Récital M-N.Lemieux/D.Blumenthal - Salle Gaveau - 10/02/2014

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Récital M-N.Lemieux/D.Blumenthal - Salle Gaveau - 10/02/2014

Message par Albar » 11 févr. 2014, 16:11

La passion Lemieux : un récital pour se faire plaisir.

En effet, la contralto québécoise s’est visiblement fait plaisir en nous offrant ce voyage musical dont le fil conducteur était …les choix de son cœur ! De Giordani à Weill, en passant notamment par De Falla ou Mozart, elle annonce la couleur dès la deuxième pièce : « je vais parler ce soir ». Et avec toute la sincérité, la bonhomie et le naturel confondant qu’on lui connaît, Marie-Nicole nous explique pourquoi elle a choisi Giordani (Caro mio ben) – la mélodie qui l’a fait entrer au Conservatoire de Chicoutimi –, pourquoi Marcello (Il mio bel foco) – elle se souvient y avoir fait une « belle impression » lors d’un examen –, pourquoi Rachmaninov – aviez-vous noté que le Québec est à la même latitude que la Sibérie ? –, pourquoi Schubert – au programme de son premier récital au Québec… où il n’y avait eu que dix personnes dans la salle à cause d'une terrible tempête de neige qui sévissait au dehors –, ou pourquoi De Falla – au Québec, il fait froid… « mais on a le sang latin ! » lâche-t-elle dans un de ses inimitables éclats de rire.

Daniel Blumenthal, fidèle comparse depuis le concours Reine Elisabeth qu'elle a remporté avec son aide en 2000, l’accompagne superbement et, à travers la diversité du programme, fait montre d'une musicalité et d'une rigueur de style remarquables. Les De Falla ne le prendront pas en défaut : grâce à son habileté, on se croira en Espagne l'espace de quelques mélodies. La robe rouge vif à larges brocards noirs de Marie-Nicole Lemieux contribue d'ailleurs idéalement à parfaire l'effet.

De plus, la chanteuse a saisi l’occasion de ce récital sortant des convenances pour inviter sur scène des amis musiciens chers à son cœur. Ainsi, les violons d'Antoine Tamestit puis de Sarah Nemtanu l’accompagneront, le premier pour deux lieder de l’op.91 de Brahms, la deuxième dans "Erbarme Dich" de Bach, et en fin de programme, Gaëlle Arquez chantera avec elle deux duos – « adaptés pour deux voix graves, vous nous excuserez cette incartade ! » – Canzonetta sull’aria de Mozart et la barcarolle des Contes d’Hoffmann.

La soirée s’achève sur plusieurs rappels – Cruda Sorte, deux Reynaldo Hahn, la Villanelle de Berlioz – obligeant la généreuse Canadienne à lancer à un public debout : « Après celle-ci, je ne reviens plus : ch’uis fatiguée !! ».

Une magnifique soirée de musique à porter à son actif. Car Marie-Nicole Lemieux, même si elle nous a beaucoup parlé, nous a également beaucoup émus. Chaque pièce a été interprétée avec toute la rigueur musicale requise, et dans le plus grand respect des diverses atmosphères. On a donc, entre les éclats de rire, plusieurs fois retenu des larmes. A ce titre, le point d’orgue était sans conteste un « Youkali » de Kurt Weill particulièrement émouvant, et dont la chanteuse mettra plusieurs instants à sortir. Plus encore que son âme, ce sont ses tripes qu’elle y a mis.

Une telle opulence musicale ne manque pas de requinquer : on quitte la salle avec au fond de soi un brin d'indicible chaleur venue tout droit du Québec.

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