Mozart: La Clemenza di Tito - Fischer/Decker - ONP sept 2011

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Mozart: La Clemenza di Tito - Fischer/Decker - ONP sept 2011

Message par Snobinart » 11 sept. 2011, 08:42

Adam Fischer Direction musicale
Willy Decker Mise en scène
John Macfarlane Décors et costumes
Hans Toelstede Lumières
Alessandro Di Stefano Chef de choeur

Klaus Florian Vogt Tito Vespasiano
Hibla Gerzmava Vitellia
Amel Brahim-Djelloul Servilia
Stéphanie D'Oustrac Sesto
Allyson McHardy Annio
Balint Szabo Publio


Première hier soir et excellent accueil d'un public fourni (et plutôt néophyte, du moins en 4ème loge).

Je la fais courte, une distribution féminine au top, et un Tito au joli timbre mais à l'italien catastrophique et donnant l'impression d'assurer le service minimum. J'ai trouvé la direction très très à l'écoute de son plateau (très bon soliste détaché géographiquement du pupitre des vents) et suis en phase avec les choix du chef.

L'équipe de la production n'était pas là aux saluts pourtant la mise en scène offre de beaux moments, même si la direction d'acteur (assez fine) est parfois un peu répétitive( le personnage sort de scène pendant son récitatif et est "retenu" par son air)

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Message par Remigio2 » 11 sept. 2011, 15:44

J'ai personnellement trouvé que tout cela manquait cruellement de répets : fréquents décalages fosse / choeurs / solistes, attaques brouillonnes, solo de clarinette aussitôt écouté, aussitôt oublié... :roll: Les précédentes productions dans cette mise en scène m'avaient semblé de bien meilleure facture : reste la mise en scène de Decker, toujours aussi intelligente et fine, d'une merveilleuse atemporalité ! :thumbsup:

R.
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Message par EdeB » 21 sept. 2011, 17:28

Représentation du 20 septembre 2011.

Ce fut une bien jolie soirée, hier au soir à Garnier, avec la reprise de ''La Clemenza di Tito'' ''de'' Decker. Je n'avais pas revu cette production depuis la première série, et en gardais un souvenir charmé, bien qu'assez flou (Le bloc de pierre qui dégage peu à peu le buste, l'arène de pierre, les costumes très tranchés, la présence de Bérénice...). Je me souvenais également d'une certaine ressemblance de façade avec la mise en scène des Hermann. Le temps passé n'y a rien changé : j'ai tout autant apprécié cette magnifique mise en scène qu'à sa découverte. Dans un dispositif fallacieusement réduit à la plus simple expression (le bloc de pierre sus-dit, un fauteuil-trône, un bouquet de roses, une couronne, un encerclement arrondi qui forme chambre ou cirque, des tombés de rideau qui séparent la scène en deux et permettent les changements en fond de plateau), Decker (ou son assistant pour la reprise ?) a noué les fils d'un travail éblouissant d'intelligence et de force dramatique. Tout cela, sans forcer sur les traits, à l'aide d'une belle direction d'acteur, d'une géométrie de l'espace qui enserre les rapports humains, les révèle, les magnifie. Et exprime pleinement la solitude écrasante des protagonistes principaux. (Seuls Annio et Servilia, solaires, éclairent ce camaïeu de noirs, gris, blancs fracassés, et glissent d'un patricien à l'autre.)
Quelle belle idée, par exemple que de situer les remords tardifs de Vitellia sur cette pile de gravas (tombés très certainement durant la sculpture de l'effigie de l'empereur) soutenant le trône, allusion tant à la montée en puissance du souverain (se faire tailler un buste correspond forcément à un programme iconographique politique à Rome) que de la ruine de ses ambitions... Et si la visualisation (lors du premier finale) du meurtre manqué et de l'arrivée de Tito sain et sauf casse un peu le suspense (au risque de casser la dynamique du trouble exprimé par la musique et le texte), c'est superbement bien amené. Et que dire de ce jeu d'ombre si épuré qui tourne autour du buste et le confronte aux remords de Sesto ? De la meute encerclant Bérénice ? Et le jeu de passage de la couronne (objet), qui fait écho avec celui du ruban dans les ''Nozze'' ?Autant d'évidence qui se glissent dans la musique sans la parasiter, créant un jeu de variations qui font écho à la partition. C'est magnifique de tenue et d'élégance. C'est tout simplement beau.

Disons-le d'emblée. Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire. Les vocalises (redoutables) sont savonnées, on n'est plus dans le seria mais dans le soap opera. D'accord, il reste une certaine prestance et des dons d'acteurs, mais cela ne manque pas. Où sont les ténors mozartiens d'antan ?
Hibla Gerzmava en manque pas de punch en Vitellia, et montre des qualités évidentes de maitresse femme et de belles couleurs chaudes dans son médium. Mais tout le haut de la tessiture est entaché par un vibrato style chignole qui m'a fortement remémoré les travaux de bricolage dominicaux de mon voisin du dessus. Heureusement, dans un cas comme dans l'autre, les séances de grésillement sont brèves, et il ne reste de la prestation que le souvenir d'un personnage construit avec efficacité, mais manquant de Mozartianità. Mânes de Julia Varady, où êtes-vous ?
Amel Brahim-Djelloul (qui m'a toujours été totalement indifférente comme artiste) est l'excellente surprise de la soirée : sa Servilia est mutine, fraîche et pimpante et est entrée au panthéon de mes interprètes pour le rôle.
Charmant Annio d'Allyson McHardy qui fait preuve de belles nuances , de couleurs tout aussi réussies, même si on sent la fatigue pointer lors de la seconde partie de ''Tu fosti tradito''.
Publio relativement anémique de Balint Szabo, mais hélas le rôle est souvent négligé.
On garde le meilleur pour la fin. Stéphanie D'Oustrac est absolument sensationnelle. Son Sesto a déjà tout : le style, les couleurs, le legato, la prestance, l'errance psychologique. Elle brûle les planches et fait voyager très très loin dans la conscience du comploteur malheureux. Sublime ''Parto...'' et intense et bouleversant ''Deh, per questo istante solo''. Effet de sidération persistant. Oui, cher Guitry, le silence après ces airs de Mozart est encore du Mozart.

Carton rouge pour l'orchestre de l'ONP : les parties ''symphoniques'' (Ouverture et Marches) sonnent comme la fanfare de Saint-Germain Lembron (Puy de Dôme). Tout au long de la soirée, c'est lourd, caoutchouteux, plat. On sauve le hautbois solo, d'une vraiment belle sonorité. C'est peu. On a beau y aller en sachant que ce sera une catastrophe (ne pas demander aux musiciens de l'ONP de jouer quoi que ce soit avant 1830, parce que c'est le Hors Style assuré...), c'est quand même à s'arracher les cheveux. Mozart sur instruments modernes, c'est, en ce qui me concerne, les 3 /4 du temps une abomination, mais y'a quand même de temps en temps des choses très bien. Ce n'est pas le cas ici. Adam Fischer,qui nous a livré quelques Mozart intéressant il y a quelques 10aines d'années, a bien perdu la main...
Beaux décalages pour les choeurs, qu'on a connu moins flous.

De toute façon, j'y étais retournée pour d'Oustrac et la mise en scène (Toujours pas de DVD, j'en suis malade...). Et grâce à elles deux, on passe une excellente soirée... Amateurs de beau théâtre, précipitez-vous. Hier, c'était bourré, mais pas bondé.

NB : calvacade et "mouvements divers" hier au soir durant la fin de l'acte II, et personne courant le long des travées de la poulaille. Un camion du SAMU garé devant Garnier à la sortie laissait penser à un malaise de spectateur...
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Message par mowglie » 22 sept. 2011, 12:57

EdeB a écrit :Représentation du 20 septembre 2011.


Disons-le d'emblée. Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire. Les vocalises (redoutables) sont savonnées, on n'est plus dans le seria mais dans le soap opera. D'accord, il reste une certaine prestance et des dons d'acteurs, mais cela ne manque pas. Où sont les ténors mozartiens d'antan ?


Je fais partie des personnes que la voix de KF Vogt séduit .. Voici à mon avis ses atouts :
_ projection surprenante
_ voix dénuée de richesse d'harmonique mais néanmoins changeante de couleur : elle peut s'inscrire selon les moments du contre ténor (original pour un ténor wagnérien) à un timbre carrément solaire..
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Message par paco » 22 sept. 2011, 13:14

EdeB a écrit :Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire.
A vrai dire, ce n'est pas dans Mozart que KF Vogt a acquis sa notoriété, mais dans Wagner, ceci explique peut-être cela

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Message par EdeB » 22 sept. 2011, 15:32

mowglie a écrit :
EdeB a écrit :Représentation du 20 septembre 2011.


Disons-le d'emblée. Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire. Les vocalises (redoutables) sont savonnées, on n'est plus dans le seria mais dans le soap opera. D'accord, il reste une certaine prestance et des dons d'acteurs, mais cela ne manque pas. Où sont les ténors mozartiens d'antan ?


Je fais partie des personnes que la voix de KF Vogt séduit .. Voici à mon avis ses atouts :
_ projection surprenante
_ voix dénuée de richesse d'harmonique mais néanmoins changeante de couleur : elle peut s'inscrire selon les moments du contre ténor (original pour un ténor wagnérien) à un timbre carrément solaire..
solaire ? C'était un soleil de papier mâché, alors !!!!??!!!! 8O
Franchement, j'ai trouvé cela très très moyen.
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Message par EdeB » 22 sept. 2011, 15:33

paco a écrit :
EdeB a écrit :Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire.
A vrai dire, ce n'est pas dans Mozart que KF Vogt a acquis sa notoriété, mais dans Wagner, ceci explique peut-être cela
Encore une idée de casting idéal pour l'ONP !!!! :twisted: :evil: :twisted:
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Message par mowglie » 22 sept. 2011, 16:36

EdeB a écrit :
mowglie a écrit :
EdeB a écrit :Représentation du 20 septembre 2011.


Disons-le d'emblée. Klaus Florian Vogt déçoit. Ne l'ayant jamais entendu précédemment in vivo, je ne comprends vraiment pas en quoi cette voix grise, pâteuse, cartonneuse peut séduire. Les vocalises (redoutables) sont savonnées, on n'est plus dans le seria mais dans le soap opera. D'accord, il reste une certaine prestance et des dons d'acteurs, mais cela ne manque pas. Où sont les ténors mozartiens d'antan ?


Je fais partie des personnes que la voix de KF Vogt séduit .. Voici à mon avis ses atouts :
_ projection surprenante
_ voix dénuée de richesse d'harmonique mais néanmoins changeante de couleur : elle peut s'inscrire selon les moments du contre ténor (original pour un ténor wagnérien) à un timbre carrément solaire..
solaire ? C'était un soleil de papier mâché, alors !!!!??!!!! 8O
Franchement, j'ai trouvé cela très très moyen.
ça c'était plutot dans ses Parsifal ou Lohengrin .. ma considération étant d'ordre plus général ....
Gruss mir die Welt

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Message par Saint-Antoine » 23 sept. 2011, 07:53

Dire d'une voix d'un chanteur qu'elle est dénuée de richesse harmonique et dans la même phrase qu'elle est carrément solaire me parait bien contradictoire et paradoxale.
A moins que pour vous "un timbre solaire" ne soit pas un compliment (ce dont je doute)

Harmoniques : Sons accessoires ayant des fréquences multiples de celle du son fondamental, qui se surajoutent à ce son et dont l'ensemble forme le timbre.

Je comprends très bien la réflexion d'EdB avec son humour (que j'adore) qui vous répond "solaire de papier mâché". :wink:

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Message par mowglie » 23 sept. 2011, 11:23

Saint-Antoine a écrit :Dire d'une voix d'un chanteur qu'elle est dénuée de richesse harmonique et dans la même phrase qu'elle est carrément solaire me parait bien contradictoire et paradoxale.
A moins que pour vous "un timbre solaire" ne soit pas un compliment (ce dont je doute)

Harmoniques : Sons accessoires ayant des fréquences multiples de celle du son fondamental, qui se surajoutent à ce son et dont l'ensemble forme le timbre.

Je comprends très bien la réflexion d'EdB avec son humour (que j'adore) qui vous répond "solaire de papier mâché". :wink:
Je m'explique : pour une note donnée émise à un instant t, il n' y a pas plusieurs harmoniques qui cohabitent .. En revanche, pour chaque note émise N, on peut noter des couleurs différentes des notes N- x allant des couleurs d'un timbre de contre tenor à un timbre solaire... J'espère que j'exprime plus clairement ce que j'aime chez ce chanteur
Gruss mir die Welt

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