Donizetti - Don Pasquale - Forès Veses/Cigni - Reims 02/2014

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Donizetti - Don Pasquale - Forès Veses/Cigni - Reims 02/2014

Message par JdeB » 14 févr. 2014, 16:49


Don Pasquale
Direction musicale : Roberto Forés Veses
Mise en scène : Andrea Cigni
Décors et costumes : Lorenzo Cutuli
Lumières : Fiammetta Baldiserri


Don Pasquale : Simone Del Savio
Norina : Anna Sohn*
Ernesto : Leonardo Cortellazzi
Dottore Malatesta : Alex Martini
Le notaire : Jean Vendassi
Le Majordome : Olivier Papot
Une femme de chambre et la modiste : Constance Mathillon
Un valet et le coiffeur : Cédric Veschambre
Choeur : Ensemble Lyrique Champagne-Ardenne
Chef de choeur : Hélène Le Roy
Orchestre : Opéra de Reims
*Lauréats du 23ème concours de chant de Clermont-Ferrand (février 2013)

Reims, le 11 février 2014

Soixante-neuvième opus du catalogue donizettien (qui en compte 72), Don Pasquale, œuvre de la maturité et de la période parisienne, a été créée le 3 janvier 1843 au Théâtre des Italiens par un quatuor de légende: Grisi, Mario, Tamburini et Lablache, rien de moins ! Cet opéra, composé rue de Gramont en onze jours selon la vantardise de son auteur (plus probablement en un trimestre), se propose de revivifier les vieux schémas de l’opéra bouffe. A l’instar de Rossini, Donizetti a recours ici à des réemplois de ses partitions précédentes : la cabalette du ténor dans Gianni di Parigi devient l’air de Pasquale « un foco insolito », le duo de Malatesta / Pasquale dérive d’un air de Gaspar tiré de L’Ange de Nisida, première mouture de La Favorite, tandis que le final de l’œuvre s’inspire directement de la mélodie de La Bohémienne.
Son livret reprend les grandes lignes de celui de Ser Marcantonio de Pavesi, l’opéra le plus joué à la Scala de Milan durant la décennie 1810, lui-même avatar d’une pièce de Ben Johnson, Epicoene or the Silent Woman (1609) qui sera repris par Stefan Zweig et Richard Strauss dans Die Schweigsame Frau (La femme silencieuse) en 1935. Il demande cinq changements de décors si on le suit à la lettre. Si on se réfère à une tradition plus commedia dell’arte, on peut voir en Pasquale un nouveau Pantalone, en Malatesta un descendant de Scapin, identifier Ernesto à un Pierrot amoureux et Norina à une Colombine doublée d’une fausse ingénue.
Sur le plan de la forme musicale, il marque un retour à une structure en pezzi chiusi tandis que l’écriture vocale conjugue l’héritage napolitain relayé par Rossini avec ses procédés de syllabisation accélérée et l’usage des crescendi à un lyrisme plus épanoui et romantique.
Mais la forte caractérisation des personnages, le soin très particulier apporté à l’orchestration et l’inspiration d’un génie au sommet de son art font de Don Pasquale un bijou dont le succès ne s’est démenti même si l’œuvre n’est pas souvent donnée finalement.
A Paris, après onze représentations Salle Favart entre 1896 et 1904, il a fallu attendre quatre-vingt dix ans son retour qui eut lieu le 10 mai 1994 avec une production d’Alain Marcel venue de Nice et servie par un brillant quatuor : G. Bacquier, L. Vaduva, R. Gimenez et A. Corbelli. Le Théâtre des Champs-Elysées monta ce chef d’œuvre en mai 1962 dans une production du Massimo de Palerme et, en 2012, sous la houlette de Podalydès (ce ne fut qu’un demi-succès).
Pour compléter, la chronologie déjà ancienne de l’Avant-Scène n° 108 (1988), notons que, l’ouvrage fort peu présent sur les scènes de province avant la fin des années 1960, doit beaucoup au Festival d’Aix qui le présenta Place des Quatre Dauphins, dans la grande tradition du théâtre de tréteaux, en 1977 puis, à l’Archevêché, en 1990, les deux fois avec G. Bacquier. La production évoquée plus haut d’Alain Marcel a beaucoup voyagé au cours des années 1990 (Nice, Nîmes, Avignon, Reims en mars 1997 avec Michel Trempont, Bordeaux). Citons aussi un spectacle d’André Batisse en février 1998 avec P. Petibon à Tours, en 2002 à Marseille la vision de Robert Fortune et, la même année à Lyon, celle de François de Carpentries (applaudie aussi à Bruxelles avec le très jeune Calleja). Sans oublier la production de Stéphane Roche à Toulouse en avril dernier.

La production de ce soir, signée Andrea Cigni, va elle aussi parcourir un beau chemin (Rouen le mois prochain, Limoges en avril, Avignon les 25 et 27 janvier 2015, Massy, Saint-Etienne, Vichy, …). Et c’est tant mieux car elle ne manque pas de charmes !
Elle fait du rôle-titre, souvent perçu comme un personnage balzacien, un nouvel Oncle Picsou (on reconnaît le sou fétiche idolâtré sous sa cloche de verre), un cousin de Mr. Scrooge de Dickens tandis que la scénographie est axée sur deux coffres-forts, celui qui tient lieu de maison et celui, qui à l’intérieur, renferme toute sa richesse. Transposée dans les années 1950, elle se fonde sur l’antithèse entre richesses matérielles et richesses du cœur. A l’opposé du monde d’acier de Don Pasquale, le locus amoenus du jardin de Norina apparaît comme un havre de nature et de fraîcheur, enserré de roses largement écloses et survolé d’un pigeon voyageur messager…La belle y chante, un magazine de Vogue avec S. Berlusconi « Il Cavaliere » en couverture déployé, sur une balançoire dans une esthétique assez Pierre & Gilles. Que chante-t-elle ? « Quel guardo il cavaliere »…
Prise d’une frénésie de dépenses somptuaires après ses fausses épousailles avec le barbon avaricieux, elle videra presque complètement l’immense coffre-fort de l'intérieur au profit d’une domesticité pléthorique et de marques de grand luxe : Vuitton, Chanel, Givenchy, …avant de convoler, in fine, avec son véritable amour.
Les couleurs acidulées et le côté très british des costumes, la figuration haut de gamme (mention particulière à Cédric Veschambre coiffeur particulier cloné sur Emmanuel de Brantes et au majordome un peu famille Adams d’Olivier Papot), un véritable sens du rythme et une direction d’acteur très juste font de cette production un régal.

La distribution réunie notamment grâce au concours de chant de Clermont-Ferrand réserve elle aussi de belles surprises. Simone del Savio dessine un Pasquale plus vrai que nature, débordant d’humanité, à la voix ductile et rompue au chant syllabique mais qui plafonne assez vite dans l’aigu. Il sait éviter toute forme d'histrionisme dans un rôle où l’on peut tomber facilement dans ce travers.
La soprano coréenne Anna Sohn, à l’abattage scénique indéniable, possède une voix fraîche et bien projetée, une très bonne technique.
Leonardo Cortellazzi est un Ernesto romantique à souhait, ténor stylé et riche de nuances.
Alex Martini, enfin, campe un Malatesta qui mène la danse avec brio, doté d’un sens des mots remarquable.

Ils sont tous galvanisés par la direction vif-argent de Roberto Forès Veses qui contribue grandement au triomphe du spectacle.

Jérôme Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra

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