Récital V.Grigolo & C.Giannattasio - TCE- 16/01/2012

Représentations
Avatar du membre
Asvo
Ténor
Ténor
Messages : 845
Enregistré le : 05 févr. 2011, 00:00
Contact :

Récital V.Grigolo & C.Giannattasio - TCE- 16/01/2012

Message par Asvo » 17 janv. 2012, 00:18

Vittorio Grigolo, ténor
Carmen Giannattasio, soprano

Orchestre Lamoureux
Keri-Lynn Wilson, direction
Daniele Bonaviri, guitare

Programme (dans l'ordre, et peut-être qu'il y a quelques coquilles)

Donizetti/Salvi - Il Duca d'Alba, "Inosservato, penetrava..." (Grigolo)
Verdi - Il Corsaro, 'Tutto parea sorridere", "Sì : di Corsari il fulmine" (Grigolo)
- La Traviata, prélude de l'acte 1
Puccini - La Bohème, "Che gelida manina" (Grigolo), "Mi chiamano Mimì" (Giannattasio), "O soave fanciulla" (duo)
- Manon Lescaut, Intermezzo
Donizetti, L'elisir d'amore, "Una furtiva lagrima" (Grigolo)
Puccini, Tosca "E lucevan le stelle" (Grigolo)

Entracte

2ème partie

Rossini, La danza (Grigolo)
De Curtis, Non ti scordar di me (Grigolo)
Puccini, Le Villi, la tregenda
Di Lazzaro, Chitarra romana (repris 2 fois) (Grigolo, Bonaviri)
Rascel, Arrivederci Roma (Grigolo, Bonaviri)
Falvo, Dicitencello vuje (Giannattasio)
De Curtis, Torna e Surriento (Grigolo)
D'Annibale, O paese d'o sole (Grigolo)
Mascagni, Cavaliera rusticana, Intermezzo
Leoncavallo, Matinnata (Grigolo)
Cardillo, Core 'ngrato (Grigolo, Giannattasio)

Salle pas si pleine, mais surexcitée ce soir. Pas si pleine parce que j'aipu avoir une place étudiant en la demandant ce matin. En arrivant et en voyant le programme, j'ai déchanté. Cette deuxième partie est trèèès loin de mes gouts musicaux.

Et pourtant... serais-je simplement tombé amoureux du beau Grigolo ? Le ténor italien m'a littéralement charmé.

Dans la première partie, quel engagement ! On pourrait reprocher des aigus qu'on sent un peu trop venir, une projection pas toujours parfaite (j'étais dans les loges ça expliquait peut-être). Mais dès le premier air, j'ai été séduit par le timbre, le charisme incroyable, la présence remarquable, les nuances... Dommage qu'un mini esclandre à cause d'un portable qui sonne ait gâché ce premier morceau. Grigolo prend d'ailleurs la parole à la fin de son air, en dédiant ce concert aux victimes du naufrage.

Après deux Verdi particulièrement réussis, nous avons eu droit à des extraits de La Bohème de Puccini, où Giannattasio a incarné une Mimì très touchante, sa voix s'harmonisant bien avec celle de Grigolo.

Durant toute cette première partie, c'était assez fou de voir le ténor en faire presque trop, bouger, s'agenouiller, se déplacer d'un bout à l'autre de la scène. Loin d'horripiler, cette attitude a beaucoup plu (à moi en tout cas).

Seul problème, l'orchestre. La puissance est difficilement contrôlée, la précision n'est pas au rendez-vous, le brouillon de l'orchestre contrastant avec la rigidité de la direction de la chef d'orchestre.

J'ai fini la première partie les larmes au yeux, conquis par "The italian tenor"...

La deuxième partie se voulait sous un ciel bien plus joyeux. Sans tout raconter minute par minute, on peut dire que Grigolo s'est fait plaisir, fanfaronnant, cabotinant parfois (La danza), se laissant aller dans des airs sur l'Italie, charmant un public pourtant déj`sa conquis. On ne pouvait s'empêcher de sourire, de partager cette joie avec lui.
Le chant était peut-être plus exagéré, plus caricatural, trop "ty[iquement italien"... Mais quel bonheur !
L'attitude de Grigolo, pile dans le cliché qu'on a du ténor italien (fausse modestie, geou à terre pour saluer) n'a pas du tout dérangé, et ses quelques mots de remerciements à la fin du récital, sur le plaisir qu'il avait eu à chanter, son amour du chant français qu'il montrera davantage dans le futur... ont aussi déchaîné le public électrisé.

Trois bis, le premier m'était inconnu, puis le Libiamo, puis une reprise de la Chitarra...

Peut-être donnerai-je plus de précisions sur le concert dans un deuxième message, mais là je voulais donner mon impression à chaud : je t'aime Vittorio !

tuano
Basse
Basse
Messages : 9361
Enregistré le : 30 mars 2003, 23:00
Localisation : France
Contact :

Message par tuano » 17 janv. 2012, 00:21

Fedora a constitué le premier bis.

Le dernier morceau officiel, ce n'était pas plutôt "O sole mio" ?

Si l'orchestre a souvent couvert le ténor, je pense surtout que c'est parce qu'il a souvent chanté piano. C'était en général soit piano, soit mezzo forte.

Un ténor vraiment généreux par ailleurs, très bavard (j'adore quand les chanteurs parlent !).

paco
Basse
Basse
Messages : 8634
Enregistré le : 23 mars 2006, 00:00

Message par paco » 17 janv. 2012, 00:25

ah pardon j'avais mis mon commentaire sur un autre fil. Je le recopie ici :

"bon eh bien ça a duré 2h45 bis inclus... Wink

Grigolo a fait du Grigolo, c'est-à-dire un volcan en éruption, une énergie sans limites, une voix naturellement projetée et puissante (malgré une tendance à trop sussurrer les piani, parfois à peine audibles), une sensibilité à fleur de peau, une aisance en scène spectaculaire, un timbre solaire, et un mélange de contrôle (les airs de la première partie) et de moments où on a envie de le tenir en laisse car ça part un peu dans tous les sens (avec un si aigu qui dans une canzonetta a failli craquer tant il était pris dans le feu de l'action sans réelle concentration).

Personnellement j'adore, et le public semblait prendre beaucoup de plaisir à cette soirée. Mais je ne serais pas étonné que les gardiens du "bon goût" crient au scandale... Tout de même il fallait un sacré culot pour enchaîner, à Paris, capitale des jardins 'à la française' où rien de doit dépasser et où les sentiments doivent rester mesurés, près d'1h30 de chansons napolitaines chantés avec une spontanéité déconcertante et sans chercher à masquer, bien au contraire, les aspects sucrés... Chapeau !"

Avatar du membre
PlacidoCarrerotti
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 14117
Enregistré le : 04 mars 2003, 00:00
Contact :

Message par PlacidoCarrerotti » 17 janv. 2012, 09:13

Je vais être le « vilain petit canard » !

Je précise que j’aime beaucoup Grigolo que j’ai eu la chance d’entendre sur scène en Des Grieux, en Faust, en Alfredo ainsi qu’en concert pour la Bohème au TCE. C’est un chanteur très investi, très crédible, avec une voix plutôt puissante, excellent dans la gestion du souffle et avec un timbre flatteur quoique peu caractérisé. Avant ce concert, je lui trouvais deux défauts importants : le premier est le manque de largeur de la voix qui fait que le bas medium peut parfois être inaudible, ce qui est gênant dans les rôles un peu lourds ; le second est un manque de variété dans les couleurs : c’est le Dessay des ténors. Il compense par des variations incessantes de dynamique qui finissent par être lassantes au bout d’un moment.

Le concert d’hier soir renforçait pour moi ces aspects négatifs, davantage qu’il ne mettait en valeur ces qualités : celles-ci jouaient au contraire contre lui. Les adresses à la salle, le genou en terre, les baisers à la foule, l’air de la Bohème chantée pour la mamie du premier rang, les aller-retour incessant sur le plateau, les couplets chantés pour le chef d’orchestre (ça c’était le pire pour le parterre : entre les piani vers le chef et les forte vers la salle, il y avait des distorsions de volumes pénibles : qu’il chante la main sur le cœur devant le trou du souffleur !), l’inévitable veste enlevée pour les bis, etc. Tout cet attirail « pour faire moderne » me hérisse.

Vocalement, j’ai apprécié la première partie mais avec une sensation rapide de monotonie due aux manques de variations de couleurs évoqués : à la scène, je me serais ennuyé vers le dernier acte, avec des airs à la suite, ça vient plus vite !
Le programme de la seconde partie, je l’aurais apprécié chanté par Pavarotti, mais j’ai trouvé que ça sombrait dans le radio-crochet pour pizzaiolo. La salle n’était d’ailleurs pas si enthousiaste que ça et au parterre les gens on commencé à partir avant les bis (pour ceux qui n’étaient pas partie à l’entracte : il y en a). En fait, le public du TCE aime bien quand un ténor célèbre s’encanaille au bout de plusieurs récitals en faisant du crossover : ce n’est pas le cas avec Grigolo qui est largement inconnu dans la capitale et qui aurait stratégiquement eu intérêt à faire un premier concert plus soigné musicalement. Il aurait pu également faire un programme plus court (c’était interminable) avec davantage de bis (une partie du public a d’ailleurs réclamé de l’opéra, ce qui va bien dans le sens de ce que j’écrivais plus haut).

Au global, j’ai quand même passé une bonne soirée (malgré un orchestre médiocre et un chef nul), car l’artiste reste attachant : mais il pourrait si facilement mieux faire …
A noter un joli soprano à ses côtés qui a fait un très bel air de Bohème (le duo était moins bon) et qui a laissé également entrevoir de belles ressources dans le brindisi de Traviata.
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

Avatar du membre
Martine
Basse
Basse
Messages : 4086
Enregistré le : 03 mars 2003, 00:00
Contact :

Message par Martine » 17 janv. 2012, 09:46

PlacidoCarrerotti a écrit :Je vais être le « vilain petit canard » !

Je précise que j’aime beaucoup Grigolo .....

Au global, j’ai quand même passé une bonne soirée (malgré un orchestre médiocre et un chef nul), car l’artiste reste attachant : mais il pourrait si facilement mieux faire
+1
PC a bien résumé mes impressions. :)
Je n'étais pas au parterre mais au 1er rang du 1er balcon de côté (impair). Rapidement, je me suis dit : "Arrêtes de bouger !!! Lèves la tête et chantes pour moi !!!" Dans la 2ème partie, il a été inaudible la moitié du temps. Faut dire qu'en plus, il n'était pas aidé par l'orchestre et la chef.

On le retrouvera bien en Edgardo dans Lucia à Bastille.

Avatar du membre
Ruggero
Basse
Basse
Messages : 4634
Enregistré le : 02 sept. 2004, 23:00
Contact :

Message par Ruggero » 17 janv. 2012, 09:55

Martine a écrit :
PlacidoCarrerotti a écrit :Je vais être le « vilain petit canard » !

Je précise que j’aime beaucoup Grigolo .....

Au global, j’ai quand même passé une bonne soirée (malgré un orchestre médiocre et un chef nul), car l’artiste reste attachant : mais il pourrait si facilement mieux faire
+1
PC a bien résumé mes impressions. :)
Je n'étais pas au parterre mais au 1er rang du 1er balcon de côté (impair). Rapidement, je me suis dit : "Arrêtes de bouger !!! Lèves la tête et chantes pour moi !!!" Dans la 2ème partie, il a été inaudible la moitié du temps. Faut dire qu'en plus, il n'était pas aidé par l'orchestre et la chef.

On le retrouvera bien en Edgardo dans Lucia à Bastille.
J'ai entendu cette chef dans une très belle Butterfly à Vérone, je pense qu'avec cet orchestre et un ténor qui n'arrête pas de bouger, ainsi que le très peu de répétitions qu'on a en général pour ce genre de concert, ça ne lui a pas rendu les choses faciles.
Pour le reste, je suis assez d'accord avec PC et M, et je fais partie de ceux qui sont partis à l'entracte (pas le courage d'affronter une quinzaine de canzoni de trois minutes+5 minutes d'applau à chaque fois, bien que je ne déteste pas du tout ce répertoire, mais c'est trop long!)
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

Avatar du membre
PlacidoCarrerotti
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 14117
Enregistré le : 04 mars 2003, 00:00
Contact :

Message par PlacidoCarrerotti » 17 janv. 2012, 10:11

Ruggero a écrit :
Martine a écrit :
PlacidoCarrerotti a écrit :Je vais être le « vilain petit canard » !

Je précise que j’aime beaucoup Grigolo .....

Au global, j’ai quand même passé une bonne soirée (malgré un orchestre médiocre et un chef nul), car l’artiste reste attachant : mais il pourrait si facilement mieux faire
+1
PC a bien résumé mes impressions. :)
Je n'étais pas au parterre mais au 1er rang du 1er balcon de côté (impair). Rapidement, je me suis dit : "Arrêtes de bouger !!! Lèves la tête et chantes pour moi !!!" Dans la 2ème partie, il a été inaudible la moitié du temps. Faut dire qu'en plus, il n'était pas aidé par l'orchestre et la chef.

On le retrouvera bien en Edgardo dans Lucia à Bastille.
J'ai entendu cette chef dans une très belle Butterfly à Vérone, je pense qu'avec cet orchestre et un ténor qui n'arrête pas de bouger, ainsi que le très peu de répétitions qu'on a en général pour ce genre de concert, ça ne lui a pas rendu les choses faciles.
Pour le reste, je suis assez d'accord avec PC et M, et je fais partie de ceux qui sont partis à l'entracte (pas le courage d'affronter une quinzaine de canzoni de trois minutes+5 minutes d'applau à chaque fois, bien que je ne déteste pas du tout ce répertoire, mais c'est trop long!)
Tant mieux, dans ce cas : tout n'est peut-être pas perdu.

Je me suis permis de la qualifier de "nulle" car c'était au moins la troisième fois que je l'entendais et que j'ai été déçu à chaque fois.
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

Avatar du membre
Ruggero
Basse
Basse
Messages : 4634
Enregistré le : 02 sept. 2004, 23:00
Contact :

Message par Ruggero » 17 janv. 2012, 10:15

Je n'ai jamais trop compris l'intérêt que les chefs, connus ou non, ont à participer au cirque des récitals de "grandes" voix. Immanquablement, les commentaires à la sortie leurs sont négatifs et, le lendemain, tout le monde a oublié leur nom. Diriger des orchestres de second rang sans répétitions sérieuses et devoir suivre le chanteur-star comme le ferait un premier violon, ça leur apporte quoi, à part le cachet ?
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

Avatar du membre
PlacidoCarrerotti
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 14117
Enregistré le : 04 mars 2003, 00:00
Contact :

Message par PlacidoCarrerotti » 17 janv. 2012, 10:18

Ruggero a écrit :Je n'ai jamais trop compris l'intérêt que les chefs, connus ou non, ont à participer au cirque des récitals de "grandes" voix. Immanquablement, les commentaires à la sortie leurs sont négatifs et, le lendemain, tout le monde a oublié leur nom. Diriger des orchestres de second rang sans répétitions sérieuses et devoir suivre le chanteur-star comme le ferait un premier violon, ça leur apporte quoi, à part le cachet ?
Je crois que la réponse est dans la question :lol:

Wilson était déjà de la partie pour le concert Netrebko / Giordano (et c'était nul) : admettons un manque de répétitions.
Mais je l'ai entendue également diriger Anna Bolena avec June Anderson en version scénique à Bilbao, et tout était parfait sauf elle !
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

paco
Basse
Basse
Messages : 8634
Enregistré le : 23 mars 2006, 00:00

Message par paco » 17 janv. 2012, 10:46

Placido, je suis d'accord avec toutes les réserves que tu émets... mais je conclus comme toi que j'ai passé une très bonne soirée !

Pour moi le meilleur de la soirée était les 2 premiers airs d'opéra - malheureusement gâché par une sonnerie de téléphone intempestive pour le premier air - ainsi que le 1er bis (Fedora).

Le problème pour l'avenir, c'est que maintenant la carrière de Grigolo est bien ancrée avec un rythme de croisière, je doute qu'il remette en cause les quelques défauts qui le caractérisent, d'autant que les qualités mentionnées, dont un charisme indiscutable, séduisent immédiatement et lui valent en général des ovations retentissantes (plus mesurées hier soir en raison d'une 2e partie de concert trop longue et peu adaptée au répertoire attendu par un public parisien).

Ces réserves mises à part, le concert d'hier soir a confirmé pour moi qu'il fait désormais partie des top ténors pour lesquels je prends volontiers des places quand il est distribué

A part ça, bonne surprise pour Carmen Giannattasio, que je n'avais plus entendue depuis un concert malheureux au Châtelet à ses tous débuts, et qui semble avoir fait énormément de progrès. Belle voix chaude, beau legato, charme irrésistible. A suivre...

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 81 invités