Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

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jeantoulouse
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Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

Message par jeantoulouse » 05 févr. 2013, 12:47

Bejun Mehta Contre-ténor

Akademie für Alte Musik Berlin
Bernhard Forck Konzertmeister



Wolfgang Amadeus Mozart Symphonie n°26 en mi bémol majeur, KV184

Récitatif accompagné : « Perché tacer degg’io… », extrait d’Ascanio in Alba
Air : « Cara, lontano ancora », extrait d’Ascanio in Alba

Deux Intermèdes musicaux extraits de Thamos, König in Ägypten

Récitatif accompagné : « Vadasi… », extrait de Mitridate, Re di Ponto
Air : « Già dagli occhi », extrait de Mitridate, Re di Ponto

Air : « Ah, di sì nobil alma », extrait d’Ascanio in Alba

Johann Christian Bach
Symphonie en ré majeur, op.18 n°4


Christoph Willibald von Gluck
Air : Pensa a serbarmi, extrait d’Ezio
Air : « Se il fulmine sospendi », extrait d’Ezio

Johann Adolph Hasse
Ouverture d’Ezio


Johann Christian Bach
Air : « Vó solcando un mar crudele », extrait d’Artaserse

Bis. Hasse Air : « Dei di Roma, ah, perdonate », extrait d’Il trionfo di Clelia




Dans la famille « Contre ténors », je demande Bejun Mehta ! Malgré l’excellence de son successeur dans le rôle, nous avions regretté l’absence du chanteur américain aux côtes de Christopher Purves et de Barbara Hannigan dans Written on Skin - que le compositeur lui a dédié - à Toulouse au mois de novembre dernier ; et j’avais manqué son Belshazzar de Haendel en 2011 à la Halle aux Grains avec le même bel ensemble berlinois. Dès lors le concert du Capitole - dont on ne peut que déplorer qu'il n'ait pas rempli la salle - constitue une aubaine pour retrouver ce musicien singulier. Aux virtuosités un rien trop éthérées de certains, par ailleurs dignes d’admiration, nous préférons la solidité terrienne, les ombres, à coup sûr la vigueur de B. Mehta.

Ce mélange d’animalité et de raffinement, de virilité et de fragilité, la suavité d’une voix qui n’hésite pas à se faire agressive, tendue, cette projection vaillante n’appartiennent qu’à lui. A quoi il convient d’ajouter une énergie qui sur scène, même en récital, fait merveille. Chaque personnage vibre, souffre, aime, crie et chante, comme animé d’une détermination à exister coûte que coûte, par delà l’artificialité et les conventions du genre théâtral et celles du concert d’airs extraits de leur contexte dramatique. Le contre ténor se jette dans chaque morceau avec un appétit, une fougue, une nécessité vitale qui saisissent l’auditeur pris dans une sorte de tourmente musicale qu’avivent ou qu’apaisent, par la qualité même de l’orchestre, les intermèdes des musicaux.

Même si on n’est pas fervent de ce type de répertoire, on ne peut que louer l’extraordinaire cohérence du récital, d’une ampleur diachronique très faible. Tous les airs, sauf erreur, ont été composés entre 1760 et 1772. Tous en langue italienne relèvent de l’opéra seria, même si Ascanio est qualifiée de « festa teatrale ». Tous expriment des affects (« affetti ») puissants, colère, passion, prière, remords, mélancolique inquiétude, angoisse et solitude, désarroi…. Les airs et les extraits musicaux se répondent, parfois non sans malice. L’ouverture de l’Ezio de Hasse fait suite à l’air de l’Ezio (1763) de Gluck qui composa un Trionfo de Clélia (1763) pour concurrencer celui de Hasse(1762) dont Mehta nous offre en bis l’air Dei di Roma . De même, l’extrait de l’Artaserse de J C Bach (1760) fait écho à l’opéra de même titre composé par Hasse 30 ans plus tôt. Et en horizon, se projette toute l’œuvre lyrique de Mozart ! Ainsi se tissent des correspondances entre les œuvres et les compositeurs, pour nous livrer en un intelligent concentré un continuum historique et même esthétique de la production musicale au milieu du XVIII° siècle.

Mais, par delà les échos sensibles, la qualité de la composition d’un récital s’apprécie à la variété des couleurs, au changement de climats et aux mouvements (abattement vs emportement ; désarroi vs passion …) qu’il construit ainsi. A cet égard encore, le concert s’avère très équilibré et fait valoir l’ampleur de la technique et de l’expression du ténor américain.
L’amour impatient d’Ascanio pour sa nymphe telle qu’elle s’exprime dans le Cara, lontano ancora , virtuose, galant et un peu superficiel, - rehaussé par le plus profond récitatif – prélude au splendide et plus sombre Già dagli occhi il velo è tolto , extrait de Mitridate : la voix, corsée, chaude dit le remords et le désespoir d’un être torturé. Bejun Mehta qui a joué le personnage de Farnace sur scène s'y révèle d’une expressivité tragique bouleversante : le « dell’onor » final est d’une tenue de souffle magnifique. Le chanteur se montre tout aussi à l’aise dans la fougue de l’air de Gluck Se il fulmine sospendi, dans l’emportement de ce galop qui en essoufflerait plus d’un. Le Vó solcando un mar crudele, extrait d’Artaserse de J C Bach, sur les vers de Métastase sans doute les plus mis en musique (108 fois nous apprend le programme !), est pris sur un tempo d’enfer. On ne sait quoi admirer le plus, de l’attention aux mots, des vocalises aux couleurs infinies sur le « seguitar » ou des variations ou de la projection d’une voix à chaque reprise plus pleine. L’air qui clôt le programme emporte ainsi tous les suffrages d’une salle survoltée, avant un bis unique mais d’anthologie, le rare Dei di Roma, ah, perdonate , du Trionfo di Clelia de Hasse, qui culmine sur un « mio cor » adamantin.

A aucun moment, le chanteur ne recherche la virtuosité, la prouesse technique, mais l’expression du sentiment. Et quelle joie de chanter qu’on pourrait associer à une forme de santé qui n’est pas que vocale, de tonicité réjouissante ! Nulle langueur, nulle fadeur, un engagement constant. La gestuelle au service du chant mériterait analyse. Les mouvements de bras et de tête, les légères flexions des jambes accompagnent la ligne mélodique et les virtuosités, soulignent le rythme de la phrase, lancent les reprises. Ils annoncent le chef d’orchestre fiévreux que Mehta va devenir en octobre 2013 pour un programme de symphonies de Mozart et de Haydn.

Dirigeant la remarquable Akademiefür Alte Musik Berlin (en acronyme Akamus), Bernhard Forck qui, entre autres, accompagnait Cécilia Bartoli dans son récital CD sur des airs italiens de Gluck, …est un musicien : ce mot dit tout.

A la fin du XVIII° siècle, Marmontel pestait contre l’artifice d’un chant trop orné et les variations vides de sens : « Cette manière de chanter, de brillanter le chant, dans l’Opéra italien, est un luxe très vicieux, très éloigné du naturel » (Encyclopédie méthodique, article « opéra », 1784). Il n’est pas rare au concert ou à l’écoute de certains disques de chanteurs dits baroques que l’on éprouve la même irritation. Tel n’est pas le cas avec Bejun Mehta, tant l’artiste sait donner du sens, de l’émotion, de l’âme aux airs et aux compositeurs qu’il choisit et qu’il sert avec émotion et vaillance. « Celui qui chante peut flatter l’oreille, mais il est sûr de glacer les cœurs », déplorait le même Marmontel à propos des chanteurs « baroques » de son temps se complaisant dans les « bouquets d’artifice » (id). . Il est sûr que lundi soir, Bejun Mehta, passionné, engagé, enflammé, a réussi le double pari d’enchanter l’oreille et de réchauffer les cœurs. Le public qui hélas ! ne remplissait qu’aux deux tiers le Capitole exalté lui a bien fait sentir son admiration.

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Re: Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

Message par dessoles » 06 févr. 2013, 16:13

Suite a lecture de l'avis de jean toulouse,je me demande si nous etions au meme concert....Etant grand admirateur de JB ,j'y suis alle enthousiaste mais qulle deception! sensation d'un recital de routine sans aucune prise de risque avec la voix en retrait pratiquement couvert par l'orchestre a chaque air....bien parcimonieux et bien ellegiaques! Oui ,c'etait joli mais ce n'est pas une agitation qui marque le personnage,ces moulinets de bras,ces coups de pieds masquant une voix incomprehensiblement effacee...les modulations etaient tellement fines que nous ne les avons pas trop pu les apprecier couvertes qu'elles etaient par l'excellent orchestre...deception sur toute la ligne...dommage

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Re: Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

Message par jeantoulouse » 06 févr. 2013, 17:37

"Voix effacée", celle de Bejun Mehta lundi soir ! Tous les avis méritent attention et respect, mais l'expression me parait injustifiée et injuste.

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Re: Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

Message par dessoles » 06 févr. 2013, 20:14

Je ne suis dans aucune polemique ayant toujours extremement apprecie BM (il etait fabuleux dans son role de Cyrus du Belshazzar de Haendel il y a deux ans) mais nous etions toujours a nos mmes places 1er balcon de face 4eme rang et vraiment(nous etions 4) nous avons tous eu la mme impression et sensation d'un engagement a minima. Oui sa voix nous a paru lointaine,effacee comme murmurée...declenchant tres vite un ennui . Cela ne m'empechera pas de continuer a l'ecouter au disque et sur scene.
Alors,peut etre, etions nous un peu decalé ce lundi soir puisque nous venions de revenir(dimanche) d'une semaine absolument excitante a la mozartwoche de Salzbourg ou entre les Lucio Silla de Mozart et de JC Bach,les concerts fabuleux des Wienerphilarmonker et qques recitals de jj aymard et autres nous etions sur une autre planete...D'ailleurs,en lisant le programme complet de la mozartwoche 2014 distribué dimanche, Mr B. Mehta chante dans orphee et eurydice de Gluck pour l'ouverture de la semaine......a la "haus fur mozart" , il lui faudra plus d'energie pour emplir cette belle et vaste salle que,helas,je me repete, il n'avait pas lundi...

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Re: Concert B.Mehta/B.Forck - Toulouse - 04/02/2012

Message par phaeton31 » 07 févr. 2013, 15:26

j'ai regretté que BM ne soit pas finalement dans Written on Skin , raison pour laquelle j'irai voir ce spectacle ailleurs ( Londres ) ;
mais en récital ne boudons pas notre plaisir !!
Maitre de la nuance , avec une tenue qui fait penser à G Lesne , pour moi c'est le plus grand contre ténor actuel , loin devant A Sholl ou D Daniels .
Des graves à se damner et des sauts sublimes ... toujours au bord de l'improvisation, son art se révèle dans le récitatif dramatique, avec un sens de l'interprétation qui fait qu'il ne chante jamais deux fois de la même façon, sorte de candeur qui lui a été insufflée par R Jacobs.

Le programme présenté ici n'était pas à son avantage , on aurait préféré l'entendre avec un accompagnement moins majestueux , mais il est vrai que de convoquer les musiciens de l'Akademie für Alte Musik Berlin est un luxe qu'il faut ensuite assumer !!
Donc les réserves ci dessus portent aussi sur le programme et l'orchestration .. peut être Mr BM était il effectivement sur la réserve je l'ai senti tendu à certains moments , mais malgré ces réserves je le place au panthéon des chanteurs actuels.

j'étais placé assez loin mais me suis rapproché ( il ne restait plus de places m'a t on dit d'un ton moqueur au téléphone, me suis donc déplacé , ai trouvé un vendeur+guichet , me suis rapproché de la scène, enfin le programme habituel pour un non abonné qui ne connait pas ses dates un an à l'avance ) ; il est consternant de voir ces abonnés ne pas se déplacer ...
je me souviens du récital G Bumbry ici même , salle demi remplie , mais sans réservation possible.

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