Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/2013

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raph13
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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par raph13 » 04 déc. 2013, 10:25

Loïs a écrit :j'avais noté cette Salomé mais abandonné l'idée de la voir craignant un entourage faible autour de Stemme
Tes messages m'ont fait fort heureusement changé d'avis et je confirme l'hallucinant impact de la prestation de Stemme et cette mise en scène qui fourmille de détails avec deux idées qui resteront: l'omniprésence de la lune (croissante puis en éclipse lors de la mort de Jokannan, le sol lunaire du jardin , etc...) et bien sur cette danse des voiles qui m'a mis plus que mal à l'aise , une envie de vomir
Pour Stemme ce qui m'a marqué c'est l'évolution de sa voix tout au long de la représentation et se son évolution psychologique: elle débute avec une voix sans couleur, très mate suintant l'ennui. on pourrait croire que cela résulte d'une question d'échauffement mal fait mais on comprend à l'entrée de Jokannaan: on a l'impression qu'un interrupteur s'est allumé : la voix devient d'un seul coup très claire (et très jeune) avec des aigus presque poussés , très agressifs, d'une enfant capricieuse puis des aigus tranchants (cf sa walkyrie) je dirais comme des rasoirs (image convenue mais je n'ai jamais rien entendu de tel) lorsqu'elle réclame et ordonne à Hérode de tenir sa promesse et enfin une voix d'une amplitude inouie avec des graves déments quasi parlés pour la scène finale
Moins emballé par contre par Jokannaan: rentrée très réussi (on est scotché par l'impact visuel et sonore) mais après il pâlit devant sa partenaire
Hérodiade bien (quelques temps pour moi pour oublier Rysaneck , Silja, etc...
hérode excellent même si vraiment trop jeune et beau pour le rôle
Voyga evalait clairement le déplacement
Merci de ne pas multiplier les fils sur le même sujet :)
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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Loïs » 04 déc. 2013, 19:09

Désolé pour mettre pris les doigts dans clavier avec le message envoyé sur un autre sujet! mea culpa, mea maxima culpa

Juste une info additionnelle : il y avait plusieurs caméras de tv hier soir dans la salle mais pas pu savoir pour laquelle

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 04 déc. 2013, 19:36

Merci Lois pour le partage de tes impressions.
Il est prévu , comme je l'avais signalé une diffusion dans les salles de cinéma "populaires"de Suède du spectacle.
J'espère que la trace fera l'objet d'une diffusion vidéo ultérieure ....

Bernard
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 04 déc. 2013, 22:38

Backstage : dans la citerne de Jokanaan

Image
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par MariaStuarda » 05 déc. 2013, 15:49

Ils t'ont enfermé ? :lol:

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 07 déc. 2013, 13:03

... mais "quel est le sens de ce TROU"

(rires...)

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 08 déc. 2013, 05:33

nouveau venu a écrit :... mais "quel est le sens de ce TROU"

(rires...)
Dans l'Elektra de Paris ?
-ma réponse est indiscutablement le cloaque.
Un tout dernier mot pour dire que l'Elektra de Theorin , c'est une Elektra à l'Inge Borkh ; c'est avec cette oreille qu'elle m'avait frappé déjà à Stockholm.

-Le trou dans cette Salome ? Ce serait le désir .

Merci pour cette question importante.
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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par nouveau venu » 08 déc. 2013, 14:10

... et le trou noir du prophète qu'on annonce (mais ça c'est pour Hérode...politiquement et conjugalement ça va changer des choses pour lui... :=)... mais visiblement la mise en scène insiste surtout sur le désir de Salomé... drôle et probablement judicieux aussi de voir un autre Strauss traité similairement 6 mois après Aix du côté de l'intime personnel et pas seulement du côté du mythe terrifiant des familles névrosées cinglées...

c'était un joke en fait mon post... sur la question psychanalytique que tu avais posée... moi pour l'Elektra parisienne naufragée j'y avais trouvé une solution bien plus prosaïque ('tombale' et certes définitive pour le chef que je n'aime vraiment pas...)

J'y vais le 27 tout excité, j'écoute en boucle la retransmission de Stockholm et aussi une version live de Böhm 1972 ( Wiener avec du beau monde historique paraît-il...). Je ferai un petit commentaire à ce moment là.

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par dongio » 14 déc. 2013, 11:53

Cela fait deux jours que j'ai assisté à la représentation de Salomé à l'Opéra Royal de Stockholm, et je ne sais à la réflexion toujours pas trop quoi penser de la soirée, oscillant entre enthousiasme et perplexité sur tous les plans. Aurai-je attendu le choc tellurique qui aurait détrôné dans mon panthéon personnel la Salomé parisienne de Karita Mattila et Lev Dodin ? Aurai-je trop espéré et mis la barre trop haut ?
Il n'y a rien à rejeter en bloc dans ce spectacle mais partout des failles à remarquer et qui sautent aux yeux (aux miens du moins...). L'orchestre parfaitement en place, riche de sons, analytique et précis est soucieux des voix, et l'on ne peut qu'applaudir à la direction de Lawrence Renes. Mes applaudissements n'ont pas été frénétiques toutefois car, comme dans toute analyse « froide »au scalpel, je n'ai pas retrouvé la sensualité morbide, les sauts et suspensions de respiration, l'orientalisme vénéneux (de bazar parfois) que l'on peut être en droit d'attendre de cette musique (notamment au cours de la danse des sept voiles).
La mise en scène de Sofia Jupither m'a laissé perplexe , alliant provocation, modernisme, vision analytique et aspect simpliste . Point d'Orient de pacotille ici, nous sommes, comme décrit par d'autres, dans une maison moderne de riches débauchés et oisifs, en bord de terrain caillouteux dans lequel se trouve la citerne où est enfermé Jokanaan. Eclairage riche de la demeure à la décoration luxuriante et de mauvais goût (des ors, des dorures, de lourds tissus brodés), lumière froide et grise du dehors. La fête bat son plein dans le salon éclairé, alcool, cocaïne, partouze...Salomé déambule désintéressée, absente au milieu des invités d'Hérode, rejette quelques tentatives d'attouchements pendant qu'Hérodias se laisse aller aux caresses de multiples participants à la fête bunga bunga qui s'organise. Dehors, Narraboth (excellent Jonas Degerfeldt) en costume sombre, accompagné d'une jeune femme : « Wie schöne ist die Prinzessin Salomé heute nacht »... «  Sie die Mondscheibe... »... entouré de gardiens et autres gardes du corps. La voix de Jokanaan surgira de la citerne pendant que la débauche se met en place autour d'Hérode et d'Hérodias. Salomé sortira pour respirer et échapper à l'air étouffant qui règne dans ce salon et ne reviendra pas dans ce lieu, l'action se passant alors sur ce sol sauvage. J'aurai regretté dans ce contexte extrême une direction d'acteur malheureusement assez basique, alternant grands gestes, roulement d'yeux, allers et venues mais sans analyse fine des rapports entre les personnages, et surtout entre Salomé et Jokanaan. Bondy à l'époque (où il avait encore la main...) allait plus loin en ce sens. Jokanaan monolithique et indifférent, pas troublé pour un sou par la princesse de Judée, et cette dernière monobloc également, sans illustration des phases alternatives par lesquelles elle passera au cours de l'affrontement avec le prophète. Plusieurs non suivis de didascalies laissent dubitatifs : la danse des sept voiles, on l'a dit, devient une tournante à laquelle s'offre Salomé après avoir enlevé et jeté au loin sa petite culotte (symbole assez basique à mon sens pour montrer qu'elle passe de la petite fille se refusant à la fête dans le salon à la femme qui accepte la bestialité pour arriver à son but) : scènes SM, viol collectif, fellation, caresses...le tout avec les cinq invités qui tout à l'heure chanteront le quintette des juifs et dont deux chanteront aussi les deux Nazaréens (je cherche l'erreur). Mais Salomé marquant au maquillage noir son visage avant de se livrer, traces charbonneuses relevant du masque sacrificiel ou de la protection vis à vis de l'ineffable. Point de décollation de Saint Jean Baptiste, ni de « silberne Schüssel » : le prophète aura été égorgé et son cadavre entier est sorti de la citerne et jeté à terre, dans une position christique post descente de croix (fort belle esthétiquement il faut l'avouer). La terrible scène finale devient un chant d'amour à une voix et deux corps, avec à mon sens la plus forte image de la soirée, lorsque Salomé lovée contre Jokanaan cherchera à plusieurs reprises à se faire enlacer par lui, prenant son bras, pour le mettre autour de son épaule, de sa taille, mais celui-ci retombant inerte à chaque fois). Mais pourquoi alors, si Salomé a atteint son but et va trouver l'homme qu'elle aime, la faire boire au goulot le champagne d'une bouteille traînant sur la terrasse ? Pourquoi se donner des forces ainsi, et pourquoi cette image quelque peu vulgaire d'enfant devenue femme ou « Ungeheuer » ? Le terrifiant « Man töte dieses Weib » final verra exécuter Salomé par un des sbires d'Hérode, alors que celle-ci reste couchée contre le prophète, égorgée de face, souriante et indifférente pendant que son sang coule. Rideau. Silence gêné de la salle avant que ne surgissent quelques applaudissements timides tout d'abord, avant d'enfler pour saluer la prestation de Nina Stemme.
Car oui bien sur, il faut saluer le chant de cette dernière qui assure crânement et parfaitement la tessiture impossible du rôle titre, avec ses crêtes, ses aspérités, ses aigus tranchants et ses graves abyssaux (jamais poitrinés). Alors pourquoi rester sur sa faim ? Sans doute histoire de silhouette et d'incarnation : jamais on n'est face à une enfant, la femme est déjà trop mûre, c'est Brunnhilde qui chante, c'est Elektra déjà qui vocifère et il me semble qu'au délà de la qualité indéniable du chant sans reproches, la voix est actuellement trop lourde, manque de l'innocence et de la perversion, et ne peint pas par la clarté qu'elle réclame les diverses facettes évolutives et narratives du rôle. J'ai quelque peu honte de le dire tellement j'admire cette artiste qui m'a sidéré plus d'une fois...mais quelque chose m'a gêné (était-ce dès lors dû à moi?) : c'était beau, mais c'était froid. De même, la placidité de la prestation scénique (hors la danse mortifère des sept voiles) ne m'a jamais cloué sur mon siège (et j'ai le souvenir de la soirée bastillaise où nous nous tassions de plus en plus dans notre fauteuil au fur et à mesure de l'avancée du drame, pris par un haut le cœur au moment du baiser (de la « pelle grave roulée » plutôt) à la tête par une Salomé déchaînée et hors d'elle (au sens littéral du terme). Relative déception donc, que j'ai peine à exprimer pleinement car il y avait à côté de cela tellement de choses vocales ahurissantes.
Excellent Jokanaan de Josef Wagner, hagard, maigre, habité, au chant puissant et remplissant l'espace par ses imprécations hallucinées, et retournant d'un pas lourd dans sa citerne et son destin pour ne pas se confronter à ce qui se passe au dehors. Bon très jeune Hérode de Niklas Björling Rygert, loin toutefois du gigantesque et inoubliable Chris Merritt, immense dans sa veulerie et le côté coteleux du personnage il y a quelques années. Marianne Eklöf s'est faite pour Hérodias la tête de Joan Sutherland à ses adieux à Sydney avec une perruque impossible : femme cougar se livrant à la débauche, mais terrifiée par le corps mort de Jokanaan qu'elle ne quitte pas des yeux, elle livre une prestation vocale honorable mais expressionniste quelque peu outrancière. Rien à dire (que du bien donc) des autres chanteurs dans leurs (petits) rôles respectifs, et qu'il serait trop long de citer.
En écrivant ces lignes je reste encore circonspect...Gêné à la fois par les réserves que j'émets et l'admiration que je porte. Il aurait fallu une deuxième écoute et vision qui ne m'étaient hélas pas possibles. Je me passerai d'une seconde vision d'un travail scénique qui ne m'a pas convaincu car prétentieux à mon sens. Mais serai intéressé sur le plan strictement musical : il faudra donc aller à Zurich en mars pour une nouvelle Salomé de Stemme et entendre cette dernière dans un autre contexte.
A ce stade, la simplicité narrative et décorative de Dodin et la possession vocale et scénique de Mattila, Merritt, Silja (malgré les lambeaux de voix) restent pour moi inapprochées (hélas?)

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Re: Strauss - Salomé - Renes/Jupither - Stockholm - 11-12/20

Message par Bernard C » 14 déc. 2013, 16:19

nouveau venu a écrit :... et le trou noir du prophète qu'on annonce (mais ça c'est pour Hérode...politiquement et conjugalement ça va changer des choses pour lui... :=)... mais visiblement la mise en scène insiste surtout sur le désir de Salomé... drôle et probablement judicieux aussi de voir un autre Strauss traité similairement 6 mois après Aix du côté de l'intime personnel et pas seulement du côté du mythe terrifiant des familles névrosées cinglées...

c'était un joke en fait mon post... sur la question psychanalytique que tu avais posée... moi pour l'Elektra parisienne naufragée j'y avais trouvé une solution bien plus prosaïque ('tombale' et certes définitive pour le chef que je n'aime vraiment pas...)

J'y vais le 27 tout excité, j'écoute en boucle la retransmission de Stockholm et aussi une version live de Böhm 1972 ( Wiener avec du beau monde historique paraît-il...). Je ferai un petit commentaire à ce moment là.
Dans son interessante critique ( je ne retranscris pas , c'est en suédois dans le Norrköping Times) Michael Bruze rapproche l'esthétique théatrale/scenographique de Jupither/ Lars Åke Thessman du film Melancholia de Lars von Trier .

Si tu as vu le film , il m’intéressera de lire ton avis le moment venu .
"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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