Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Représentations

Après avoir vu cette Bohème à l'Opéra Bastille, vous pouvez dire que...

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tuano
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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par tuano » 13 déc. 2017, 10:03

Mettre La Bohème dans l'espace, c'est problématique mais pourquoi pas si c'est fait avec talent et cohérence.

Lorsque Doris Dörrie montrait Rigoletto astronaute se recueillir sur l'astéroïde minuscule où il avait enterré sa fille, cela montrait une image bouleversante de solitude et de désespoir.
Lorsque Alvis Hermanis considère que l'enfer, c'est d'être enfermé dans son propre corps, et que Faust paie son dû en offrant le sien à un tétraplégique qui s'envole en apesanteur, cela crée une poignante image finale pour La Damnation de Faust.

Ici Claus Guth ne me semble pas faire confiance à son idée de base et se sent obligé de meubler avec des jongleurs durant tout le II, Parpignol qui offre un spectacle de mime pendant tout le IV et une bonne partie du III... Quel rapport avec l'espace ? Pourquoi envoyer tous les personnages sur la Lune si c'est pour mettre des clowns et des acrobates dans un continuel spectacle de cirque ? Soit ça se passe dans un vaisseau spatial, soit dans un cirque/cabaret. Le mélange des deux sous prétexte d'un délire est un fourre-tout qui ne mène nulle part, à moins de trouver ces images "poétiques"... mais le Paris de 1840 n'était-il pas suffisamment évocateur ?

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par Perseo » 13 déc. 2017, 10:43

Les sonorisations comme dans Fidelio, le retour sur la vie passée au moment de la mort comme dans Le Messie, le cabaret comme dans Rigoletto, la touche de grotesque surréelle comme dans Lohengin... Guth a peut-être du métier, mais il nous le sert en réchauffé. Voila pour la forme : virtuose peut-être, mais dans la stricte routine guthienne. Pour le fond, peu importe que sa Bohème soit sur Mars ou sur la Lune, on a déjà vu pire. Le problème, la vraie trahison, c'est que la Bohème fonctionne parce qu'on y rit, qu'on y pleure, qu'on frémit, qu'on désire, qu'on se déchire, bref que toutes les émotions humaines vivent avec diversité et relief. En imposant un funèbre pesant d'emblée, tous les climats émotionnels sont perdus car unifiés dans le néant. Comme la tendresse et la joie étaient absentes dès le début, le tragique de la mort de Mimi passe ensuite inaperçu, neutre.

Tristesse pour ce jeune public à qui on prétend s'adresser comme alibi confortable et facile. Et qui n'aura ni ri ni pleuré, ni n'aura pu s'identifier un instant à ces personnages depuis un siècle si attachants car si humains. Fait-on encore du théâtre quand on vide les personnages de leurs émotions, fussent-elles simples et directes ? Et combien de générations de nouveaux lyricomanes devront découvrir, pour rentabliiser, la Bohème dans cette production de Guth ? Dépit en tout cas des deux jeunes couples à ma droite et à ma gauche qui ne pensaient certainement pas voir ça.

Le débat sur la mise en scène de Guth masque une autre question qu'il faut bien poser : est-ce que la distribution est bien au niveau de la maison ? Après tout, on aurait volontiers fermé les yeux. Hélas, pas de magie vocale, de flottement ni de nuance chez Nicole Car, dont l'italien est bien sec et le phrasé banal. Une jolie voix pour Attala Ayan, mais sans moelleux ni poésie, et qui force dès que la ligne monte au dessus de la portée. On a quand même entendu mieux et bien mieux pour cet ouvrage à Paris, et souvent, très souvent même. Alors reste la fosse d'orchestre, étincelante et délicate, toujours musicale et intéressante, sous la baguette souveraine de Gustavo Dudamel. Lui seul a porté un peu de joie à cette soirée triste à pleurer.

muriel
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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par muriel » 13 déc. 2017, 10:45

moi j.ai fermé les yeux ou fixé le chef, et c'était musicalement splendide

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par David-Opera » 13 déc. 2017, 10:56

tuano a écrit :
13 déc. 2017, 10:03
Mettre La Bohème dans l'espace, c'est problématique mais pourquoi pas si c'est fait avec talent et cohérence.

Ici Claus Guth ne me semble pas faire confiance à son idée de base et se sent obligé de meubler avec des jongleurs durant tout le II, Parpignol qui offre un spectacle de mime pendant tout le IV et une bonne partie du III... Quel rapport avec l'espace ? Pourquoi envoyer tous les personnages sur la Lune si c'est pour mettre des clowns et des acrobates dans un continuel spectacle de cirque ? Soit ça se passe dans un vaisseau spatial, soit dans un cirque/cabaret. Le mélange des deux sous prétexte d'un délire est un fourre-tout qui ne mène nulle part, à moins de trouver ces images "poétiques"... mais le Paris de 1840 n'était-il pas suffisamment évocateur ?
Cela se passe dans l'espace et dans la tête de Rodolfo, les deux univers réaliste et mental sont donc représentés au même moment et sur la même scène, ce que permet le théâtre. Rien de novateur là dedans, ce procédé est très couramment utilisé.

Cependant, il est vrai que Claus Guth élude dans cette transposition la dimension sociale du livret, c'est à dire que ce groupe de jeunes gens pauvres vivait une vie de bohème comme réaction à un environnement oppressif de la société bourgeoise parisienne des années 1850 qui, après l’écrasement de l’insurrection ouvrière de juin 1848, entreprenait de revoir le visage de Paris en détruisant tous les quartiers populaires d'où était partie l'insurrection. Haussmann sera le menant de cette transformation.

Le metteur en scène choisit alors de remplacer le sens originel de la bohème en la représentant comme une réaction mentale à la situation oppressante de ce voyage sidéral.

On peut donc tout à fait critiquer l'oubli de ce contexte social, mais on peut moins affirmer que cette transposition pourrait être adaptée à n'importe quel opéra, car La bohème parle bien d'un univers, d'une bulle, que se construit un groupe de jeunes pour contrer une situation qui ne leur plait pas.

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par Calaf » 13 déc. 2017, 10:59

tuano a écrit :
13 déc. 2017, 10:03
Mettre La Bohème dans l'espace, c'est problématique mais pourquoi pas si c'est fait avec talent et cohérence.
Je suis tout à fait d'accord.
Je partais avec un a priori plutôt positif en ayant lu les critiques çà et là. L'idée de la solitude et de la froideur de l'espace pouvait fonctionner à merveille avec le livret, et fournir un contraste saisissant avec le printemps que chante Mimi. Mais depuis l'avant du parterre ou j'étais hier soir, rien n'a fonctionné.
Le problème, comme cela a déjà été dit ici, est que Guth n'assume pas son idée et nous offre un fatras incompréhensible. Il a tellement de mal à justifier son choix et à l'exposer avec cohérence qu'il se sent obligé de nous expliquer, au début de l'opéra, qu'il s'agit bien d'un flash-back, avec ces ridicules phrases qui défilent sur la scène. Et au cas où nous n'aurions pas compris, cela recommence au début du troisième tableau. Et quelle semble être l'idée de Guth ? que La Bohème est un opéra sur la mélancolie. C'est ce qui explique sans doute l'espace, les astronautes, le flash-back, et la débauche de détails décoratifs que cela implique. Mais il n'était pas la peine d'agiter tant de moyens pour une si petite idée.

Il n'est pas gênant, à mon sens, de gommer tel ou tel aspect du livret, ni même de laisser tomber certaines didascalies. Mais représenter la bohème sans artistes (ils ont obtenu une formation au CNES pour devenir astronautes), sans fins de mois difficiles (Benoît n'est plus là pour réclamer son loyer) et sans la légèreté des relations amicales (les interventions des amis en début de quatrième tableau n'est qu'un pantomime sans chair) ; c'est-à-dire, en un mot, représenter la bohème sans bohème, est une gageure que Guth ne parvient pas à affronter. Une fois qu'il tient son idée, Guth se débat pour la faire vivre sur scène et ne considère plus qu'elle en oubliant le livret. Ainsi Mimi, à son entrée sur scène, ne s'évanouit pas et ne montre aucun signe de faiblesse : elle est représentée comme un spectre qui hante les souvenirs de Rodolfo, si bien qu'il est obligé d'agiter la main devant ses yeux pour la faire réagir. Guth est bien obligé de procéder ainsi pour justifier son concept, mais il renonce ainsi à représenter, ou même à interpréter à sa façon, le livret. Si ce livret le gênait tant, il aurait pu trouver moyen de mettre en scène un autre opéra. Guth est au service de lui-même et peine à s'embarrasser de Puccini.

Ce spectacle n'est pas pour autant médiocre, et il y a de beaux moments, mais il est d'un snobisme incroyable. Il est destiné à des spectateurs qui connaissent déjà La Bohème et qui, l'ayant vu plusieurs fois, sont prêts à affronter une relecture radicale et intellectualisante. Guth souhaite nous faire admirer sa maîtrise de l'exercice de transposition, en oubliant qu'il y a deux ou trois sentiments dans La Bohème qui auraient mérité de ne pas être étouffés sous ce fatras pseudo-intellectuel. Les spectateurs qui découvraient La Bohème hier soir, en salle ou au cinéma, n'ont dû absolument rien comprendre, car rien de ce que propose Guth n'est clair ou convaincant.

Il y a heureusement l'orchestre et les interprètes, qui ont reçu un triomphe mérité, sans doute également pour contrebalancer les protestations légitimes concernant la mise en scène.

En définitive, c'est un spectacle qui mérite d'être écouté pour la beauté de l'interprétation et qui, pour ce qui est de la mise en scène, gagne sans doute à être regardé de loin.

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par tuano » 13 déc. 2017, 11:11

Calaf a écrit :
13 déc. 2017, 10:59
Ce spectacle n'est pas pour autant médiocre, et il y a de beaux moments, mais il est d'un snobisme incroyable. Il est destiné à des spectateurs qui connaissent déjà La Bohème et qui, l'ayant vu plusieurs fois, sont prêts à affronter une relecture radicale et intellectualisante.
Ce spectacle dans le cadre du Festival d'Aix par exemple, cela m'aurait beaucoup moins gêné.

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par Bernard C » 13 déc. 2017, 11:52

David-Opera a écrit :
13 déc. 2017, 10:56
tuano a écrit :
13 déc. 2017, 10:03
Mettre La Bohème dans l'espace, c'est problématique mais pourquoi pas si c'est fait avec talent et cohérence.

Ici Claus Guth ne me semble pas faire confiance à son idée de base et se sent obligé de meubler avec des jongleurs durant tout le II, Parpignol qui offre un spectacle de mime pendant tout le IV et une bonne partie du III... Quel rapport avec l'espace ? Pourquoi envoyer tous les personnages sur la Lune si c'est pour mettre des clowns et des acrobates dans un continuel spectacle de cirque ? Soit ça se passe dans un vaisseau spatial, soit dans un cirque/cabaret. Le mélange des deux sous prétexte d'un délire est un fourre-tout qui ne mène nulle part, à moins de trouver ces images "poétiques"... mais le Paris de 1840 n'était-il pas suffisamment évocateur ?
Cela se passe dans l'espace et dans la tête de Rodolfo, les deux univers réaliste et mental sont donc représentés au même moment et sur la même scène, ce que permet le théâtre. Rien de novateur là dedans, ce procédé est très couramment utilisé.

Cependant, il est vrai que Claus Guth élude dans cette transposition la dimension sociale du livret, c'est à dire que ce groupe de jeunes gens pauvres vivait une vie de bohème comme réaction à un environnement oppressif de la société bourgeoise parisienne des années 1850 qui, après l’écrasement de l’insurrection ouvrière de juin 1848, entreprenait de revoir le visage de Paris en détruisant tous les quartiers populaires d'où était partie l'insurrection. Haussmann sera le menant de cette transformation.

Le metteur en scène choisit alors de remplacer le sens originel de la bohème en la représentant comme une réaction mentale à la situation oppressante de ce voyage sidéral.

On peut donc tout à fait critiquer l'oubli de ce contexte social, mais on peut moins affirmer que cette transposition pourrait être adaptée à n'importe quel opéra, car La bohème parle bien d'un univers, d'une bulle, que se construit un groupe de jeunes pour contrer une situation qui ne leur plait pas.
Tu connais un "groupe de jeunes" qui se construit un vaisseau spatial sans les milliards de la NASA ou les moyens du complexe militaro-industriel des Russes voire des chinois ?

C'est ça la voie moderne de la vie de bohème , des jeunes contemporains qui " contrent une situation qui ne leur plait pas" ...?

C'est hallucinant ce qu'on peut lire pour justifier le n'importe quoi du bon chic bon genre le plus bourge et ringard qui soit sous vernis de modernité .

C'est peut être même des marginaux tes cosmonautes à la Guth .. soyons fous !
DES RÉVOLUTIONNAIRES !!!

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"L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie , je le trouvais exprimé par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour..." Le Lys

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par JdeB » 13 déc. 2017, 11:57

Bravo Bernard de conserver cette capacité d'indignation !

moi, j'ai renoncé à relever les inepties de ce type. On sait d'ailleurs à l'avance ce que vont écrire certains ODBiéns tant ils sont caricaturaux d'un mini-microcosme.
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par Autolycus » 13 déc. 2017, 11:58

David-Opera a écrit :
13 déc. 2017, 10:56

Cela se passe dans l'espace et dans la tête de Rodolfo, les deux univers réaliste et mental sont donc représentés au même moment et sur la même scène, ce que permet le théâtre.
Pourriez-vous indiquer à quel moment de l'oeuvre intitulée "La Bohème" (quelle(s) mesure(s) de musique et quelle(s) parole(s) chantée(s)) le compositeur indique la possibilité d'une telle interprétation ?

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Re: Puccini - La Bohème - Dudamel/Guth - ONP - 11-12/2017

Message par David-Opera » 13 déc. 2017, 12:07

Bernard C a écrit :
13 déc. 2017, 11:52
Tu connais un "groupe de jeunes" qui se construit un vaisseau spatial sans les milliards de la NASA ou les moyens du complexe militaro-industriel des Russes voire des chinois ?
Tu peux m'indiquer où j'ai écrit qu'ils ont construit eux-même ce vaisseau?
Et les astronautes sont toujours des gens jeunes pour de simples raisons de résistance physique.

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