyrinthe de buis, deux bancs, la porte d’un pavillon et la poursuite se met en branle, dans des lumières nocturnes raffinées signées Friedrich Eggert, auteur d’éclairages superbes au lever de la Comtesse au II. Pour amuser, point n’est besoin d’anachronismes parasites. Tout converge dans le mouvement. Comédie du désordre amoureux, la « folle journée » où même la Comtesse participe au combat d’oreillers, reste d’abord celle des élans du cœur, des pulsions - de rage, de désir, de jalousie -, des cabrioles folâtres. Grand organisateur de ce désordre, Marco Arturo Marelli nous rend proches de ces êtres de théâtre saisis dans les quelques heures de fébrilité qu’aimante l’« Adoncino d’amor ».

Ce soir, Beaumarchais rendait visite à Mozart. Et cette rencontre, à laquelle, témoins privilégiés, nous avons été conviés, était vive et brillante. Rarement le chœur final n’aura sonné si juste. Que la programmation de la saison prochaine qui sera annoncée le 3 mai nous offre de tels plaisirs et « « Ah ! tutti contenti / Saremo cosi ».

Jean Jordy

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PS. Figaro uruguayen, Comte américain, Chérubin norvégien(ne), Comtesse bélarusse, Suzanne allemande, Marcelline suisse (sic), Barberine espagnole, Bartolo russe…
Quand tant de talents sont réunis, faut-il déplorer l’absence de chanteurs français dans la distribution ? Le signaler, sans doute. S’en indigner… ça se discute !




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