Mozart -Cosi fan Tutte - Rousset/Di Fonzo Bo - Dijon 03/2012

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EdeB
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Mozart -Cosi fan Tutte - Rousset/Di Fonzo Bo - Dijon 03/2012

Message par EdeB » 15 mars 2012, 21:55

Mozart : Cosi fan Tutte

Fiordiligi, Sofia Soloviy
Dorabella, Sophie Harmsen
Despina, Milena Storti
Ferrando, Sergei Romanowski
Guglielmo, Johannes Weisser
Don Alfonso, Peter Rose

Chœur de l’Opéra de Dijon
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset - Direction musicale et pianoforte
Marcial Di Fonzo Bo - Mise en scène

Opéra de Dijon, Auditorium.


Je viens d'assister à la première du 14 et je suis encore sur mon petit nuage bien rebondi. Un orchestre absolument splendide, une attention de tous les instants aux intentions de la partition, un ensemble de jeunes chanteurs intenses, bien chantants (et mieux que cela encore !) harmonieux, une mise en scène provoquante intellectuellement et fichtrement intelligente... Que demande le peuple ?

Rousset a parachevé (et comment !) avec son ensemble ce qu'il nous avait déjà laissé pressentir avec son superbe Cosi d' Aix-en-Provence en 2008, où il disposait alors d'une phalange bien moins propre à traduire pleinement ses intentions. La beauté orchestrale de ce que nous avons entendu à Dijon est à Mozart ce que Fabrice Gilotte est au chocolat : une forme de génie. :D

CR publié dès que j'ai digéré tout ça ! :wink:

Il y a peut-être encore des places pour les représentations des 16, 20 et 18 mars (15h). Je ne peux que vous conseiller de vous y précipiter.
http://www.opera-dijon.fr/
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Message par Piero1809 » 15 mars 2012, 22:50

Merci pour le message.
Je verrai Cosi fan Tutte à Dijon Dimanche 18 mars à 15 h.

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Message par EdeB » 16 mars 2012, 17:17

Une première critique, très juste :
http://www.telerama.fr/musique/cos-fan- ... ,78999.php
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Message par Piero1809 » 16 mars 2012, 19:43

Les photos sont surprenantes, je suis vraiment curieux de voir cette mise en scène!

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Message par EdeB » 20 mars 2012, 09:53

Mozart : Così fan Tutte

Fiordiligi - Sofia Soloviy
Dorabella - Sophie Harmsen
Despina - Milena Storti
Ferrando - Sergei Romanowski
Guglielmo - Johannes Weisser
Don Alfonso - Peter Rose

Chœur de l’Opéra de Dijon
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset - direction musicale et pianoforte

Marcial Di Fonzo Bo - mise en scène
Antoine Vasseur - scénographie
Raoul Fernandez - costumes
Maryse Gautier - lumières

Opéra de Dijon, Auditorium de Dijon – mercredi 14 mars 2012



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L’Impromptu de Naples, ossia Les flamands roses ne sont pas tristes le mercredi.

Così fan Tutte revient de loin… Niemetschek commença l’assaut en écrivant en 1798 : « on se demande comment [Mozart] condescendit à gâcher ses divines mélodies sur un tel salmigondis superficiel de poème. Il n’avait pas la possibilité de refuser la commande, et il mit ce texte en musique avec obéissance. » Ce lieu commun eut la vie dure tout au long du XIXème siècle et au début du XXe. Alors qu’on redécouvrait avec délices les versions originales des opéras mozartiens (Don Giovanni, La Flûte Enchantée et Les Noces de Figaro tenant le haut du pavé), on mit plus longtemps à retrouver le plaisir des ambiguïtés de cette œuvre si riche. Dieu merci, cette assertion a été petit à petit démontée, jusqu'à la très brillante synthèse d'Edmund J. Goehring, dans Three Modes of Perception in Mozart: The Philosophical, Pastoral, and Comic in Cosí fan tutte (Cambridge University Press, 2004)...

Car de quoi s’agit-il ? Deux sœurs (« nées sous le signe des gémeaux ? ») font l’objet d’un pari idiot de la part de leurs deux flagorneurs de fiancés. Ils sont militaires, soit, mais cela n’excuse pas tout dans cette outrecuidance. Ils sont surtout manipulés par un vieux philosophe revenu de tout, cynique et expérimentateur (c’est le Siècle des Lumières, vive l’Encyclopédie !), qui va leur démontrer que leurs deux promises ne sont pas dépourvues d’équivoques. Ces dernières se mentiraient donc à elles-mêmes tout autant qu’à leurs hommes, gouvernées par des clichés littéraires et théâtraux (on y voit défiler toute la bibliographie d’un poète d’opéra féru de Renaissance épique) et peu frottées aux aspérités de la réalité… Assisté par une camériste astucieuse (tombée tout droit de chez Goldoni), chacun échange sa chacune à la faveur d’un déguisement oriental, avant de retrouver sa promise et sans doute sa chacunière, en ayant perdu ses dernières illusions.

On a glosé mille fois sur le cynisme apparent du livret, le trouble de l’échangisme, etc... et les motivations de ses êtres d’encre et de papier, comme s’ils étaient de chair et de sang, sans être forcément conscient de l'extraordinaire dimension ludique de l’ensemble. Le texte ne collerait pas avec la musique ? « Mais c'est bien sûr », que Mozart aurait posé sa « sublime » musique sur un livret « trivial et vulgaire », par nécessité alimentaire !
C’est bien commodément oublier que Da Ponte ne se référa jamais à son œuvre par un autre titre que La Scola degli amanti, et que Salieri fut tout d’abord pressenti pour mettre en musique le livret. (Il composa effectivement « È la fede delle femmine » et « La mia Dorabella » avant de caler.) La culture personnelle de Salieri et la thématique de son précédent opéra, La Grotta di Trofonio, rendent cette destination d’autant plus logique.
Si on regarde dans la bonne direction, il est aisé de voir, en s’éloignant de l’anecdotique de l’histoire, que Così est aussi (et surtout) un théâtre dans le théâtre, comme le soulignent emphatiquement de nombreux passages du texte. C’est donc également à une Ecole du Spectateur que nous sommes conviés, jeu protéiforme de formules toutes faites, situations déréglées, vers dans le fruit et pirouettes dialectiques et musicales. Et nos deux maitres d’ouvrage s’en donnent à cœur joie dans l’expérimentation ! Les amants se disent-ils adieu ? C’est à une dilatation temporelle extrême qu’est soumise la musique et ce faisant, le rythme cardiaque du spectateur qui finit par adopter de façon mimétique les syncopes, les brisures et la transparence étirée de ce quintette, tout comme du trio suivant. Assiste-t-on au Big Duo d’amour du Deux, que malgré la « sublimité » de la musique, on se prend à douter de la sincérité des amants : une dissonance bien placée a fait l’affaire…


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C’est sans doute le festival d'Aix-en-Provence et ses « deux Teresa » (Stich-Randall et Berganza) qui ancrèrent l’œuvre dans la faveur du public français en 1957, faveur qu’elle n'a jamais quittée. Aix encore, qui en 2005 et 2008, en re-proposa deux mise en scène inspirées de Patrice Chéreau et Abbas Kiarostami, radicalement différentes, ce qui prouverait une fois de plus aux sceptiques que Da Ponte et Mozart avaient plus d’une tournure dans leurs poches.
C'est également à Aix que Christophe Rousset, enfant du pays tôt nourri par le festival, dirigea son premier Così. Il y revient avec son ensemble, Les Talens Lyriques, ce qui nous vaut une leçon mozartienne absolument magistrale, aux tempi dosés avec une humble sagacité (rien de moins que la lettre et partant, l'esprit mozartien...) et d'une fluidité remarquable quant à une articulation minutieuse entre les numéros (qui apparaissent très souvent comme désarticulés entre de mauvaises mains). Ce Mozart-là respire avec un naturel sensuel et pétillant, des élans qui glissent dans un éther sonore presque désincarné (la « musique des sphères » ?), pour être aussitôt étayé par une énergie assise avec gourmandise et une plénitude sonore enivrante (les cordes sont à déguster, les vents à croquer, les bois à suçoter, le pianoforte à savourer...) Ce sucré-salé qui emporte les sens est également soutenu par de succulents récitatifs, jouissif concentré dramatique. Ce frémissement musical est un authentique batticuore.


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La mise en scène très pirandellienne de Marcial Di Fonzo Bo fonctionne admirablement. Le metteur en scène argentin a franchi avec truculence l'obstacle devant lequel Patrice Chéreau avait semblé renâcler, en situant l'action dans un entre-deux vague, manipulant les leurres et la réalité. Rien n'y est ouvertement fidèle à son affirmation : les deux soldats ne jouent-ils pas grimés en filles le duo « Ah, guarda sorella... » ? On est donc plongé tout de go dans un « monde à la renverse » propice à l'instillation du doute. Si cette Illusion Comique nouvelle manière se résout comme on le pressentait, dans une irrésolution ludique, avec la dislocation du divertissement et le retour à un supposé « vrai », elle n'en est pas moins remarquable par l'utilisation d'une aire de jeu qui module les espaces traditionnels d'expression dramatique. Les personnages se jouent de l'espace (et avec lui), occupant l'arrière-scène tout comme le proscenium, surgissant de la fosse d'orchestre (forme de lien organique entre l'espace de la musique et celui du texte) et utilisant toutes les ressources des éléments de décor qui dialoguent autour d'eux.
En effet, les renversements imbriqués du texte trouvent un écho dans les manipulations à vue incessantes de ces éléments. Ces coulisses d'un théâtre dont on n'entrapercevait que les saluts de dos (durant l'ouverture) sont également les loges où se déshabillent les acteurs et où, durant la majeure partie du premier acte Fiordiligi et Dorabella revêtent lentement des habits style dix-huitième siècle outrés. Le travestissement des parieurs est effectué devant le public, avec la complicité d'une Despina hilare, et les corps des deux empoisonnés sont avachis dans les malles à accessoires qui ont servi à leur métamorphose... Despina entonne son couplet à relent misandriste avec l’abattage d'une vraie meneuse des Ziegfeld Follies devant ses boys, et ces machinistes démultipliés ne sont que le pendant des habilleuses et techniciennes indifférenciées qui leur font face dans une guerre des sexes qui demeure néanmoins bon enfant.

Par un nouvel expressionnisme, les décors deviennent l'émanation des affects. Un « banc de rochers » roule-t-il vers nous ? Il est évidemment le lieu où Fiordiligi affirmera sa « fermeté de roc » ; mais y est également planté une épée, qui comme une nouvelle Excalibur, renvoie tout autant aux épopées chevaleresques prisées de nos deux héroïnes, qu'à la menace de suicide des éplorées. De même, la toile peinte en fond de plateau montrant une grève battue par des vagues est évidemment point de comparaison idéal pour une Aria di paragone...
La seconde partie dévoile une action psychologique renforcée par l'utilisation d'un fonds noir sur un plateau dénudé, resserrant la perception. Au foisonnement du premier acte, répond désormais une nudité glaçante, qui creuse ses gouffres. Fiordiligi voilée de dentelle noire en devient sa pleureuse (de pierre ?) sur le tombeau de ses propres illusions... Ces Mille Plateaux que n'aurait pas renié Deleuze (on y retrouve même, et le « capitalisme » avec le monceau de cadeaux des prétendants, aux sacs provenant de boutiques chics et la berline d'émir arabe..., et la « schizophrénie », avec les tourments des protagonistes...) se reconfigureront à terme à la proposition initiale, laissant le spectateur perdu dans ces poupées gigognes, bien incapable de se dépêtrer de ces embrouillaminis méta théâtraux.
Mais le tout n'est-il pas recouvert par ce rideau figurant un couple de flamands roses en plein vol ? Appariement suivant la saison de la parade amoureuse, certes, mais sans doute aussi symbole du voyage initiatique des protagonistes de l'obscurité de l’ignorance à la lumière de leur approfondissement personnel.


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Une vraie troupe de chanteurs complices et merveilleusement homogènes emporte pleinement l'adhésion et enthousiasme. Le metteur en scène qu'est Don Alfonso bénéficie de la carrure terrienne et de la malice de Peter Rose, voix solide et interprétation carrée. Son pendant pulpeux, Milena Storti est dotée d'une ironique diablerie. Sa Despina est ici plus pleinement comparse de cette partie aux cartes rebattues.
Les deux couples sont idéalement tranchés : au Guglielmo hâbleur et charnel de Johannes Weisser répond la Fiordiligi romanesque et angélique de Sofia Soloviy. Depuis Aix 2008, elle a intériorisé son rôle et nous délivre un feu d'artifice de couleurs, diaprures et chatoiements qui se coulent ductilement dans les variations éloquentes d'un « Per pietà » hors du temps. Tout aussi musiciens, l'autre couple assortit le Ferrando encore fragile de Sergei Romanowski (c'est son tout premier Mozart ! Et pour un coup d'essai, c'est néanmoins un coup de maître) mais élégiaque à souhait à une volcanique Sophie Harms, qui compense en alanguissements immodérés ce que sa ligne de chant peut avoir parfois de trop hardi.
Le choeur de l'Opéra de Dijon se révèle être aussi bien chantant qu'acteur malléable et témoin toujours présent de ces « Incertitudes du désir ».

Puissent les artisans de cette éclatante réussite qui rend enfin Mozart à Dijon continuer dans ce vif élan, avec des Nozze di Figaro et Don Giovanni !

Emmanuelle (et Jérôme) Pesqué

Photographies (c) eric larrayadieu
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Message par JdeB » 21 mars 2012, 09:52

Voici trois photos supplémentaires envoyées par l'Opéra de Dijon.

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Photographies (c) Gilles Abbeg
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Message par cedric » 05 mai 2012, 12:40

J'y étais le 20 mars, spectacle haut en couleurs et mouvement, on ne s'y ennuie pas du tout d'autant plus que les voix étaient superbes, l'orchestre excellent!
Ma seule réserve est pour Milena Storti, sa Despina manque de truculence et de volume. Mais le reste compense largement.

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