La Damnation de Faust - Krüger/Roels - Rouen - 10/2013

Représentations
Répondre
Avatar du membre
pingpangpong
Ténor
Ténor
Messages : 864
Enregistré le : 09 déc. 2007, 00:00
Contact :

La Damnation de Faust - Krüger/Roels - Rouen - 10/2013

Message par pingpangpong » 13 oct. 2013, 11:24

Légende dramatique en quatre parties.
Livret de Hector Berlioz et Almire Gandonnière d'après le Faust de Goethe traduit par G.de Nerval

Direction musicale Nicolas Krüger
Mise en scène Frédéric Roels assisté de Gilles Rico
Décors Bruno de Lavenère
Costumes Lionel Lesire
Lumières Laurent Castaingt
Chorégraphie José Besprovasny

Faust Erik Fenton
Méphistophélès Sir Willard White
Marguerite Marie Gautrot
Brander Alain Herriau

Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie, Choeur accentus - Opéra de Rouen Haute-Normandie,
Ballet de l’Opéra-Théâtre de Limoges (direction : Sergio Simón)





Première œuvre de la saison lyrique ‘‘ light ’’ (4 opéras, 9 ballets !) de l’Opéra de Rouen, la Damnation de Faust n’est pas exactement un opéra, mais un ‘‘opéra de concert’’, puis une ‘‘légende dramatique’’ selon la terminologie employée par son auteur, lequel, échaudé par l’échec de son Benvenuto Cellini, a contribué à brouiller les pistes concernant une éventuelle mise en scène.
On sait la prudence et les doutes de celui qui, dès l’âge de vingt-cinq ans, portait en lui l’œuvre de Goethe, traduite par G.de Nerval, depuis son tout premier opus musical ‘‘ Huit scènes de Faust ’’, publié à compte d’auteur, puis détruit par lui sans l’avoir même réutilisé.
Dix-huit ans plus tard, soit en décembre 1846, la Damnation était jouée à l’Opéra Comique, devant un public clairsemé autant que dubitatif.
L’échec était cuisant.
La Russie et l’Allemagne surent reconnaître les mérites de cette œuvre avant que la France, en 1877, ne la voie triompher à son tour, au Châtelet.
Berlioz était mort depuis 8 ans !
Et ce n’est qu’en 1893, à Monte-Carlo, qu’une première scénique eut lieu.

Dès lors, toute représentation scénique tente d’unifier, sans toujours y parvenir, ce qui peut apparaître comme une œuvre, si ce n’est hors normes, en tout cas dont l’unité dramaturgique n’est pas la qualité première, les lieux même de l’action nous emmenant des plaines de Hongrie aux rives de l’Elbe en passant par le cabinet du Docteur Faust, la chambre de Marguerite, la taverne d’Auerbach à Leipzig.
Le déséquilibre entre les scènes intimistes et celles nécessitant un chœur fourni et très présent (paysans, étudiants, soldats, créatures célestes ou infernales, buveurs …), sans parler des pages purement orchestrales, tout ceci trouve sa solution dans la mise en scène fluide de F.Roels.
A l’instar du cadran d’horloge géant où, en 2006, Peter Mussbach avait concentré toute l’action du fameux ‘‘Faustus the last night’’ deP.Dusapin, F.Roels fait évoluer tous ses personnages sur et autour d’un astrolabe inclinable occupant toute la surface du plateau et pivotant à volonté. Ainsi l’aspect scientifique mais aussi cosmique du mythe est-il mis en avant, au détriment de la Nature, autre clé de lecture de l’œuvre.
De même, les costumes, et la chorégraphie impeccable réglée par José Besprosvany contribuent à rendre tout à fait lisible autant qu’agréable ce spectacle qui avait été donné à Limoges en novembre 2012 avec, excepté pour Méphisto, les mêmes chanteurs.
Effectivement, Philippe Rouillon ayant déclaré forfait, c’est Willard White qui a endossé le rouge manteau du Malin, avec le talent qu’on lui connaît, un français impeccable et une musicalité compensant ce que la voix a perdu en assurance, en couleurs et en souffle. On a connu Chanson de la puce plus ‘‘piquante’’.

Si le français d’Erik Fenton est entaché d’un accent américain voilant certaines syllabes et d’une émission serrée, il ne démérite nullement, prudent et tendu dans les extrémités du registre mais investi tant dramatiquement que musicalement.
Marie Gautrot, quant à elle, apparaît très à l’aise aussi bien dans son duo avec Faust, que dans ses deux airs, somptueux cadeaux fait par Berlioz aux cantatrices.
La ''Chanson gothique'' est détaillée avec soin, tandis que ‘‘D’amour l’ardente flamme’’ permet à la mezzo-soprano française de mettre en valeur toute l’étendue de son registre ainsi qu’un timbre chaleureux et ductile.
Alain Herriau est un très bon Brander, si ce n’est en terme de puissance.
Le chœur, parfait, petit peuple tour à tour pieux ou fêtard, grimaçant, avec ses ‘‘gueules cassées’’, prêt à passer déjà dans l'un ou l'autre Monde, ne contribue pas peu à la qualité du spectacle, également marqué par les contorsions de danseurs en tunique rouge, crâne et torse nus, d’une maigreur exacerbée, au service de leur Maître Méphistophélès.

Nicolas Krüger dirige, avec conviction et un réel souci du détail, un orchestre aux sonorités par trop acides mais contrasté à souhait.

Capté par les caméras de France Télévision, le spectacle est visible sur le site http://culturebox.francetvinfo.fr/la-da ... uen-142305

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 36 invités