Récital A.Kirchschlager/S.Lepper - ONR - 11-02/2014

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Piero1809
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Récital A.Kirchschlager/S.Lepper - ONR - 11-02/2014

Message par Piero1809 » 14 févr. 2014, 15:03

Récital
Angelika Kirchschlager mezzo-soprano
Simon Lepper piano
Strasbourg-Opéra
mardi 11 février 2014

Hugo Wolf (1860-1903)
Auf einer Wanderung
Nimmersatte Liebe
Verborgenheit
Er Ist’s
Lebe Wohl
Elfenlied
Franz Liszt (1811-1886)
Es war ein König
Der du von dem Himmel bist
Joseph Marx (1882-1964)
Hat dich die Liebe berührt
Nachts
Der bescheidene Schäfer
Schlafend tragt man mich
Der Ton
Johann Wolfgang Korngold (1897- 1957)
Fünf Lieder op.38
Richard Strauss (1864-1949)
Du meine Herzens Krönelein
Das Rosenband
Nichts Ruhe, meine Seele
Für fünfzehn Pfennige
Morgen
Cäcilie

Le Lied romantique allemand a connu une magnifique floraison à la fin du 19ème siècle avec les cycles de Lieder de Hugo Wolf (Mörike Lieder, 1888), une grande partie des Lieder de Richard Strauss, notamment tous ceux chantés dans ce récital, et au début du 20ème siècle avec ceux de Gustav Mahler, notamment les Ruckert Lieder de 1902. Les chants de Joseph Marx présentés ici datent tous des années 1908 à 1911 et se rattachent encore nettement aux précédents. Les derniers feux du romantisme allemand s'éteignent avec Johann Wolfgang Korngold dont les Fünf Lieder op. 38 datent de 1938. Si les Lieder de Korngold peuvent être considérés comme le chant du cygne du romantisme allemand, alors les Vier letzte Lieder de Richard Strauss (1948) pourraient en être le Requiem !

C'est donc à un programme très homogène auquel le public a été convié. Bien que les deux lieder de Franz Liszt présentés soient bien antérieurs à tous les autres du récital (1842-1856 pour la ballade Le roi de Thulé), ils ne détonnent pas vu l'audace des harmonies notamment dans le très profond Der du von dem Himmel bist avec les chromatismes insensés de la partie de piano. Les mélodies de Hugo Wolf sur des poèmes de Eduard Mörike se situent dans une sphère plutôt aimable, assez inhabituelle chez lui, il est en effet question de promenade au milieu des fleurs, d'Amour jamais assouvi, du retour du Printemps. Mais le sublime Lebe Wohl nous plonge dans la douleur de l'Adieu définitif. Avec Joseph Marx, on reste en terrain familier, et on n'est d'abord pas convaincu de découvrir dans cette musique une personnalité marquante, jusqu'au tragique Schlafend tragt man mich dont l'intensité émotionnelle n'a d'égale que sa brièveté. Richard Strauss ne surprendra non plus personne car on connaît depuis longtemps son incroyable maîtrise du Lied. Elle se manifeste de manière particulièrement évidente dans deux merveilles : Das Rosenband (le Ruban rose) et ses harmonies raffinées et dans le fantastique Ruhe, meine Seele (Repose toi, mon âme). Johann Wolfgang Korngold aurait pu cloturer ce concert car ses Fünf Lieder op. 38 sont une œuvre tardive composée entre 1940 et 1947, largement après l'installation du musicien aux Etats Unis. Les deux premiers Lieder se situent bien dans la lignée du postromantisme allemand notamment l'étonnant et troublant Der Kranke (Le malade) et ses harmonies chromatiques réminiscentes de la seconde école de Vienne. Une verve folklorisante anime les deux suivants notamment le magnifique Alt Spanisch (Ancien Espagnol) et ses arpèges impressionistes au piano. Avec My Mistress'Eyes d'après Shakespeare, on change complètement de style musical pour rentrer dans le monde de la meilleure comédie musicale américaine et qui aurait fait, à mon humble avis, une fin de récital idéale.

Je ne connaissais pas du tout Simon Lepper et j'ai été impressionné par sa présence et sa maîtrise du sujet. Les parties de piano (je n'utilise pas à dessein le terme accompagnement plutôt réducteur), de ces Lieder post-romantiques sont généralement complexes et prennent parfois le pas sur le chant. C'est le cas chez Liszt où le pianiste a fort à faire et sut ménager avec beaucoup d'intelligence un équilibre sonore avec la voix. Dans le sublime Rosenband de Richard Strauss, le piano a la tâche redoutable de remplacer un orchestre particulièrement fourni et chatoyant et on peut remercier Simon Lepper d'avoir tiré toutes les ressources de son clavier pour ce Lied si exigeant. La délicatesse de son toucher a fait également merveille dans les arpèges debussystes de Alt-Spanish.

Dès que j'entendis les premières notes de Auf einer Wanderung de Hugo Wolf, je savais que je ne serais pas déçu par Angelika Kirchschlager. Avec une intonation idéale, la mezzo soprano a fait entendre le timbre chaud et velouté de sa voix. J'ai été conquis par la pure beauté de sa ligne de chant et subjugué par la large palette de couleurs qu'elle a déployée. Ne disposant pourtant pas d'un grand volume, sa voix se projette aisément ce qui lui donne une certaine réserve de puissance quand le texte l'exige comme par exemple dans Ruhe, meine Seele ou bien Morgen. Jamais figée, elle fait valoir son naturel et sa spontanéité dans une gestuelle efficace et toujours adéquate, notamment dans l'humour quelque peu ravageur qui sous-tend le texte de My Mistress'Eyes.

Des applaudissements nourris saluèrent les deux artistes qui donnèrent deux bis dont un magnifique Lied de Richard Strauss plein de juvénile ardeur.

Pierre Benveniste

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