Poulenc-Fauré / Pons.Degout/Karg/ONCToulouse, 01/14

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jeantoulouse
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Poulenc-Fauré / Pons.Degout/Karg/ONCToulouse, 01/14

Message par jeantoulouse » 24 janv. 2014, 08:42

POULENC Stabat Mater
FAURÉ Messe de requiem en ré mineur, op.48 (version 1900)


Jeudi 23 janvier 2014, Halle aux Grains, Toulouse
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Josep PONS / Direction
Stéphane DEGOUT / Baryton
Christiane KARG / Soprano
Archipels, l’atelier vocal des éléments / Chœur Les Éléments /
Joël Suhubiette / Chef de Chœur


Deux œuvres religieuses à la fois solennelles et intimes sont ici associées pour un concert habité par la grâce, qui fait valoir les qualités des chœurs, l’engagement d’un orchestre et d’un chef, la beauté musicale de deux chanteurs de premier ordre.
Composé à la mémoire de son ami Christian Bérard, le peintre et grand décorateur de théâtre, qui était mort le 12 février 1949, le « Stabat mater » de Poulenc se veut prière d’intercession : « J'avais d'abord songé à un Requiem, mais je trouvais cela trop pompeux. C'est alors que j'eus l'idée d'une prière intercessionnelle, et que le texte bouleversant du Stabat me parut tout indiqué pour confier à Notre-Dame de Rocamadour l'âme du cher Bérard », explique le compositeur des Litanies à la Vierge noire de Rocamadour. L’œuvre, créée deux plus tard, s’appuie sur un texte religieux empli de souffrance. Les termes liés à la douleur et les évocations de la scène tragique de la Crucifixion saturent les douze sections qui organisent le propos. Cependant, le compositeur introduit une variété de tons, de rythmes, de distribution des voix qui frappe l’auditeur. La succession des indications demandées marque cette volonté : « Très calme / Allegro molto/Très lent/Andantino/Allegro molto/Andante », impose Poulenc pour les six premiers mouvements par exemple. Plus etonnant encore est le cheminement construit par la musique : loin de sombrer dans le dolorisme, de demeurer dans la déploration, l’œuvre s’épanouit dans des moments de tendresse (« Quae moerabat »), ou de foi culminant dans la dernière section et le « paradisi gloria ».Voix pure, élégante, d’une étoffe soyeuse, Christiane Karg s’investit dans ses trois sections avec une sobre émotion.
Le Requiem de Fauré est beaucoup mieux connu, largement servi par le disque et les concerts. L’associer à Poulenc – par-delà les différences, et notamment les rapports fort dissemblables de deux compositeurs à la foi et à Dieu - témoigne d’une profonde compréhension de ces deux chefs d’œuvre. Ainsi de leur mouvement de l’ombre à la lumière. Laissons la parole à Jankélévitch pour évoquer l’illumination progressive du Requiem, et par exemple le mouvement ascensionnel, de la deuxième à la troisième section : « Après les ténèbres de l’Offertoire où l’âme en tâtonnant s’habitue à la nuit, les harpes du Sanctus déroulent leurs suaves arpèges sous un chant qui est comme une rêverie au clair d’étoiles » (in La Musique et les Heures). L’Offertoire est confié à la voix du baryton. Stéphane Degout y excelle, dans la gravité, la profondeur ; la voix se déploie avec souplesse ; l’articulation des termes latins s’avère exemplaire ; l’imploration au Christ s’élève droite et noble, sans dureté, avec ampleur et retenue à la fois, sans pathos. Son entrée sur « Hostias et preces », la longueur de la voix et du souffle sur « promisisti » traduisent l’expression d’une foi et d’une humilité prégnantes… et une technique accomplie. Le « Pie Jesu » est un autre moment de grâce du concert : Christiane Karg exhale une prière lumineuse, dans les reprises du « da eis requiem » que couronne, extatique, un « sempiternam requiem » d’une grande tendresse. Même si des habitués du forum avaient noté ses qualités en Sophie du Rosenkavalier et en Mélisande, la soprano allemande est ici une belle découverte : deux disques récitals témoignent du talent de cette artiste, qu’on aimerait retrouver dans bien d’autres participations.
Soutenue par ces deux chanteurs lyriques, l’interprétation que livrent ce soir l’orchestre et l’ensemble vocal à la Halle aux Grains se révèle magnifique de ferveur. Impressionne et émerveille la cohésion des 80 choristes que composent le chœur de chambre les Eléments et l’atelier vocal Archipels, sous la direction ô combien efficace, nette, précise, de Joël Suhubiette. Les voix autant masculines que féminines sont harmonieuses, subtilement mariées, empreintes de gravité et d’engagement pour les passages dramatiques, nombreux dans les deux œuvres, de paisible sérénité dans les mouvements plus recueillis. Le passage a capella du « O quam tristis » du Stabat mater ou l’imposant « Flammatus » sonnent à cet égard avec une juste intensité, à l’égal de l’Introït et du Kyrie du Requiem.
Directeur musical du Liceu de Barcelone, le chef d'orchestre catalan Josep Pons, l'un des invités réguliers de l'Orchestre du Capitole a noué avec lui une vraie complicité Avec une belle autorité qui n’interdit en rien la souplesse, le chef cisèle les différents climats des deux œuvres dont il souligne la rigueur et l’intériorité. L’orchestre est une fois encore parfait de dynamique, d’homogénéité, de brillance, et ici de délicatesse. Ensemble ils signent un des plus beaux concerts de la saison, salué par un public fidèle, chaleureux et reconnaissant, gratifié d’un bis extrait du Requiem, tout de pudeur et d’émotion.
Jean JORDY

NB. Josep Pons et l’orchestre du Capitole seront à nouveau réunis le 28 février pour le Château de Barbe Bleue.

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