Beethoven - Fidelio - Nagano/Delnon - Hambourg - 04/2019

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Re: Beethoven - Fidelio - Nagano/Delnon - Opéra de Hambourg - 04/2019

Message par paco » 15 avr. 2019, 15:23

Ah merci Placido ! Moi aussi je me demandais pourquoi Hélène s'était précipitée à Hamburg pour ce Fidelio dont je ne voyais vraiment pas l'intérêt sur le papier, cela faisait tellement, de façon évidente, soirée de routine de théâtre de répertoire...
Mais j'avais oublié Carmen/ JK ;-)

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Re: Beethoven - Fidelio - Nagano/Delnon - Opéra de Hambourg - 04/2019

Message par HELENE ADAM » 15 avr. 2019, 15:27

Séance du 14 avril

Pour revenir plus globalement sur ce Fidelio, il est nécessaire de souligner que, quelles que soient les difficultés de faire une bonne mise en scène avec cet unique opéra de Beethoven, celle de Georges Delnon est une véritable catastrophe qui semble n'avoir jamais réussi à trouver un fil conducteur. Quitte à devenir très insistante (après les louanges réitérées de son Carmen), celle de Bieito revue il y a deux mois à Munich, est incomparablement plus intelligente et plus astucieuse, voire carrément dans une autre sphère d'interprétation de l'oeuvre.
A Hambourg, Delnon nous offre une mise en scène quelconque et mal inspirée : là où Bieito donnait à voir un monstrueux entrelacs de tubes colorées et éclairés modifiant sa structure dans le chemin vers la liberté (mais y en a-t-il un ?), où les chanteurs (et les figurants qui les représentaient dans un ballet éperdu de beauté plastique) se débattaient comme dans un immense toile d'araignée, Delnon nous propose une salle à manger bourgeoise, papiers peints roses à fleurs et piano où Marzelline joue la lettre à Elise, avec fenêtre sur jardin (où apparaissent de temps à autres quelques étranges créatures animales), et grands panneaux coulissant de côté dévoilant de temps à autres les cellules des prisonniers.
L'histoire se déroule pendant une dictature (soviétique ?) où les dignitaires et leurs sbires portent un uniforme bordeaux qui, de loin, évoque plutôt la veste d'intérieur mal fagotée, et où les prisonniers barbotent dans des baignoires assez répugnantes.
Marzelline semble imaginer toute l'histoire, se voyant en midinette innocente aux rêves naïfs d'amour et de mariage avec Fidelio qui ne ressemble guère à l'homme qu'il-elle est censée incarner quand il-elle est déguisé.
Les prisonniers se transformeront en une cohorte d'anges blancs qui relèguera nos solistes au fond de la scène lors du superbe final (superbe musicalement) ce qui gâche une bonne partie de l'effet Beethovénien. Même remarque pour le reste beau quintette où les chanteurs sont en rang d'oignon face au public.
Dans l'esprit du metteur en scène, Marzelline est omniprésente, tout comme d'ailleurs, Fidelio, Rocco et Jacquino voire Don Pizzaro, installés au salons ou autour de la table de la salle, quel que soit le "moment" de l'opéra.

Dans la fosse, ce n'est pas non plus la joie et ça commence même assez mal. Nagano n'est plus tout jeune, il avait dirigé l'ouvrage complexe de Benjamin la veille dans la même salle et un concert de deux heures (Boulez et Mozart) à l'Elbphilharmonie le matin même. Je ne sais pas si tout cela est raisonnable mais l'ouverture de Leonore III, choisie pour introduire l'opéra a franchement mal démarré : cordes et bois n'étaient pas en mesure, désynchronisés dès le début, ils ont mis beaucoup de temps à retrouver leurs marques, c'était poussif et assez indigne et par la suite, le maestro n'est que rarement venu en soutien des chanteurs y compris dans les nombreux ensembles.
Les choeurs ont malgré tout, tiré correctement leur épingle du jeu même si le choeur des prisonniers était sans doute l'un des plus quelconques entendu depuis longtemps.

Le plateau vocal avait heureusement lui aussi ses qualités : c'est la délicieuse et primesautière Marzelline de Katharina Konradi qui a d'ailleurs à juste titre emporté tous les suffrages et gagné à l'applaudimètre, voix fruitée, très belles nuances et multiples couleurs, beau jeu d'actrice et présence importante sur la scène. Mais le Rocco de Wilhelm Schwinghammer n'était pas en reste, très belle basse allemande au beau timbre sombre, longues phrases musicales et belle incarnation. Un petit cran en dessous, la Léonore de Simone Schneider s'en titre globalement avec panache si on excepte des difficultés dans les suraigus (classiques dans ce rôle) lors de son monologue. Pour le reste du rôle, la voix est souple et plutôt douce avec un joli timbre velouté très agréable à l'oreille, pour une Leonore plus féminine qu'à l'accoutumé (et très éloignée de celle d'Anja Kampe par exemple) mais très convaincante quand même. Le Don Pizzaro de Jochen Schmeckenbeche est particulièrement coléreux et autoritaire, un vrai méchant un peu caricaturé par la mise en scène qui le ridiculise beaucoup, mais globalement honnêtement interprété là aussi. Sascha Emanuel Kramer campe un Jacquino très brut de décoffrage qui convient bien au personnage dans cette mise en scène, belle interprétation là aussi comme d'ailleurs Kartal Karagedik dans le petit rôle de Don Fernando.
Si l'on tient compte du fait que l'ensemble est assez mal dirigé et qu'il semble souvent que les chanteurs sont livrés à eux-même, loin de l'harmonie nécessaire aux nombreux ensembles (du duo au quintette) de l'oeuvre de Beethoven, la prestation complètement ratée d'Eric Cutler en Florestan vient couronner une représentation sur laquelle on passe du doute à l'agacement total.
Outre que le ténor apparait vraiment comme scandaleusement bien portant et ne souffrant d'aucune carence quand il sort de sa baignoire éclatant de santé, il chante si mal qu'on se demande comment il a pu être choisi pour ce rôle : cela commence avec un cri, c'est son "Gott" littéralement hurlé, note non tenue, aucun crescendo, un contresens absolu, et cela continue par l'ensemble de son air d'entrée, chanté en "Forte" permanent, d'une voix très abîmée, timbre laid et justesse très approximative. Durant duos et ensemble on en vient à souhaiter qu'il oublie de chanter pour ne pas gâcher le travail de ses partenaires....
Méforme, contre-emploi, je ne sais pas mais les faibles applaudissements qui lui ont été réservés aux saluts en disaient long sur l'opinion de la salle.
Cette production a été créée l'an dernier, elle a été assez vertement critiquée, je ne peux que souscrire à cette avalanche de qualificatifs assez négatifs et le regretter d'autant plus qu'on avait là de courageux et talentueux chanteurs dans la plupart des rôles, qui mériteraient un autre Fidelio :wink:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Beethoven - Fidelio - Nagano/Delnon - Opéra de Hambourg - 04/2019

Message par HELENE ADAM » 15 avr. 2019, 15:29

paco a écrit :
15 avr. 2019, 15:23
Ah merci Placido ! Moi aussi je me demandais pourquoi Hélène s'était précipitée à Hamburg pour ce Fidelio dont je ne voyais vraiment pas l'intérêt sur le papier, cela faisait tellement, de façon évidente, soirée de routine de théâtre de répertoire...
Mais j'avais oublié Carmen/ JK ;-)
:lol:

PS : mais je ne me déplace jamais sans m'organiser un petit programme comme les Odbiens peuvent le voir. :wink:
J'aurais fait le tour des salles de Hambourg !
PS2 : Placido avait aussi prévu le voyage à Hambourg pour ce Carmen :mrgreen:
PS3 : cette nouvelle production de 2018 était l'un des fleurons de la saison précédente, pas une éternelle reprise de répertoire (d'ailleurs Fidelio n'a pas été monté si souvent que cela à Hambourg). Mais dès sa sortie elle a été assez vertement critiquée.
Voir ici
https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/ ... 23073.html
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Beethoven - Fidelio - Nagano/Delnon - Opéra de Hambourg - 04/2019

Message par Christophe2017 » 15 avr. 2019, 17:02

HELENE ADAM a écrit :
15 avr. 2019, 15:29
paco a écrit :
15 avr. 2019, 15:23
Ah merci Placido ! Moi aussi je me demandais pourquoi Hélène s'était précipitée à Hamburg pour ce Fidelio dont je ne voyais vraiment pas l'intérêt sur le papier, cela faisait tellement, de façon évidente, soirée de routine de théâtre de répertoire...
Mais j'avais oublié Carmen/ JK ;-)
:lol:

PS : mais je ne me déplace jamais sans m'organiser un petit programme comme les Odbiens peuvent le voir. :wink:
J'aurais fait le tour des salles de Hambourg !
PS2 : Placido avait aussi prévu le voyage à Hambourg pour ce Carmen :mrgreen:
PS3 : cette nouvelle production de 2018 était l'un des fleurons de la saison précédente, pas une éternelle reprise de répertoire (d'ailleurs Fidelio n'a pas été monté si souvent que cela à Hambourg). Mais dès sa sortie elle a été assez vertement critiquée.
Voir ici
https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/ ... 23073.html
Mais Hélène , tu n'as pas à te justifier comme cela! :)

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