Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/2013

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Bernard C
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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 02 janv. 2014, 18:54

Je viens de revisionner , seconde par seconde l'enregistrement de la scène de la danse de ce spectacle tel qu'il fut diffusé intégralement en direct par le Kungliga Operan dans les salles de cinéma .

Le travail est tel que je l'ai vécu au théâtre lors de la première , avec des détails qui me frappent et que j'avais du percevoir de façon "subconsciente" .

Tout est est mis en scène avec une précision d’orfèvre , ça va du pantalon de flanelle d'Hérode qui met en valeur un proéminent paquet génital qu'il palpe sporadiquement , à la gestuelle de Salomé , par exemple l'écartement des jambes et les spasmes à chaque fois que la pointe d'un soulier frotte son entrejambe , ou cette cambrure des hanches où l’humiliation absolue se signe de cet abandon de "loche" où elle se résigne en offrant son gros cul .

Cette cérémonie secrète est moins une danse qu'un mime .C'est à dire comme une parodie dans laquelle il est impossible de se laisser convaincre immédiatement .

Le mime n'est pas à proprement parler une expression théâtrale donnée sans interprétation du spectateur , il est représentation d'images symboliques , effectivement très loin de ce que nous avons habituellement dans cette scène où l'enjeu est d'emporter le spectateur dans une excitation d'acteur de la scène .

Ce que je voulais dire par l'extinction d'Eros .


La façon dont Salome-Stemme réclame la première fois la tête de Jokanaan est très impressionnante . En rien une victoire , en rien une appropriation : une douleur ; Salomé est déjà sexuellement morte . Ce qui vient de se passer ne rend plus disponible à aucun désir autre que sublimé .

( là on est loin je l'admets de la lecture immédiate du texte )
On a bien une lecture de femmes de cet opéra .

Stemme avait raison d'attendre avec excitation cette vision de Salomé par une dramaturge femme engagée comme Jupither .

A la fin de la danse des voiles , Salomé est morte et c'est en tant que telle qu'elle rejoint Jokanahan , d'ailleurs c'est sans résistance , comme un paquet inerte que son cou sera tranché , simple acte résolutif .

Oui cette Salomé est très proche d'une Isolde ou d'une Brünnhilde du Crépuscule .

Plus je regarde ce spectacle plus il me fascine .

D'ailleurs c'est très significatif de voir comment la Volonté de Salomé terrasse , littéralement , Hérode , il en choit , la folie n'est plus du côté de Salomé mais bien dans le monde des puissants . Son acte est subversion , elle ne cherche pas le pouvoir sur Jean Baptiste mais la protection .

Le corps de Jean Baptiste est effectivement comme celui de Siegfried ou de Tristan et le monologue de Stemme est un Liebestod .

C'était un parti-pris . Et comme Stemme est définitivement une athlète de haut niveau avec des épaules de bodybuildeuse et un corps de wagnérienne cinquantenaire , inutile d'attendre d'elle une jeune fille de 20 ans à qui s'identifier . ( Ceci dit je l'ai vue beaucoup, beaucoup plus jeune dans Isolde , elle a toujours été aussi "conceptuelle" , probablement plus marmoréenne qu'aujourd'hui où elle risque tout , même les pires laideurs de la douleur )


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"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 02 janv. 2014, 19:04

quetzal a écrit : Or pour ce qui me concerne , c'est précisément là que j'aime Stemme : Elle n'interprète jamais mieux que lorsqu'on lui propose un concept .
Et je ne prends jamais autant de plaisir que lorsqu'il y a ajustement du concept à la voix . C'est ce que j'ai profondément aimé dans cette mise en scène , la rigueur du concept ( passant sur certaines imperfections ou maladresses qu'on peut effectivement relever ici et là ) s'appuyant sur le texte et la musique .

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 02 janv. 2014, 19:12

Quetzal je pense que la version TV sert effectivement le parti pris scénique et le discours du désir, le peu que j'en ai vu c'est surtout de l'émotion produite par le focus sur Salome Jochanaan qui fait oublier le hors champ des autres protagonistes spectateurs figés gauches...
Du coup je pense qu'effectivement ce spectacle gagne à être vu à l'écran pour cela... il faut que je le regarde.

A propos il y a aussi une autre Salome bientôt à Berlin au StaatsOper.

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Loïs » 02 janv. 2014, 19:32

par contre je suis preneur d'une copie vidéo, trop en déplacements à l'étranger pour avoir pu copier sur voldemort quand elle était dispo.
je dois avouer que la bande son m'intéresse surtout (tout à fait d'accord avec Quetzal sur la notion de Liebestod, c'est le mot qui m'était aussi venu à l'esprit) car je suis peu enclin à revoir une mise en scéne qui m'a autant retourné et dans laquelle je ne vois aucune distanciation : il faisait frais et bon sur la terrasse lunaire jusqu'à ce qu'ils sortent tous de leur showroom de Roméo et emmènent avec eux sur la terrasse velours, dorures, etc.. Là j'ai commencé à étouffer
Mais ce qu'il restera pour moi ce sont les quatre différentes voix qu'utilisera Stemme qui m'on pris aux tripes même si mon oeil ne perdait pas la multitude des détails (notamment les crispations des doigts des gardiens montrant la montée de l'écoeurement alors que leurs corps ne bougeaient pas)
donc si qqn peut me donner le moyen d'obtenir un enregistrement...

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 02 janv. 2014, 19:57

Loïs a écrit :par contre je suis preneur d'une copie vidéo, trop en déplacements à l'étranger pour avoir pu copier sur voldemort quand elle était dispo.
je dois avouer que la bande son m'intéresse surtout (tout à fait d'accord avec Quetzal sur la notion de Liebestod, c'est le mot qui m'était aussi venu à l'esprit) car je suis peu enclin à revoir une mise en scéne qui m'a autant retourné et dans laquelle je ne vois aucune distanciation : il faisait frais et bon sur la terrasse lunaire jusqu'à ce qu'ils sortent tous de leur showroom de Roméo et emmènent avec eux sur la terrasse velours, dorures, etc.. Là j'ai commencé à étouffer
Mais ce qu'il restera pour moi ce sont les quatre différentes voix qu'utilisera Stemme qui m'on pris aux tripes même si mon oeil ne perdait pas la multitude des détails (notamment les crispations des doigts des gardiens montrant la montée de l'écoeurement alors que leurs corps ne bougeaient pas)
donc si qqn peut me donner le moyen d'obtenir un enregistrement...
à titre amical et documentaire , je peux le faire .( 406 M )
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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 02 janv. 2014, 20:09

la propriété c'est le vol... hé hé...

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 02 janv. 2014, 20:47

nouveau venu a écrit :la propriété c'est le vol... hé hé...
Je suis un enfant de Marcel Mauss

- le don est une morale universelle et "éternelle" -
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 02 janv. 2014, 20:54

nouveau venu a écrit :
quetzal a écrit : Or pour ce qui me concerne , c'est précisément là que j'aime Stemme : Elle n'interprète jamais mieux que lorsqu'on lui propose un concept .
Et je ne prends jamais autant de plaisir que lorsqu'il y a ajustement du concept à la voix . C'est ce que j'ai profondément aimé dans cette mise en scène , la rigueur du concept ( passant sur certaines imperfections ou maladresses qu'on peut effectivement relever ici et là ) s'appuyant sur le texte et la musique .

Alors moi je crois bien que nous sommes justement bien d'accord (rires)... tout est bien affaire de concept...

Ce n'est pas Stemme qui est en cause (moi re re-précise je me fiche de son âge, de sa taille, de ses vêtements, de son poids ou pas... ce qui transcende son corps réel c'est d'abord bien évidemment sa voix - là dessus rien à dire sa voix transcende tout toute seule... je pense d'ailleurs que c'est par là d'abord que tu dis Quetzal qu'elle est "intouchable" car effectivement sa voix, son chant incarnent, engagent, transmettent toutes les émotions du rôle, tout le désir qui explose dans la scène finale et qui fait que ce spectacle / ce concept raconte bien plus que de l'histoire d'une enfant gâtée et capricieuse... - et ensuite son jeu et le déploiement de son jeu sur la scène du théâtre...

Et donc comme le concept sur scène c'est justement pas de jeu, pas de jeu entre-eux, pas de théâtre, mais bien de la distanciation froide et glacée qui isole toute la cour des deux en plein désir, qui isole sur scène Salomé et Jochaanan de tous les autres ... alors du coup de là vient ma déception... et de là vient la distance qui surgit dans cette soirée dès que quelque chose de grotesque dans les gestes des uns et des autres surgit.

Car c'est là le travers même du concept sur scène : de la distanciation, du non-théatre, pas grave en soi, cela n'empêche jamais l'action d'en être pas moins moins dramatique... et jamais le désir explosif de s'exprimer ... et donc la force du regard de la mise en scène d'apparaître... mais cela bloque au niveau récit et on ne peut pas s'empêcher de décrocher parfois face à ce qui se joue ou plutôt ne se joue pas... et du coup ne reste donc que le concept (fort, explosif, pertinent, oui on est d'accord).

C'est ça justement qui m'a éloigné. Pas l'âge ou le tour de taille ou le physique du capitaine, des fifres et sous-fifres... car sinon il n'y en aurait pas beaucoup des artistes sur scène ayant l'âge / le physique du rôle (rires)... mais bien plutôt l'absence de jeu des uns et des autres qui fait que du coup un acteur sans jeu on ne le juge que sur ce qu'il est, que sur son je, son corps réel quoi...

Et bien sur que moi aussi je crois que tout cela est voulu, construit, travaillé. Distancié là encore probablement. Juste que je n'ai pas bien saisis le fil directeur ou pas été séduit au point de faire abstraction de l'abstraction du jeu pour me laisser emporter.

merci
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 02 janv. 2014, 21:30

quetzal a écrit :
nouveau venu a écrit :la propriété c'est le vol... hé hé...
Je suis un enfant de Marcel Mauss

- le don est une morale universelle et "éternelle" -
moi aussi ... même si je n'ai pas l'âge (du rôle) :Jumpy: :lol: :Jumpy:


contre don... esprit de la chose donnée... générosité... réciprocité...
bref tout sauf la propriété quoi...

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 06 janv. 2016, 21:39

nouveau venu a écrit :
quetzal a écrit :
nouveau venu a écrit :... et le trou noir du prophète qu'on annonce (mais ça c'est pour Hérode...politiquement et conjugalement ça va changer des choses pour lui... :=)... mais visiblement la mise en scène insiste surtout sur le désir de Salomé... drôle et probablement judicieux aussi de voir un autre Strauss traité similairement 6 mois après Aix du côté de l'intime personnel et pas seulement du côté du mythe terrifiant des familles névrosées cinglées...

c'était un joke en fait mon post... sur la question psychanalytique que tu avais posée... moi pour l'Elektra parisienne naufragée j'y avais trouvé une solution bien plus prosaïque ('tombale' et certes définitive pour le chef que je n'aime vraiment pas...)

J'y vais le 27 tout excité, j'écoute en boucle la retransmission de Stockholm et aussi une version live de Böhm 1972 ( Wiener avec du beau monde historique paraît-il...). Je ferai un petit commentaire à ce moment là.
Dans son interessante critique ( je ne retranscris pas , c'est en suédois dans le Norrköping Times) Michael Bruze rapproche l'esthétique théatrale/scenographique de Jupither/ Lars Åke Thessman du film Melancholia de Lars von Trier .

Si tu as vu le film , il m’intéressera de lire ton avis le moment venu .

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