Concert Haendel - W.Christie/E. de Negri - Ambronay 09/2013

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JdeB
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Concert Haendel - W.Christie/E. de Negri - Ambronay 09/2013

Message par JdeB » 24 sept. 2013, 12:00



Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : musiques pour le Reine Caroline

Antienne de funérailles pour la Reine Caroline « The ways of Zion do mourn » HWV 264

Motet « Silete venti » en si bémol majeur HWV 242

Concerto grosso en sol mineur Op. 6 n° 6 HWV 324

Antienne de Couronnement « The King shall rejoice » HWV 260

William Christie direction
Emmanuelle de Negri soprano
Les Arts Florissants (choeur & orchestre)

Abbatiale d’Ambronay, le 21 septembre 2013,


Caroline de Brandebourg-Ansbach (1683-1737), orpheline à 13 ans, fut élevée par sa tante à la cour de Prusse, entourée d’intellectuels et de savants ce qui lui permit d’acquérir une solide culture et de développer sa fine intelligence. Elle épouse en 1705 Georges-Auguste, prince-électeur de Hanovre et s’installe à Londres lorsque son beau-père devint roi d’Angleterre sous le nom de Georges Ier, inaugurant une nouvelle dynastie. Son mari succède à son père en 1727 : Georges II et Caroline, reine consort, sont couronnés à Westminster. A cette occasion Haendel, qui a choisi de s’installer à Londres au même moment que les Hanovre, compose les Coronation Anthems dont The King shall rejoice (HWV 260). Dix ans plus tard, Haendel se rend en septembre 1737 à Aix la Chapelle, pour soigner de graves problèmes de santé. Il en revient, rétabli, pour écrire le Funeral Anthem de la reine Caroline, The ways of Zion do mourn (HWV264) donné lors de ses funérailles à Westminster le 17 décembre de la même année.
Le programme de ce soir proposé par William Christie et Les Arts Florissants est dédié à la reine Caroline et à la monarchie britannique si bien servie par un Haendel qui se sent proche de cette famille de Hanovre et qui écrira en Angleterre la plus grande partie de son œuvre dont le motet Silete venti en si bémol majeur HWV 242 (1728-1729) et le concerto grosso en sol mineur op.6 HWV 324 (1739). Haendel sera naturalisé anglais par le roi Georges II et la reine Caroline en 1726.
William Christie et les Arts Florissants (chœur et orchestre) nous offrent une version de l’Antienne de funérailles pour la reine Caroline The ways of Zion do mourn (les chemins de Sion sont dans le deuil)) d’une gravité, d’une solennité, d’une beauté dignes de la Reine. Après une introduction particulièrement tragique ponctuée par les timbales, se succèdent des chœurs d’une grande tristesse ou d ‘éloges enthousiastes : « elle se revêtait de la justice […] elle avait la droiture pour manteau et diadème ». « Comment les puissants sont tombés ! Celle qui était grande entre les nations et souveraine parmi les Etats ! » est chanté comme un refrain, plusieurs fois, avec une rude violence. Solistes et chœur se répondent tout au long de l’oeuvre. Alternent des parties fuguées , des parties calmes très émouvantes, des numéros majestueusement forts. Le chœur est le grand acteur de cette antienne funèbre. Parfait dans la douleur, remarquable dans l’affliction grâce à la direction de William Christie qui le soutient, le galvanise, de la voix et de ses immenses bras toujours aussi précis et expressifs. William Christie obtient de son orchestre toutes les nuances, de la tristesse à l’espérance. L’auditeur reste bouleversé par cette œuvre qui n’est pas seulement de circonstances. La reine Caroline a été une mère courageuse, une femme de réflexion et d’action, une Reine consort de bon conseil dont Voltaire fit l’éloge dans les Lettres Philosophiques : « Il faut dire, titres et couronne à part, que cette princesse est née pour encourager tous les arts et faire du bien aux hommes. Elle n’a jamais perdu ni une occasion de s’instruire, ni une occasion d’exercer sa générosité ». Aimée du peuple et du Roi, elle se lia d’amitié avec Haendel qui lui rend un hommage sensible et émouvant.
Silete venti (HWV 242) est un motet composé en 1728/1729 après la mort de Caroline, pour soprano et orchestre et en partie repris dans Esther. La tempête initiale est vite calmée pour laisser place à une déclaration d’amour au Christ dont les coups sont si doux et procurent si grande joie. La palme de la victoire est promise aux âmes dignes. Alleluia ! Haendel aurait-il vu à Rome l’extase de Sainte Thérèse du Bernin ? Après une introduction prise à grande allure (éblouissantes technique et virtuosité des Arts Florissants), Emmanuelle de Negri chante avec un timbre clair, une voix fraîche et une grande agilité son bonheur d’être aimée ; puis avec majesté l’apaisement qui suit la tempête et, enfin, s’embrase dans un final joyeusement animé. Elle fut révélée lors des Académies Baroques d’Ambronay de 2006 (dans l’Ercole Amante de Cavalli sous la direction de Gabriel Garrido) et de 2007 (dans Le Carnaval et la Folie de Destouches sous la direction d’Hervé Niquet).
Le sixième concerto grosso en sol mineur op.6 n°6 (HWV 324) a été écrit la même année que Silete venti. Il permet aux solistes de l’orchestre de briller (Florence Malgoire et Catherine Girard, violons et David Simpson, basse continue). Et à l’ensemble de faire valoir ses qualités d’accompagnateur fin et rigoureux.
En fin de programme, retour en arrière chronologique : en 1727, Georges II et Caroline sont couronnés à Westminster. Quatre Coronation Anthems sont alors composés par Haendel dont The King shall rejoice (HWV 260) « le Roi se réjouit de ta protection puissante. Ton salut le remplit d’allégresse. Tu places sur lui l’éclat et la magnificence… ». Eclat, magnificence, allégresse : on reste ébloui par l’interprétation de William Christie, du chœur et de l’orchestre avec ses trompettes royales (Joël Lahens, Jean-François Madeuf, Gilles Rapin).
En bis l’ensemble nous redonne un extrait de l’antienne de funérailles pour la reine Caroline et nous offre une autre des quatre Coronation Anthems : Zadok, the priest sur un texte de l’Ancien Testament : « Sadoq, le Prêtre et Nathan le Prophète oignirent Salomon pour le faire roi et tout le peuple se réjouissait. Dieu sauve le roi, longue vie au roi, que le roi vive pour l’éternité. Alléluia, amen ! » Cette antienne est, depuis, chantée lors de tous les couronnements anglais au moment de l’onction du souverain.
C’est avec éclat que se termine cette soirée : longue vie à William Christie, à Emmanuelle de Negri et aux Arts Florissants !

Pierre Tricou

PS : ce concert sera retransmis par France Musique, est diffusé sur le site internet Culturebox de France Télévisions.
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